Traitement sans mercure
798. Les différentes maladies , telles que faiblesse très-grande, ulcérations des organes internes, les diathèses anévrysmales , scorbutiques , etc. , qu’on attribue à l’emploi du mercure, et les accidens que détermine l’abus de ce médicament, ont depuis long-temps fait essayer, contre la syphilis , différens modes de traitement sans l’emploi du mercure. Parmi ces traitemens nous remarquons les décoctions sudorifiques de racines de salsepareille, de carex arenaria, d’astragale, de bardane , de bois de gaïae , d’écorce de garou , de racines de douce-amère , etc. ; la décoction de Pollen , le roob antisyphilitique de Laffecteur, le traitement par la salsepareille (St-Maiue), la boisson de Vigaroux , le traitement par la faim (Osborn, Struve), le sel alcalin, la teinture antisyphililique de Besnard, les différentes préparations d’antimoine , les acides, et surtout l’acide nitrique, les préparations d’or , l’acide hydrochlorique , et un grand nombre d’autres médicamens.
Ces différens traitemens étaient moins destinés aux affections primitives qu’aux affections consécutives et invétérées , et surtout à celles contre lesquelles on avait inutilement administré beaucoup de mercure ; on les employait encore lorsque la constitution du malade faisait présumer qu’il ne pourrait supporter le mercure. La plupart de ces remèdes n’ont eu qu'une renommée éphémère , et ne sauraient soutenir la comparaison avec le mercure.
Pitcarn a , le premier, proposé de substitbur l’or au mercure ; Chreslien emploie de préférence l’or divisé et ses préparations ( muriate d’or , oxyde d’or précipité par la potasse, l’étain), dans les affections syphilitiques primitives et consécutives. L’or augmente l’appétit , relève le pouls et la cha-
leur , détermine de la soif, un sentiment de vive chaleur aux gencives , une réaction fébrile , de la sueur , une abondante sécrétion d’urine , enfin de la salivation ; mais son produit est doux , sans odeur , et il n'y a point d’ulcérations comme dans la salivation mercurielle, A l’aide de ce médicament les accidens syphilitiques supprimés reparaissent plus promptement ; mais la guérison , lorsqu’on l’obtient , est durable. L’énergie du muriate est plus grande, celle de l’oxyde moindre, et celle de l’or divisé est la plus faible. Ou doit en rejeter l’emploi dans les cas où l’irritation' est trèsvive. Le muriate d’or est employé de la manière suivante : le premier grain est divisé en douze parties , le second en onze , le troisième en dix , et le quatrième en neuf. On a ainsi quarante-neuf parties; et pendant quarante-neuf jours successifs , on en emploie une en friction sur la langue , sur les gencives ou sur les parties les plus sensibles des organes génitaux. Dans les bubons et les ulcères très-douloureux on fait des frictions avec l’or divisé ou avec le muriate mélangé avee du cérat. — De nombreuses observations ont démontré que l’emploi de l’or contre la syphilis doit être très-limité , et que son efficacité est beaucoup moins grande que ne Font prétendu Chreslien et Niel. D’après les expériences que j’ai faites, il faut, dans notre pays ( Heidelberg ) , administrer des doses plus fortes que celles que nous venons d’indiquer pour déterminer les phénomènes sus-indiqués. — Chez les individus irritables l’or est un remède dangereux.
Consultez à ce sujet :
Chreslien , Méthode ïatraleptique. Paris , 1814.
Gozzi , Sopra l’uso di alcuni remedii auriferi , etc. Cologne, 1817.
— Dictionnaire des sciences médicales , art. Ialraleplique.
Percy , Journal complémentaire du Dict. des sciences médicales. Oct. 1818.
Niel j Untersuchungen iiber die Goldpraeparate. Leipsic
Odhelins , Journal de Hufeland , vol. XHV , page 117.
Delpech , Ouvrage déjà cité , page 403.
799. Le traitement sans mercure, que l’on employait autrefois contre les affections pseudosyphilitiques seulement, a été appliqué, en Angleterre, contre toutes les affections syphilitiques ; et , depuis une quinzaine d’années, plusieurs chirurgiens militaires et beaucoup de praticiens distingués l’ont employé dans leur pratique civile. Ce mode de traitement est le suivant :
Dans les ulcères syphilitiques primitifs , aussi longtemps que les symptômes inflammatoires persistent , et surtout lorsqu’il y a phimosis ou paraphimosis, on a recours aux émissions sanguines locales et générales. Le malade doit garder le repos le plus absolu au lit, se tenir couché sur le dos , prendre de légers purgatifs , et observer un régime antiphlogistique.
Le traitement local de l’ulcère est dirigé tout entier contre les accidens du moment sans tenir aucun compte de son caractère spécifique. Lorsque les ulcères sont douloureux, que leurs bords sont durs , irréguliers , renversés , que leur fond est couvert de croûtes, on emploie les fomentations et les applications anodines émollientes ; deux ou trois jours après que ces complications ont disparu , on emploie des solutions d’acétate de plomb , de sulfate de zinc ou de cuivre , l’eau de chaux , etc. Dans les ulcères phagédéniques et gangréneux , tant que
MALADIE MEUCCRIELLE.
l'inflammation persiste , on a recours aux saignées , à un régime antiphlogistique sévère , aux applications anodines émollientes, puis aux solutions de nitrate d’argent, à l’acide sulfurique étendu, à la teinture de myrrhe, à la térébenthine, etc. Des lotions fréquentes avec l’une de ces préparations «olîicitent puissamment la guérison , qui parait encore être singulièrement favorisée par un bandage constamment mouillé d’un de ces liquides. Lorsque les ulcères sont indolens , on doit employer un traitement local beaucoup plus énergique : à l’aide de ce traitement tous les ulcères des organes génitaux devraient, sans aucune distinction, guérir en très-peu de temps. Les antiphlogistiques et la compression feraient aussi disparaître les bubons , même lorsqu’ils sont très-douloureux ; si la suppuration s’y manifeste, il faut ouvrir le bubon avec de la potasse caustique , et le traiter comme les ulcères primitifs.
Les symptômes consécutifs à ce traitement se manifestent par des inflammations et des ulcérations de la gorge , des éruptions cutanées de formes différentes, des opbthalmies , des périostites, des exostoses. Ces symptômes , d’après les partisans de celle méthode curative , sont tous très-bénins , et sont combattus avec succès par des sudorifiques, des préparations d’antimoine , une diète sévère , des antiphlogistiques , suivant les circonstances , et des gargarismes acides astringens contre les ulcérations de la gorge. Enfin , après ce traitement , on n’aurait jamais eu occasion d’observer d’accidens violens et dangereux, tels que douleurs ostéocopes durables, carie, ulcères graves de la gorge ou de toute autre partie.
Quant à la durée du traitement, à la fréquence des bubons, des accidens consécutifs , les opinions des médecins anglais sont variées : de huit à vingt-cinq jours suffisent , d'après Mil , pour faire disparaître et le caractère syphilitique des ulcères et les ulcères eux-mêmes ; cinquante-cinq jours , d’après Ucnnen , seraient nécessaires pour les affections primitives , et de cinquante-cinq à quatre-vingt-cinq jours pour les affections consécutives, bu reste , selon eux , les obslacles que rencontrerait l’efficacité du traitement tiendraient au traitement mercuriel qu’on aurait fait auparavant ou à une constitution scrofuleuse. — Le rapport des affections consécutives aux primitives serait comme 1 est à 3 d’après Rose, commet est à 10 d’après Gulhrie et Mil , comme 1 est à 12 d’après Thomson , comme 1 est à 15 d’après Hennen.
800. Quelques-uns des reproches que l’on adressait autrefois à ce mode de traitement , tels que le manque d’observations assez nombreuses et assez exactes, son inefficacité dans les affections réellement syphilitiques , bien qu’il guérisse parfaitement les maladies pseudosyphilitiques , etc. , ont aujourd’hui perdu toute leur valeur, surtout lorsqu’on le voit réussir complètement dans les mains de praticiens très-éclairés et très-expérimentés ; mais le plus grave reproche, celui de la fréquence des accidens consécutifs , reste dans toute sa force. Cependant , comme on manque d’observations assez exactes et assez nombreuses sur cette fréquence
dans le traitement par le mercure, on peut, jusqu’à un certain point, considérer les chances d’une affection consécutive comme suffisamment compensées par le traitement doux , et rarement funeste , auquel les praticiens anglais soumettent leurs malades. Quoiqu’il soit certain que, par l'abus du mercure , l’affection syphilitique prend un mauvais caractère, je ne saurais cependant proscrire l’usage de ce médicament énergique : loin de là , l’expérience m’a appris que l’emploi sage et modéré du mercure , joint à un régime sévère et convenable , amène plus promptement , et d’une manière plus constante, la guérison de la syphilis. — On a encore prétendu que , dès sa première administration , le traitement mercuriel donnait à la syphilis un mauvais caractère ; mais cela n’est vrai que dans les cas où on l’emploie sans ménagemens , sans tenir compte de la constitution du malade , et sans prescrire un régime convenable. — Du reste il est consolant de savoir qu’on peut l'employer avec plein succès dans les cas même où il semble le plus contre-indiqué.
Consultez :
Ferynsson , Médico-chirurgical Transactions, vol. IV.
Rose , iilèine journal, vol. VIII, page 349.
Rust’s Magazin , vol. IV, page 65.
Guthrie, idem , page 550.
Hill, Même journal , vol. V, page 242, 278.
— Edinburgh médical and surgical Journal, 1823, page
Horn’s Archiv. , 1823, nov. , décemb. , page 422.
Travers , Gazette médicale , T. 1 , page 364 , 1830.
Rusl’s Magazin , vol. V , page 123.
Alcock , London medical Repository , vol. XI , page 489 j — vol. XI V , page 265.
Rousseau, American medical Recorder, vol. III , page
Phiney, New England Journal, vol. IX, page 235.
fVare , Même journal , page 356.
Stevens , Medical and surgical Register of tbe New-York hospital , part. II , 1820.
Todd , Dublin hospital Reports , 1810 , vol. H , page 147.
Kriigér , Horn's Archiv. , 1822 , janv. , févr. , page 99-
Iiufeland’s Journal , 1822 , sept. , page 20.
Huber , Ueber die Behandlung der Syphilis. Stuttg. , 1825.
Olto , Journal de Graefe , vol. VIII, cah. I, page 46.
Oppenheim , Die Behandlung des Lustseuche ohne Quecksilher,ete. liamb., 1827-
Friche, Annalen des allgemeinen Krankenhauses zu ilamburg , vol. I îlamb. , 1828.
Wilhelm . Clinisohe Chirurgie. Munich, 1830 , vo). I.
Petit , Gazette médicale, T. il, page 47,1831.