‹ Traité de chirurgie dentaireChapitre 50 sur 60 · ABC · texte numérisé non relu

ABC

Fig. 258. — A et C représentent une première molaire permanente de la mâchoire inférieure avec des racines convergentes et une dent correspondante avec quatre racines divergentes. B, dent de sagesse dont les racines se recourbent en arrière et sont épaissies par suite d’une hypertrophie du cément.

racines divergent seraient extraites par l’emploi d’une force appliquée suivant la direction habituelle. Dans un cas (A), l’opération aurait pour conséquence la fracture de l’une ou des deux racines, ou l’arrachement de la portion de l’alvéole comprise dans la convergence de ces racines; dans l’autre (C), la fracture d’une ou de plusieurs racines, ou peut-être l’enlèvement d’une portion de l’une des parois labiale ou linguale de l’alvéole. Mais si l’on opérait de la même façon la dent de sagesse (B), on la briserait au collet

ou bien elle résisterait énergiquement aux efforts'de l’onérateur. Avec le davier, il serait très-difticile d’extraire une dent semblable, tandis qu’avec l’élévatoire elle abandonnerait graduellement son alvéole sans difficulté.

Dans l’opération des dents de la mdcboire supérieure, des difficultés semblables peuvent se produire. L’une par son volume

Fig. 259. — Montre une première bicuspide de la mâchoire supérieure avec trois racines

distinctes.

anormal, d’autres, par la présence de plusieurs racines, même dans les dents bicuspides, embarrasseront quelquefois l’opérateur et le feront douter de la possibilité d’extraire la dent avec l’emploi de la force dont il peut disposer. Des difficultés semblables, dues aux mêmes causes, se présenteront pour les dents molaires de la mâchoire supérieure. L’application de la force ordinairement employée peut très-bien ne pas amener le résultat habituel.

La ressource en pareil cas, c’est d’augmenter fermement la

Fig. 260.

puissance et d’en varier la direction, en tâtonnant jusqu’à ce que la dent se sépare de son alvéole.

Les dents de sagesse de la mâchoire supérieure, tout en étant sujettes à de fréquentes irrégularités, sont implantées dans un os

ACCIDEiNTS RÉSULTANT DE L’EXTRACTION. 637

comparativement poreux et résistent très-rarement aux efforts de l’opérateur.

Les irrégularités de forme auxquelles les dents sont sujettes ayant été décrites dans une partie précédente de ce volume, il est inutile de les spécifier de nouveau.

L’épaisseur et la résistance anormale de l’alvéole peuvent amener quelquefois une difficulté extraordinaire pourl’extraction d’une dent; l’embarras de l’opérateur augmente encore quand la couronne d’une dent placée dans un alvéole de ce genre se trouve brisée au niveau de la marge alvéolaire. En général, la pince à racines ou Lélévatoire parvient à pénétrer dans l’alvéole, mais des cas exceptionnels peuvent se produire. Pour triompher de ces difficultés, M. Cattlin propose d’enlever avec une petite tréphine une portion de la lame externe de l’alvéole. La racine une fois mise à nu est facilement délogée à l’aide d’un élévatoire.

Accidents résultant de l’extraction. — Nous avons déjà signalé un cas dans lequel la plus grande partie du plancher du sinus maxillaire fut arrachée dans une tentative d’extraction d’une molaire supérieure faite par un forgeron ; dans un autre une portion étendue de la lame alvéolaire externe fut détachée de la mâchoire inférieure par l’emploi d’une clef ; le fragment, après être descendu le long du cou dans une série de trajets lisLuleux, finit par être retiré au-dessous de la clavicule. Mais des accidents divers surviennent parfois entre les mains des opérateurs même les plus soigneux et les plus habiles. Une dent molaire dont les racines sont divergentes ne sauraient évidemment sortir qu’en faisant fléchir ou en brisant quelque portion des parois alvéolaires.

Une fracture limitée de l’alvéole ou le détacliement d’un fragment de la paroi alvéolaire avec la dent n’a qu’une importance insignifiante chez un sujet sain, puisque c’est une partie dont la résorption doit s’emparer à la suite de l’extraction. Parfois cependant l’adhérence de la dent à l’os est telle que l’on arrache une portion considérable du tissu qui environne les racines. J’ai vu dernièrement emporter la tubérosité du maxillaire supérieur dans l’avulsion, de la dent de sagesse avec le davier; l’examen de cette partie montra une adhérence de l’os avec les racines assez grande pour qu’il lût impossible de le détacher autrement qu’en petits fragments; c’est à cette cause, et non à la forme des racines, que se rattachait l’accident.

M. Salter (t) rapporte un cas dans lequel une tentative d’extraclion d’une incisive centrale supérieure détermina une fracture de la voûte palatine suivant deux lignes correspondant à celles qui séparent les os inter-maxillaires des os maxillaires et une autre ligne horizontale à la base du nez. Une plaie des parties molles donna lieu à une hémorrhagie considérable. L’accident n’eut heureusement aucune conséquence fâcheuse. La fracture ne tarda pas à se réunir, et la dent fut coupée au ras de la gencive pour permettre à la malade de porter une pièce artificielle.

M. Salter cite encore un cas plus sérieux, dans lequel la branche horizontale fut complètement fracturée par un opérateur habile et expérimenté.

Un malade qui était récemment en traitement à lhe Dental Hospital présentait une fracture très-étendue de la portion alvéolaire de la mâchoire: il s’était adressé à un pharmacien pour se faire enlever la première molaire inférieure du côté droit ; ce dernier se servit d’un davier et fractura le maxillaire sans extraire la dent. La ligne de fracture s’étendait en avant au niveau du sommet des racines dentaires, de telle sorte que le fragment détaché contenait les bicuspides, la canine avec les incisives latérale et centrale et n’était retenu que par les parties molles.

On fit la coaptation avec une coiffe de gutta-percha adaptée aux couronne des dents tout autour du maxillaire, et l’on détergea soigneusement les plaies à l’aide d’injections du liquide de Condy dilué (la fracture étant compliquée à l’intérieur de la bouche, comme c’est l’ordinaire dans les fractures de la mâchoire). Malgré ces précautions , il survint une nécrose étendue et des abcès se formèrent au-dessous du maxillaire, de telle sorte qu’il paraissait n’y avoir que peu d’espérance de sauver les dents. On finit par perdre le malade de vue, et je ne saurais dire ce qu’il est advenu.

Mais l’accident le plus grave est rapporté par M. Cattlin dans les termes suivants (2) : « Le gentleman, sujet de cette observation, avait eu le malheur de se briser la couronne d’une dent; dans une tentative faite pour extraire la racine avecl’élévatoire, l’instrument glissa et détacha la tubérosité du maxillaire, avec une partie du plancher de l’antre, et une portion de l’os sphénoïde. Dans les efforts que l’on tenta ensuite pour retirer la portion fracturée

(1) Dritish Journal of Dental science, yoI. XIV, p. ICO.

(2) Transact. of the Odontolog. Society, ncw sériés, \ol. 111, p. 138.

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