MALADIE MERCURIELLE
Sjiens et Mu/lin } Edinb. medie. and surgical Journal, n"> I — V.
Pearson , On lhe elTects of the varions articles of materia medica , etc. Lond., 1809.
Wilson, Obs. on the use and abuse of mercury. Londres , 1810.
Mathias , The mercurial diseases. Lond. , 1819.
Swan , Action of mercure on the living body. Lond., 1823. Wendt , Deabusu hydrargyri. Hafniæ , 1823.
Carmichael , Essay on the use and abuse of mercury. Lond., 1824.
Co/son , Coup d’œil sur les maladies produites parle mercure. Journ. hebd. , 1830, T. VIII.
Legrand , Danger d'administrer le mercure dans les maladies syphilitiques Paris, 1832.
Deveryie , Dict. de méd. et de chirurgie pratiques, T. XI, page 434, 1832.
Cullerier et Ralier , Dict. de méd. et de chirurgie pratiques, T. XI , page 459.
801. L’emploi inutile ou trop longtemps prolongé du mercure , surtout lorsqu’il est joint à un régime peu convenable ou à des refroidissemens fréquens , détermine une affection générale particulière connue sous le nom de maladie , éréthisme, érythème , exanthème mercuriels , et qui a été très-bien étudiée et très-bien décrite dans le cours des trente dernières années. Dans celte affection on remarque plusieurs degrés. Elle se manifeste : 1° Sous forme d’éruption. — ■ A la suite d’un refroidissement dans le cours d’un traitement mercuriel , d’une faiblesse très-grande , d’un serrement de cœur, d’horripilations fréquentes, s’il survient une vive chaleur, un pouls accéléré, de la céphalalgie . une soif ardente , on voit bientôt apparaître, au scrotum , à la face interne des cuisses et de l’avant-bras, des vésicules d’un rouge plus ou moins clair, plus ou moins foncé; dans quelques cas rares, des plaques d’un rouge pourpre sans vésicules, ou une éruption analogue à celle que déterminent les piqûres d’orties. Bientôt celte rougeur s’étend à tout le corps. Après un temps plus ou moins long l’épiderme se détache sous forme de petites écailles blanchâtres. Lorsque cette affection est abandonnée à elle-même , on voit s’élever une grande quantité de vésicules ou de pustules , qui contiennent de la sérosité d’une odeur très-âcre ; ces vésicules ou ces pustules démangent beaucoup; bientôt elles s’ouvrent, et le liquide qu’elles contiennent se dessèche , et forme des croules plus ou moins épaisses. ,
2° Sous forme d'ulcères. — Ils se développent dans la gorge ou dans la cavité buccale ; ils sont grisâtres et affaissés ; leur description est assez difficile , mais il suffit d’en avoir vu une seule fois pour ne jamais les méconnaître. Il survient de la douleur et de la tension au voile du palais et aux amygdales, unies à de l’enrouement et à un tiraillement particulier du palais qui se fait sentir jusqu’à la partie postérieure des fosses nasales ; le voile du palais s’excorie largement, ainsi que la luette et les amygdales; il s'établit des ulcères qui ont l’aspect de taches blanchâtres; on les rencontre principalement sur la paroi postérieure du pharynx ;
ce qui surtout caractérise la nature de ces ulcèies , c'est leur tendance à changer de place.
Des ulcères purement syphilitiques peuvent, par l’emploi du mercure trop longtemps prolongé , dégénérer en ulcères mercuriels. — Lorsque l’affection fait des progrès, elle détruit le voile du palais, détermine l’ozène , la carie des os du nez , des douleurs ostéocopes , mais qui n’augmentent point pendant la nuit , enfin des exostoses.
802. Le caractère de la maladio mercurielle , c’est une atonie des parties et une diminution dans leur cohésion ; c’est une affection générale qui se rapproche du scorbut. Les traitemens préconisés contre cette affection consistent à cesser l’emploi du mercure , à se tenir chaudement , à observer un régime sévère , à prendre des tisanes de salsepareille , de saponaire , de douce-amère , de bardane ou de gaïae ; les acides minéraux unis aux sudorifiques , l’élixir de vitriol de Munsicht , l’eau de Rabel dans une infusion de bourgeons de pin ou d’orge , les remèdes légèrement toniques et astringens , le quinquina, la cascarille , les feuilles d’oranger ou de houx en décoction ou en infusion ; plus tard les préparations de fer. Ordinairement aussi la maladie mercurielle dérange les fonctions du foie : dans ces cas les extraits dissolvans , et surtout l’extrait de la grande chélidoine , uni à la soude, ainsi que l’ont préconisé les praticiens anglais. Le traitement local des ulcères consiste à toucher l’ulcère avec de l’acide hydrochlorique , à faire des gargarismes de ciguë et de miel ; contro les éruptions cutanées on emploie les préparations d antimoine, de gaïae, le savon stibié, la teinture de gaïae unie à l’antimoine ; contre les douleurs ostéocopes, le quinquina, l’opium , les bains aromatiques; mais le remède le plus énergique serait, d’après Struvg , le traitement par la faim , ainsi que les bains sulfureux ou ferrugineux. Lorsque , après la disparition de ces symptômes , l'affection syphilitique persiste , on doit avoir recours au précipité rouge uni aux sudorifiques.
Quoique le caractère particulier des maladies mercurielles soit de s’aggraver par l’emploi du mercure , et quoique cette affection se soit développée par l’abus du mercure , même sans que la syphilis ait exercé sur elle aucun empire, qu’elle soit survenue , par exemple , par la seule influence de la vapeur du mercure , il n’en est pas, moins certain que souvent elle est due à la syphilis qui , par un traitement mal dirigé , n’a fait que changer do forme ; aussi un traitement mercuriel bien dirigé peut faire disparaître et l’affection syphilitique et l’affection mercurielle. — D’après ma propre expérience jë suis porté à préférer la décoction de Zmbiann à tout autre traitement.
Schmalz , en soumettant à l’électricité des malades affectés de maladie mercurielle , sans qu’on sût positivement la part que l’abus du mercure ou la syphilis pouvait avoir sur leur maladie, a vu survenir, sms qu’il administrât le mer cure, une salivation tellement abondante qu’une fièvre mercurielle très-intense se déclarait , et. que , au bout de quinze jours , survenait une sueur très-abondante ; te même phéno-
ULCÈllES DES OS.
mine avait lieu soit qu’on plaçât sur la tête du malade un casque soumis à l’auia électrica , soit qu’on lui mit à la main une chaîne soumise à un courant électrique. Dans ces cas il amenait ses malades à guérison complète en ne leur donnant que trois soupes par jour , en veillant à ce que le canal intestinal fût toujours libre , et en faisant constamment rester le malade dans une chambre échauffée, sans permettre qu’il en sortit un instant.
Voyez :
Kotizen de Froriep , oct., 1826 , page 207.
Annal, litter. de Decker , mai, 1827 , page 107.
VIO. Ulcères des os.
Lambert } Commentaires sur la carie et la corruption des os. Marseille , 1627.
Dupré , Dissert, de carie ossium. I.ugd.-Batav. , 1668. TVedel , Dissert, de carie ossium. Jenæ , 1712. Cyprianus , Diss. de carie ossium. Utrecht, 1680. Hofmann , De carie ossium. Altdorf , 1681. Roussin-de-Montabourg, Non ergô in ossium carie dolente cauterium actuale. Paris., 1740.
Osions y Diss. de ossium carie. Lugd.-Batav. , 1743.
Iscz, Ergô caries in estremilatibus ossium vis sanabilis. Paris, 1748.
Heinze , De carie ossium. Greifstvald, 1751.
Rauschert , Diss. de ossium carie. T.ugd.-Batav. . 1756. Fournier , Diss. de carie ossium. Montpellier, 1757. Nicolai , De carie ossium in genere. Jenæ , 1762.
Knolle , De ossium carie venereâ. I.ipsiæ , 1763.
Rœderer , Progr. observ. de ossium vitiis continens. coett., 1760.
Ferrand , Diss.de carie ossium. Paris. , 1765.
Perrelet f Diss. de carie ossium. Strasburgi , 1770.
Lentin , Von der Wirkung der Phosphorsauere bei der Carie. Journal d eLoder , T. I.
Engcl } Diss. ossium caricm atque necrosin exhibons. Giessæ, 1802.
Louis , Mémoires de l’Académie de chirurgie , vol. V , page 410.
David , Observ. sur la nécrose. Paris , 1782. fVeidmann y De nécrosi ossium. Francof. , 1793.
Russe! , Practical Essay on necrosis. Edimb. , 1794. Ringehnann , De necrosi ossium. Rudoîst. , 1804. Spœndli y De sensibilitate ossium morbosâ. Goelt. , 1814. JVismann , De rite cognoscendis et curandis carie et necrosi ossium. Halæ, 1820.
TVedemcyer , Journal de Graefe et TValther , 1832 , T. IV.
Richter , Même journal , T. VII , cah. III , page 402. fVehmcyer y De ossium carie. Rostochii, 1826. Malgaigne , Archives de médecine, T. XXX.
Sanson (ainô), De la carie et de la nécrose. Paris, 1833. (Thèse de concours.)
Cloque t , Dict. de médecine, T. VI , 1834.
— Dict. de méd. et de chirurg. pratiques , T. XII , art. Ostéite.
— Même Dict. , T. XI , art. Nécrose.
À. Carie.
803. La carie consiste dans line aliénation de la substance osseuse, analogue aux ulcères des pariies
molles. Lorsque l’os malade est séparé des parties molles qui l’environnent, on trouve qu’il est grisâtre, souvent noirâtre; sa surface est inégale, couverte d’aspérités; il est flexible, comme vermoulu, altéré dans unecerlaineétendue; leslamellesosseusessonl fragiles, se laissent facilement traverser par une sonde métallique ; il s’en écoule une substance ichoreuse grisâtre , brunâtre ou noirâtre , qui répand une odeur dégoûtante particulière ; quelquefois les lamelles osseuses sont ramollies, et les surfaces ulcérées donnent naissance à des excroissances fongueuses ou charnues (caries fungosa ).
804. Cette altération des os est toujours le résultat d’une inflammation qui s’est développée dans le périoste , dans la lamelle externe de l’os , dans la membrane médullaire, ou dans le parenchyme même de l’os. Aussi la carie est-elle toujours précédée d’un douleur obtuse , profonde , quelquefois très-vive , qui s’étend au loin , d’une tumeur jamais très-considérable , et qui augmente lentement,, mais qui ne détermine aucun changement de couleur à la peau. Après un temps plus ou moins long, on voit paraître , au niveau de la partie malade , ou à une certaine distance , une tumeur formée par du pus. Celle tumeur, lorsque l’os est recouvert de peu de parties molles , semble adhérente à l’os , et sa base est entourée d’un cercle très-dur. Si celte tumeur vient à s’ouvrir, il s’en écoule du pus de mauvaise nature, diversement coloré, qui prend bientôt une odeur infecte. Lorsque l’altération est considérable , la fièvre hecliqi». se déclare rapidemeut.
Lorsque l’inflammation a son siège primitif dans l'intérieur d’un os, cet os est, dans une partie ou dans la totalité de sa circonférence , converti en une substance spongieuse ; il est considérablement tuméfié; il devient le siège de douleurs très-vives , qui augmentent par la chaleur du lit; les parties circonvoisines sont tuméfiées et soulevées; enfin il s’établit des ulcères fisluleux ( spina ventosa , caries ccnlralis , paedarthrocc ). Outre ces signes , sur lesquels peut se fonder le diagnostic , il en est d’autres qui servent à l’assurer : c’est l’examen à l’aide de la sonde ; avec cet instrument on reconnaît aisément que l’os est rugueux , et a subi diverses modifications; la forme particulière de l’orifice des trajets fisluleux est très-caractéristique ; les bords en sont flétris, contractés; ils deviennent calleux, ou se recouvrent, dans toute leur étendue, d’excroissances fongueuses. La sonde d’argent, dont on se sert pour explorer ces sortes de trajets fisluleux , devient souvent noire ; mais celle coloration se rencontre souvent aussi lorsqu’une sonde en argent est mise en contact avec un pus altéré ; le malade éprouve ordinairement une douleur profonde.
805. Parmi les causes de la carie doivent être rangées toutes les lésions qui peuvent déterminer, dans une partie osseuse , une inflammation qui se termine par ulcération. Ces causes sont externes ou internes. Les causes externes sont les coups , les chutes , les plaies , les déchirures du périoste ,
les fractures, une pression longtemps prolongée, un for er purulent sur le trajet d’un os ; la cause la plus énergique c’est une dénudation de 1 os par suite de laquelle cet organe est longtemps en contact avec l’air, ou qui n'a pas été convenablement K traitée. Les causes internes sont les scrofules, la syphilis, le scorbut, le rachitisme, la goutte , le rhumatisme, la suppression d’exutoires anciens, la métastase d’une éruption cutanée inflammatoire ou chronique. Les causes externes déterminent plus fréquemment une carie superficielle; les causes internes attaquent plus particulièrement le parenchyme de l’os ou les parties internes. La carie affecte plus souvent les os mous et spongieux.
I Quant à la différence qui existe entre la carie des os et les plaies suppurantes du tissu osseux , nous renvoyons à ce que nous avons dit ( S 688 ) de la différence des ulcères en général et des abeés.
De/pecli (l) pense que l’affection déterminée aux os par la syphilis ne mérite pas le nom de carie, car elle se rapproche beaucoup plus de la nécrose. Quoique cela ait souvent lieu, ainsi que nous l’avons dit au § 765 , on ne doit pas faire de cette opinion une application générale.
S06. Le pronostic se base sur la constitution du sujet, sUr son âge et ses habitudes , sur les causes ! et le siège de la carie. Le pronostic est surtout trèsdéfavorable lorsque la carie est jointe à une affection générale Irès-développée , surtout aux scrofules ; il en est de même des cas où la carie est développée dans le voisinage d’une articulation ; lorsque la fièvre hectique menace d’épuiser les forces du malade , l’ablation du membre est souvent le seul moyen de conserver sa Yie. Bans beaucoup de cas, surtout chez les individus jeunes à l’époque de la puberté , la guérison s'opère par les seules forces de la nature, et cela de la manière suivante : les bords fongueux de l’orifice du trajet fisluleux reviennent sur eux-mêmes , empêchent l’air de pénétrer jusqu’à l’os malade , qui bientôt meurt complètement , et se trouve entraîné par îe pus sous forme de petites granulations, de lamelles, ou par morceaux plus ou moins volumineux ( exfo- \ liatio sensibilis) , ou bien la partie malade est résoibée ( exfoliatio insens .bilis ) ; pendant ce travail des granulations sa forment sur toutes les parties i de los, la suppuration devient de bonne nature, cl peu à peu les trajets fisluleux s’oblitèrent.
807. Quant au traitement, il faut, avant lent, éloigner les causes ; combattre la syphilis , le rachitisme ou la goutte, etc. ; tenir compte des forces du malade, les soutenir à 1 aide d’une nourriture fortifiante et d’un air pur.
808. Le traitement local de l’ulcère réclame d’abord la plus grande propreté dans les pansemens ; il faut, autant que possible , veillera ce que l’air ne pénétre point jusqu’à la partie cariée , et à ce que le pus puisse s écoulei facilement : aussi, lou- < tes les fois que la position de la partie malade n’en |j favorise pas la sortie, il est souvent indispensable
(I) Chii-urg. ciiniq. de Montpcl. Taris, 1832 , page 454.
d’agrandir les trajets fistuleux. Du reste le traitement local est tout entier subordonné au traitement général. On recouvre de charpie l’ouverture du trajet fistuleux, et il faut avoir grand soin de ne pas fermer celte ouverture par des bourdonnets ; on fait des applications chaudes humides de camo' raille ou de plantes aromatiques , des frictions spiriiucuses sur les parties environnantes ; enfin on prescrit des bains aromatiques locaux et généraux. On attend que, sous l’influence de ce traitement, la vitalité de l’os malade soit changée, et qu’il survienne une exfoliation insensible ou sensible ; lorsque ce dernier cas a lieu , on veille à ce que la partie détachée puisse sortir aisément. Ce mode de traitement est plus convenable que celui qui consiste à faire des injections d’eau tiède , de légères décoctions de substances astringentes ou aromatiques , telles que la camomille , l’écorce de chêne , de châtaignier , de quinquina , de brou , etc. , o» bien que les in jections d’acide phosphorique étendu, de légères solutions de sublimé, d’eau de chaux, etc., et , si le pus est très-abondant et très-fétide , on peut faire des insufflations de poudre légèrement aromatiques. Dans les cas seulement où le traitement que nous avons indiqué est sans résultat, où l’ulcère n’est point entretenu par une cause générale , et où sa position le permet , on peut obtenir la guérison en enlevant toute la partie cariée.
tes nombreux moyens que l’on a préconisés contre la carie, tels que Passa -fœtida, l'acide phosphorique, la garance , les graines de phellandrium , de muriate de baryte , etc. , n’ont point été sanctionnés par l'expérience.
Rust (1) recommande des pilules composées de parties égales d’assa-fœtida , d’acide phosphorique , de racine de catmus aromaticus ; on en prend trois fois par jour , de six à dix ; il regarde ce moyeu comme très-efficace , surtout lorsque l’affection scrofuleuse n’est pas étrangère â la formation de la carie.
Ou doit complètement rejeter l’emploi des médicamens Acres, tels que la teinture d’euphorbe , l’aloés , la myrrhe, l'éther , etc. , que l’on a préconisés pour favoriser la mortification complète de la partie affectée , ainsi que le cautère actuel , car leur action , au lieu de porter uniquement sur la partie malade, s’étend aussi aux parties osseuses saines qui leur sont contiguës. I,e cautère actuel m’a paru offrir quelque avantage dans la carie fongueuse , mais dans celte espèce seulement.
Friche (2) croit que le moyen le plus sûr de déterminer l’exfoliation de la partie cariée d'un os c’est de le découvrir complètement des parties qui l’environnent.
809. Lorsque la sonde fait reconnaître que la partie malade de Los est détachée en partie ou en totalité , on doit chercher à la saisir avec une pince, et à l’extraire. Pour cela on est souvent obligé d’agrandir les ouvertures déjà existantes. La partie malade étant extraite , on trouve ordinairement que la surface de l’os sain surlequel elle reposait est couverte de végétations charnues , qu’il faut bien se garder de détruire par des irritans. — Dans le cas où
( 1 ) n.mdbuch der Chirurgie , vol. H , page 398.
(2) riinfter Bericht liber die Verwxltung des Krankenhauscs 7.u Iiamburg , 1832 , page 237.
rLcix.us DES os.
une partie considérable d’un os est complètement frappée de mort, et ne se détache pas, on peut favoriser sa sortie en la saisissant , à chaque pansement, avec une pince, et lui imprimant des mouvemens de va et vient ; enfin , si ce moyen ne réussit pas , il faut appliquer le trépan ou les tenailles iucisives lorsque la position des parties le permet.
B. Nécrose.
810. Le peu de vitalité d’une partie osseuse est cause que , à la suite de l'inflammation , de la suppuration ou d’une dénudation considérable dont elle pourrait être le siège , on voit en survenir la mortification ou nécrose, qui est une affection analogue à la gangrène des parties molles. Suivant quo la nécrose est due à l'inflammation , à la suppuration, ou bien à la destruction des vaisseaux nutritifs de l’os , on peut admettre une nécrose consécutive et une nécrose primitive.
811. La nécrose survient à tout âge et dans les deux sexes; cependant elle est plus fréquente dans l’enfance et chez l’adulte. Le plus ordinairement elle affecte la partie compacte des os longs , du tibia, du fémur, de la mâchoire inférieure, de la clavicule, de l’humérus, du péroné, du radius et du cubitus; rarement on la rencontre à leurs extrémités spongieuses. Assez souvent aussi elle attaquo Jes os plats. — La nécrose a son siège tantôt dans la couche interne des os , tantôt dans leur couche externe ; elle peut aussi frapper un os dans toute son épaisseur, dans toute sa circonférence.
On peut regarder comme causes de la nécrose toutes les lésions qui empêchent une partie osseuse de recevoir les sucs nutritifs soit du périoste , soit de la membrane médullaire. Ces causes sont externes ou internes : les premières sont les déchirures du périoste, la dénudation des os, surtout lorsqu’ils sont restés longtemps en contact avec l’air ou avec des substances âcres et irritantes , les contusions, etc. ; parmi les causes internes doivent être comptées toutes les affections générales qui déterminent l’inflammation et la mortification des os. Les causes externes déterminent plutôt la nécrose de la couche externe des os ; les causes internes , au contraire, celle de la couche interne. Ces deux espèces de causes agissent souvent ensemble.
812. L’inflammation qui détermine la nécrose est aiguë ou chronique , et les symptômes auxquels elle donne lieu ont plus ou moins d’intensité. Lorsque l’inflammation a son siège dans l’intérieur de l'os , il se manifeste , dès le premier jour , une douleur vive , profonde , qui n’augmente ni parles raouvereens ni par la pression ; quelquefois celte douleur est compliquée d une fièvre intense et d’une sueur très-abondance. Plus tard il survient une tumeur dure, qui se développe lentement ; la peau qui la recouvre n’est ni rouge ni tendue. Après un temps plus ou moins long, suivant l’intensité de
l'inflammation, on voit se forme en plusieurs endroits des abcès qui s’ouvrent et se vident sans que la tumeur diminue de volume. Les ouvertures de ces abcès ont souvent lieu au niveau de l’os malade ; d’autres fois , surtout lorsque l’os malade est entouré de beaucoup de parties molles , il s’établit des trajets fisluleux , dont l’ouverture externe est entourée d’un cercle charnu d’une ligne environ d’épaisseur. Quelques-uns de ces trajets peuvent se fermer spontanément ; mais bientôt on voit s’en ouvrir de nouveaux.
813. Le diagnostic est facile dans les cas où l’os malade apparaît à l’ouverture du trajet fistuleux , et où il est noir ; mais , s’il est blanc et sec , les phénomènes antérieurs et la durée de la maladie indiqueront s’il est seulement dénudé , ou réellement frappé de mort : dans tous les cas l’examen avec la sonde , ou avec le doigt si l’ouverture est assez large , indiquera suffisamment la nature de la maladie ; on sentira aisément que l’os est nécrosé , et quelquefois qu il est mobile. — Si les accidens antérieurs ont été faibles , il est probable que la nécrose sera superficielle : c’est aussi ce qu’on pourra présumer lorsque la tumeur qui s’est développée n’embrasse point toute la circonférence de l’os , et que la douleur est plus superficielle ; l’étendue de la tumeur et l’éloignement des ouvertures fistuleuses pourront indiquer l’étendue de la nécrose. Lorsqu’il existe plusieurs parties frappées de nécrose , l’examen avec la sonde à travers les différentes ouvertures , et différentes tumeurs formées par chaque partie peuvent en faire reconnaître le nombre. Les différens trajets fistuleux correspondant à diverses parties nécrosées ne guérissent pas, alors même que ces parties ont été retirées ; souvent même ces trajets fistuleux ne guérissent pas complètement , lors même que toutes les parties nécrosées ont été éliminées : cela tient à ce que ces trajets sont trop profonds, et que la suppuration était abondante.
Un pus de mauvaise nature , infect et noirâtre ne saurait être un signe certain de nécrose ; car, dans le plus grand nombre de cas , le pus déterminé par la nécrose est de bonne nature , et ne s’altère qu’à mesure que l’état général de l’individu se détériore.
Quoique la carie et la nécrose aient une certaine ressemblance , car elles reconnaissent souvent les mêmes causes (dans l'une et dans l’autre les os sont dénudés, une partie plus ou moins grande de leur substance est détruite ; dans l'une et dans l'autre il existe de la suppuration) , cependant cesdeuxatTections différent l’une de l’autre par les circonstances suivante : la carie se manifeste surtout dans les os spongieux ; la nécrose , dans les parties compactes ; au début de la carie superficielle la tuméfaction n'est jamais aussi considérable que dans la nécrose ; dans la carie la tumeur offre une ouverture plus large entourée d’un bord calleux ; l’ouverture du trajet fistuleux de la nécrose est cernée d’un bord formé d’excroissances charnues ; la carie donne lieu fi la sécrétion d'un pus infect; la nécrose au contraire a un pus de bonne nature , qui ne s’altère que par suite d’un mauvais traitement, d'une trop grande irritation des parties environnantes, d’une complication de carie, etc. : dans la carie l’os