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LUXATIONS DE L’AVANT-BRAS

sans l’emploi d’tme force capable de réduire la luxation; de plus la flexion 11e pouvait être portée plus loin que l’angle droit. Dans ces cas le diagnostic peut offrir quelque obscurité parce que les seuls signes distinctifs sont la saillie de l’oiécrâue et la rotation du bras en dedans.

954. Les luxations sur le côté peuvent être complètes ou incomplètes. Celles en dehors sont plus fréquentes que celles en dedans. Dans les premières la face articulaire interne de l’humérus proémine plus ou moins; la face articulaire du radius se trouve en dehors ; le sommet de l’olécràne est situé en arrière de l’humérus : aussi l’avant-bras se trouve-til dans la demi-flexion. Dans les secondes une partie de l’échancrure sigmoïde se trouve plus ou moins en dedans; la tête articulaire de l’humérus est en dehors, et l’avant-bras toujours dans une demiflexion. Ces luxations ne peuvent avoir lieu pour une déchirure des ligamens articulaires; les muscles de l’avant-bras peuvent aussi être déchirés à leur insertion : de là vient que l’avant-bras n’est pas si immobile dans ces luxations que dans celles en arrière. Dans les luxations complètes sur le côté la saillie des extrémités articulaires est beaucoup plus considérable que dans les luxations incomplètes ; dans ces cas aussi les parties molles sont tellement déchirées que l’avant-bras peut être mu dans toutes les directions.

Dans les luxations du coude les surfaces articulaires conservent le plus souvent quelques points de contact : aussi n’est-il pas rare de sentir de la crépitation dans les mouYemens qu’on imprime au membre.

955. La luxation du coude en arrière est le plus ordinairement produite par une chute sur la paumo de la main lorsque l’avant-bras est dans la flexion, et le bras fixe. Lorsque l’avant-bras est violemment porté en dedans ou en dehors, il peut survenir une luxation latérale.

956. Les luxations de l’avant-bras donnent toujours lieu à de graves accidens inflammatoires et nerveux, et quelquefois à la gangrène; cependant elles ne sont pas aussi dangereuses qu’on pourrait le croire ; néanmoins, lorsqu’elles sont abandonnées

! à elles-mêmes, elles deviennent en peu de temps irréductibles ; lorsque , dans la luxation en arrière, l’extrémité de l’humérus a déchiré la peau , alors le cas est extrêmement grave ; cependant l’expérience prouve que la guérison peut s’opérer sans accidens particuliers. Si le biceps , l’artère brachiale ou le nerf médian ont été déchirés, le cas est des plus dangereux. Les luxations complètes sur le côté sont beaucoup plus sérieuses que celles en arrière ; les incomplètes n’offrent aucune difficulté pour la réduction ; leurs suites sont rarement funestes, lors même qu’elles ont été méconnues , pourvu que, dès le commencement, le malade se soit appliqué à exécuter des mouvemens.

957. La réduction des luxations du coude ne présente jamais de grandes difficultés lorsqu’elle est prise à temps. Un aide , saisissant d’une main l’avanl-bras au-dessus de l’articulation du poignet, et de l’autre main l’avanl-bras par sa partie supé-

rieure et interne , fait l’extension ; un autre aide , embrassant, d’une main, l’articulation huméroscapulaire , et , de l’autre , la partie inférieure de l’humérus, forme la contre-extension. Dans la luxation en arrière le chirurgien saisit le coude à deux mains , de manière à ce que les quatre doigts de chacune d’elles soient situés sur la face antérieure , et les deux pouces sur la face postérieure : au moyen de ces deux derniers il peut facilement, lorsque l’extension est suffisamment faite , porter l’olécràne en bas et en avant. \

A. Cooper fait asseoir le malade 6ur une chaise , place son genou sur la face antérieure du coude , saisit l’articulation du poignet, et fléchit le bras ; en même temps il appuie avec son genou sur le radius et le cubitus pour les séparer de l’humérus ; et , pendant qu’il exerce cette pression , le bras se trouve porté lentement , mais avec force , dans la flexion.

Un procédé très-simple, qui appartient je ne sais à qui, m’a très-bien réussi dans un cas de luxations du coude en arrière; c’est le suivant : le malade est assis sur une chaise; l’opérateur place son pied au-dessous du premier barreau de la chaise ; puis, ramassant le bras affecté , il le fait passer sous son creux poplité, de manière à ce que, le bras étant fléchi, le pli du bras corresponde à la partie inférieure et postérieure de la cuisse; alors il exerce sur l’avant-bras des tractions en le rapprochant de la flexion forcée, comme s’il voulait lui faire contourner la cuisse. Par cette Iraction ainsi dirigée le cou-de-pied de l’opérateur, prenant un point d'appui sous le barreau de la chaise, fixe la contre-extension faite par la cuisse; l’avant-bras est éloigné du bras par la partie inférieure de la cuisse placée entre eux, et les faces articulaires sont reportées au même niveau par l’extension que fait le chirurgien. La réduction se fait avec la plus grande facilité.

(Note du traducteur.)

La réduction opérée, on entoure le coude de compresses résolutives ; on applique un bandage en ce, et le bras est tenu en écharpe. Les accidens inflammatoires seront prévenus ou combattus par les antiphlogistiques et les applications froides ; l’appareil sera renouvelé tous les deux jours; et chaque fois, avant le pansement, on imprimera au membre de légers mouvemens de pronation et de supination afin de s’assurer si la réduction est restée réduite. — La luxation du cubitus seul est toujours facile à réduire par l’un des procédés que nous avons indiqué.

Lorsque le ligament annulaire du radius n’a pas été déchiré, le radius rentre facilement avec le cubitus à sa place primitive. Mais , si ce ligament a été déchiré , il est nécessaire , après la réduction du cubitus , de ramener le radius dans son articula lion , et de l’y maintenir au moyen d une attelle qu’on fixe à sa partie postérieure dans le but de prévenir un déplacement nouveau. — Lorsque, dans la luxation en arrière , l’extrémité inférieure de l’humérus fait saillie à travers la peau , la réduction n’est pas toujours très-difficile ; mais , dans tous lecas , il faut la faire le plus tôt possible , et ferme c exactement la plaie. Si déjà une vive inflammation s’était déclarée, la résection de l’extrémité infd-

LUXATIONS DU l’OIGNET.

rieiire de l’hnmérns serait le seul moyen de diminuer les accidens. Si l’artère brachiale était déchirée, il faudrait en faire la ligature avant de procéder à la réduction ; si cette artère et le nerf médian ont été déchirés , il est probable que la gangrène s’emparera du membre , et l’amputation est alors impérieusement exigée.

958. Pour la réduction des luxations latérales on suit le procédé indiqué plus haut ; seulement la pression que les mains du chirurgien opèrent sur les extrémités articulaires doit avoir une direction opposée à celle de la luxation. Pour les luxations de ce genre A. Coopeu se sert de son genou comme pour la réduction de la luxation en arrière. Une forte extension du bras suffit souvent seule pour atteindre le but qu’on propose. Dans ces luxations latérales les accidens inflammatoires sont toujours plus graves que dans celles en arrière : aussi les antiphlogistiques les plus énergiques ne doivent pas être épargnés.

959. Quoique les luxations du coude deviennent promptement irréductibles, ou ne doit cependant jamais tenter la réduction avant que l’inflammation, si elle s’est déjà déclarée, ne soit tout à fait tombée. Avant de procéder à la réduction d’une luxation ancienne du coude on ne doit pas oublier de faire , pendant les jours qui précèdent l’opération, exécuter à l’avant-bras des mouvemens en sens divers ; si ces tentatives ne menaient pas au but qu’on s’était proposé, il faudrait s’abstenir d’efforts très-violens, parce qu’ils exciteraient une trop vive inflammation.

La luxation du coude en avant, qui ne peut avoir lieu sans fracture de l’olécrâne, doit être soumise , après la réduction, au traitement mis en usage à la suite de la fracture de cette apophyse (§ 609).

960. La luxation du radius en arrière est la plus fréquente. Elle se présente moins souvent chez les adultes que chez les enfans ; elle ne se produit pas toujours d'un seul coup ; elle est bien plus souvent le résultat de cette habitude que l’on a de traîner les enfans par la main. L’articulation du radius se fatigue ; on aperçoit une saillie formée par l’extrémité de cet os et un gonflement douloureux de son articulation ; si alors la cause persiste , la luxation du radius en arrière se déclare. Au moment où cette luxation se produit le malade éprouve une vive douleur ; l’avant-bras est fléchi , et la main est dans la pronalion ; la supination est impossible ; et , si on la tente , les douleurs augmentent ; la main et les doigts sont dans une demi-flexion ; l’extrémité supérieure du radius forme en arrière une saillie assez considérable.

961. La luxation du radius ennvant est le résultat d’une supination forcée. L’avant-bras se fléchit assez facilement , mais ne peut cependant pas être porté sur le bras jusqu’à angle droit ; lorsque l’avantbras est fléchi brusquement , la tète du radius vient heurter la partie antérieure do l’humérus , et la flexion ne saurait aller plus loin, la main se trouve dans une demi-pronation ; mais la supination et la

pronation ne peuvent en aucune manière devenir complètes. On peut assez facilement, surtout par les mouvemens de rotation, sentir la tête saillante du radius. Ce dernier phénomène et l’impossibilité d’une flexion complète de l’avant-bras sur le bras sont les signes les plus caractéristiques de cette luxation.

Boyer doute de la possibilité de cette luxation en avant sans fracture ; car, selon lui, le degré de supination qui serait nécessaire pour la produire est rendu impossible par la petite tête de l’humérus, qui appuie fortement sur la tête du radius. Cependant des observations publiées par plusieurs praticiens, et d’autres qui me sont propres, ne peuvent laisser aucun doute à cet égard. A. Cooper (page 115) a rencontré six fois la luxation du radius en avant, et moi je l’ai vue une fois. Le radius abandonne le cubitus â l’endroit où il s’articule avec l’apophyse coronoïde , et sa tête passe dans le creux qu’on trouve au-dessus du condyle externe de l’humérus, et est attirée sur l’apophyse coronoïde du cubitus. Des recherches sur le cadavre ont montré la tète du radius logée dans la cavité située au-dessous du condyle externe de l’humérus, le cubitus dans sa position naturelle , le ligament annulaire du radius, la corde transverse , la portion antérieure du ligament capsulaire et la membrane interosseuse en partie déchirés. La déchirure du ligament capsulaire rend compte de l’éloignement des os de l’avant-bras. Rouyer (1), Villaume (2) et Jousset (3) ont également cité des exemples de la luxation en avant de la partie supérieure du radius.

962. La réduction des luxations du radius est facile : d’une main on étend l’avant-bras, de l’autre on comprime la tête du radius dans la direction de son articulation. Dans la luxation en arrière on porte l’avant-bras dans la supination , dans celle en avant on le dirige dans la pronation. Cela fait, on entoure le coude de compresses et de quelques tours de bande; on le maintient dans l’immobilité la plus absolue au moyen d’une attelle fixée à la partie antérieure ou sur la face postérieure du bras. Au bout de vingt à vingt-cinq jours on peut leverl’appareil, et permettre au bras quelques mouvemens, qui doivent être faits avec prudence.

D’après A. Cooper la réduction d’une luxation du radius en avant exige quelquefois une force considérable ; il rapporte aussi des cas où la réduction fut impossible. Des expériences sur le cadavre lui ont démontré que l’extension faite sur la main est la plus avantageuse. C’est aussi de cette manière que j’ai réduit avec facilité une luxation de ce genre.

Lorsque les symptômes dont nous avons parlé plus haut ( § 960 ) dénotent une relâchement des parties articulaires du radius , on doit éviter toute extension et tout mouvement de la main , l’avant-hras doit être placé dans une demi-flexion, et on doit prescrire des applications et des frictions capables de combattre ce relâchement.

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