OPÉRATION DE L’EXTRACTION
Dans un précédent ouvrage (1), j’ai soumis à une discussion complète les mérites respectifs de la clef et du davier pour l’extraction des dents; depuis, le davier a été adopté universellement; aussi est-il complètement inutile de revenir sur cette question.
Je n’ai aucune raison de modifier les opinions que j’émettais alors au point de vue de la construction et de l’emploi du davier, et je n’ai pas non plus grand’chose à ajouter à ma première description. Aussi les détails qui suivent, avec les gravures explicatives, reproduisent ils à peu près la section que j’ai consacrée au même sujet dans mes Lectures.
L’extraction dentaire exige l’accomplissement des conditions suivantes :
1° Enlever en totalité Eorgane nuisible.
2° Blesser aussi peu que possible les tissus dans lesquels il est implanté.
Éviter au patient toute douleur inutile.
La méthode qui permettra d’extraire une dent ou les débris | d’une dent le plus sûrement, le plus vite et en blessant le moins possible les tissus voisins, sera aussi celle qui occasionnera le moins de douleur au patient. L’instrument capable de remplir ces condi' lions doit être construit de telle sorte, qu’il ne saisisse que la dent seule et en effectue l’extraction par l’application de la force nécessaire. Cet instrument c’est le davier; le davier construit de manière à s’adapter exactement à la dent à extraire et dont la forme des mors, des pointes ou des lames lui permette de s’insinuer facilement entre la gencive et de la séparer du collet de la dent.
Construciioii des daviers. — Dans la construction des daviers, il y a certains principes généraux que l’on ne saurait négliger sans nuire à l’effet général, dont ces instruments sont capables. L’extré*
(1 ) Lectures on Dental Physiology and Suryery, 1848.
CONSTRUCTION DES DAVIERS.
mité terminale des mors doit s’adapter exactement au collet de la dent à l’extraction de laquelle l’instrument est approprié. Le collet ne pentpas être embrassé dans toute sa circonférence, mais le davier peut atteindre une grande partie des surfaces linguale et labiale. Plus grande est la surface sur laquelle la pression se répand, moins il y a de danger de briser la dent en déployant la force nécessaire à son extraction. Une fois le collet saisi, les mors de l’instrument doivent diverger au-dessus de leur extrémité terminale, dans une étendue suffisante pour laisser libre la couronne, mais la divergence ne doit 'pas dépasser la limite nécessaire, autrement le davier se rapprocherait de la forme d’un instrument coupant.
La forme des extrémités terminales de l’instrument réclame quelque soin. Elles doivent être assez fines pour s’insinuer sous la gencive et la séparer du collet de la dent et même, dans certains cas, pour pénétrer quelque peu dans l’alvéole. En même temps, il faut conserver assez de métal pour assurer la force nécessaire. Supposons que l’on fasse une section d’un davier bien fait, pour les dents incisives, chacun des mors de l’instrument présenterait le contour d’un coin tranchant qui, appliqué sur une dent, s’adapterait exactement à son collet, sans toucher à la couronne. La longueur des mors doit être suffisante pour laisser libre la couronne; plus longs, ils diminueraient la puissance de l’instrument, ou exigeraient dans la poignée une longueur incommode.
Dimensions et conrbnre de la poignée. — Quant à la longueur à donner à la poignée, les opinions varient beaucoup, et ce n’est pas sur le volume de sa main que l’opérateur pourrait le moins du monde se baser, pour déterminer la longueur de la poignée qui lui serait le plus commode. J'incline à croire que l’on a de la tendance à se servir de poignées incompatibles, par l’exagération de leur longueur et de leur volume, avec l’extrême délicatesse de manipulation, que l’on peut atteindre ; mais c’est une question sur laquelle on ne trouverait peut-être pas deux personnes qui s’entendent. Les daviers destinés à l’extraction des dents de devant seront nécessairement droits; mais ceux qui servent à enlever les molaires doivent être plus ou moins recourbés, et la direction ainsi que le degré de la courbure n’est pas sans importance. Plus l’instrument est droit, plus il est facile d’en régler l'action. Cette considération doit faire désirer que la courbure ne dépasse pas l’articulation et pour les daviers deslinésàl’extraction des denlssupéricures,
il faut combattre cette courbure par une courbure en sens contraire de la poignée {fig. 240).
Cependant bon nombre de dentistes américains paraissent préférer, pour l’avulsion des molaires inférieures, des daviers avec des manches de courbure très-considérable et pourvus à l’extrémité de l’une des poignées d’un crochet destiné à recevoir le petit doigt ; pour mon compte, je ne crois pas cette forme d’instruments préférable aux modèles usités en Angleterre. Toutefois il est nécessaire que les mors du davier forment un certain angle avec les manches, à l’articulation, afin que ces derniers puissent passer par-dessus les autres dents, quand on veut agir sur les dents du fond.
Mais il sera d’autant plus commode de diriger avec précision la force appliquée à la dent, que les diverses courbures de l’instrument seront moins* complexes.
Les dents ayant des formes variées, il est nécessaire d’avoir aussi des daviers de formes correspondantes; en réalité, il en faut un pour chaque espèce de dent. Avec des daviers ainsi adaptés à la forme des collets, les dents peuvent être enlevées avec le plus de rapidité possible, et aussi avec le minimum de douleur pour le patient et sans faire subir aux gencives et aux bords alvéolaires d’autre dommage, que celui qui doit nécessairement résulter de la séparation forcée d’une dent de ses attaches naturelles.
Pour être bien sûr d’une adaptation parfaite de chaque instrument au but qu’il doit remplir, on peut choisir et donner au fabricant des dents de volume moyen, en lui recommandant de construire les mors, de façon à ce qu’ils embrassent exactement le collet, et divergent en laissant un espace simplement suffisant pour garantir la couronne contre toute pression.
Les racines de toutes les dents ayant une forme générale conique, le davier bien fait ne peut, quand il est appliqué, être considéré autrement, que comme le prolongement du cône dans la direction de sa base. Pour extraire les dents qui ne sont pas détruites jusqu’aux gencives, les extrémités des mors doivent être légèrement arrondies; mais quand il ne reste que la racine dentaire, les bouts arrondis sont ce qui convient le mieux — cette forme facilitant leur introduction entre la racine et l’alvéole qui la contient. Les instruments destinés à l’extraction des chicots doivent être bien plus légers que les daviers ordinaires, avec des mors minces et tranchants à leur extrémité, de manière à couper plutôt qu’à dé-
OPÉRATION DE L’EXTRâGTION.
chirer la membrane, qui unit la racine avec les tissus voisins.
Opération. — Dans l’opération de l’extraction des dents à l’aide du davier, on distingue trois temps: — 1° l’action de saisir la dent; 2° la destruction de ses liens membraneux avec l’alvéole ; 3° l’enlèvement de i’organe de son alvéole. Il sera très utile aussi bien pour le débutant que pour les malades qu’il aurait à opérer, d’apporter une attention scrupuleuse à l’exécution de ces trois temps et de bien remplir l’un avant de passer au suivant; en effet, si la dent était saisie maladroitement, la couronne se briserait dans l’effort pour détacher l’organe du périoste alvéolaire, sans lequel les racines ne sauraient être extraites de leurs cellules osseuses. Une dent résistera à une force considérable appliquée dans une direction parallèle à son axe, ou en d’autres termes, si l’on essaye d’arra'clier l’organe de son alvéole en le tirant perpendiculairement. On cite môme des résultats désastreux produits par des personnes peu familiarisées avec la forme des dents molaires, dans des tentatives d’extraction; on a vu venir ainsi trois ou quatre dents à la fois avec la partie alvéolaire qui les contenait ; dans un cas, la plus grande partie du plancher du sinus maxillaire a été positivement arrachée. Pour saisir la dent on doit fermer légèrement les mors sur elle et les insinuer sous le bord libre de la gencive, puis les pousser avec force jusqu’aux bords de l’alvéole ou môme en pénétrant un peu dans l’intérieur de ce dernier. Je dis avec force, parce que tous les commençants et môme quelques praticiens habitués à l’usage du davier, sont sujets à échouer précisément parce qu’ils n’emploient pas une force sufüsante; ils saisissent la dent au niveau de la gencive, au lieu de la prendre au niveau de l’alvéole.
Il faut que le commençant se pénètre bien de la nécessité de saisir la dent aussi près de la racine qu’il est possible d’y conduire l’instrument. Un vieil opérateur, très-habile, dans ses conseils sur l’emploi du davier, disait : « Poussez les mors de votre davier « dans les alvéoles comme si vous vouliez les faire sortir au sommet (I de la tôte, ou sous le menton. »
On lit encore dans la dernière édition {dixième) des Principles and practice of dentistnj de Harris (par le Prof. Austen 187 •) que (( l’emploi du déchaussoir doit généralement précéder l’application M soit du davier soit de la clef », et l’auteur insiste avec force sur cette précaution dans les phrases suivantes. Quant à moi, je ne crois pas ce déchaussement nécessaire, ni môme avantageux, sauf dans
le Irès-petit nombre de cas où la gencive a une adhérence insolite :
le seul point, où cette adhérence de la gencive à la dent est de nature à produire certaines lésions où à donner de rembarras, est la face postérieure des dents de sagesse. On rencontrera des cas où la gencive peut être dilacérée sans nécessité quand elle est par trop adhérente à cette partie de la troisième molaire, de sorte qu’il ost peut-être plus sûr, avant d’essayer l’avulsion de la dent, de déterminer si, oui ou non, la gencive lui est intimement unie. Mais, à part cette exception assez rare, il m’est impossible de voir quel bénéfice on aurait à détacher la gencive, lorsque les rnors du davier sont en bon état.
En règle générale, les daviers américains paraissent avoir les lames beaucoup plus épaisses et s’approcher moins d’un bord coupant, que ceux de fabrication anglaise, c’est probablement pour cette raison que le déchaussement de la gencive est encore conseillé par certains auteurs du continent transatlantique.
Une fois le davier bien enfoncé, le débutant doit prendre garde de ne pas écraser la dent en pressant trop fort les manches de l’instrument. Pour se mettre à l’abri de cet accident, quelques opérateurs introduisent le petit doigt entre les deux poignées; un procédé préféraDle pour régler la force consiste à introduire entre les manches la partie charnue du pouce. La compression excercée sur l’organe ne doit pas excéder la mesure nécessaire pour empêcher le glissement du davier.
La manière d’effectuer le second temps dépendra de la forme de la dent à extraire; de même pour le troisième. Mais les dents de formes diverses exigent des daviers de formes correspondantes. 11 sera donc nécessaire de décrire chaque espèce de dents, puis chaque genre de daviers, pour en faire bien comprendre la forme spéciale. Avant d’aller plus loin, je dois dire cependant qu’il est impossible de bien extraire les dents, de quelque instrument dont on se serve, mais surtout s’il s’agit du davier, à moins de connaître parfaitement la forme de chaque dent, la position relative et les dimensions des racines, leurs directions dans les alvéoles, la forme générale des alvéoles eux-mêmes et les directions suivant lesquelles ils offrent la résistance maximum et la résistance minimum.
Notre description de la manière d’opérer l’extraction des différentes dents commencera par les incisives, puis viendront les canines, les bicuspides et les molaires.