HERNIE INGUINALE
Voyez à ce sujet :
Chélius , Nouveau Chiron , vol. I, cah. 1.
Lirnan , Journal de Gracfa et Jf'alther, YOl. V, cah. I,
1087. Différentes tumeurs qui peuvent se former dans la région inguinale doivent être différenciées de la hernie ; ce sont : l’hydrocèle , le varicocèle , le gonflement inflammatoire du cordon , l’étranglement du testicule par l’anneau inguinal , un développement de graisse dans le tissu cellulaire du cordon et enfin un abcès.
1088. Il n’est guère possible de confondre une hernie avec l’hydrocèle de la tunique vaginale propre du testicule. Lorsque l’hydrocèle est considérable, elle s’étend, il est vrai, jusqu'à l’anneau, et semble même pénétrer jusque dans le canal ; mais , lorsqu’on attire un peu la tumeur , il est facile do voir qu’elle ne pénètre point dans le canal , et que ce dernier est dans un état normal. De plus , dans l’hydrocèle, la tumeur se développe d’abord en bas, et ce n’est qu’en augmentant qu’elle se rapproche de l’anneau inguinal; les fonctions du tube digestif ne sont nullement altérées ; la supination et la toux n’ont aucune influence sur la tumeur.
L’hydrocèle congénitale , dans laquelle le liquide s’amasse dans le canal de la tunique vaginale, a plus de ressemblance avec la hernie ; mais la consistance et la transparence de la tumeur, la manière dont le liquide rentre dans l’abdomen , et la facilité avec laquelle il ressort , ne laissent place à aucune erreur.
1089. Le varicocèle a, lorsqu’il est volumineux, la plus grande analogie avec un épiplocèle ; mais le canal n’est pas dilaté; on sent les différens cordons formés par les veines malades : si on comprime un instant la tumeur sans la refouler vers le canal , on la voit disparaître presque en totalité. Dans les cas qui peuvent offrir du doute on fait coucher le malade sur un lit, puis on fait disparaître la tumeur en pressant sur elle ; on exerce aussitôt après, avec les doigts, une compression sur l’anneau inguinal, et on fait relever le malade sans cesser la compression, qui est assez forte pour s’opposer à la sortie des viscères , mais qui ne l’est pas assez pour empêcher le sang d’arriver au cordon , et d’y reproduire le varicocèle.
1090. Lorsqu’une tuméfaction inflammatoire s’est emparée du cordon testiculaire , le diagnostic peut être très-obscur , surtout si elle est le résultat d’un effort violent, d’un coup, en un mot d’une cause quelconque capable également de déterminer la formation d’une hernie; une tuméfaction de ce genre passe également par l’anneau inguinal , et s’étend jusqu’au testicule, qui semble se confondre avec elle; la tumeur est tendue , douloureuse, et se prolonge évidemment dans le canal ; il survient de la fièvre ; les viscères de l’abdomen peuvent être sympathiquement affectés ; il y a suppression des selles, envies de vomir, etc. Dans un cas de ce genre le diagnostic est encore plus difficile’, et même absolument impossible lorsque, avant la cause qui a agi,
il existait une hernie qui aurait pu s’étrangler , par suite de l’accident qui a déterminé l’inflammation du cordon.
1091. Lorsque le testicule ne descend que trèstard dans le canal, ou lorsque, par suite de la brièveté du cordon , il reste dans le canal , il peut être pris d’inflammation par suite de l’obstacle que lui présentent les parois abdominales, et de la pression à laquelle elles se soumettent ; dans ces cas le diagnostic peut être aidé par l’absence d’un testicule dans le scrotum.
1092. Dans le tissu cellulaire du cordon il peut se former un amas de graisse qui s’étende jusqu’à l’anneau ; mais une tumeur semblable ne donne lieu à aucun accident.
1093. Des foyers purulens , qui , sortant par le canal inguinal, longent le cordon spermatique, peuvent diminuer ou disparaître complètement par la pression, par le décubitus, et augmenter par les efforts de la toux et par la station ; mais il y a de la fluctuation; et, à l’aide de ce signe, appuyé de ceux que le commémoratif pourra fournir, et qui pourront rappeler les abcès symptomatiques d’une carie de la colonne vertébrale ou d’une psoïlis. le praticien ne saurait être induit en erreur.
1094. Les hernies inguinales doivent, dans le taxis, être repoussées dans la direction qu’elles ont suivie en se formant : ainsi les externes le seront de bas en haut et de dedans en dehors ; et les internes, de bas en haut, et directement d’avant en arrière.
1095. Pour maintenir une hernie inguinale réduite on doit se servir d’un bandage ayant un ressort demi-circulaire, etquiembrasseexactementlamoilié du bassin. Dans la hernie inguinale externe la pelotle doit être dirigée de manière à ce que la compression qu’elle exerce porte sur toute la longueur du canal ; dans les hernies inguinales internes la pelote doit être appliquée sur l’anneau antérieur seulement, et agir d’avant en arrière ; il en est de même dans les hernies inguinales externes dont le col est très-court (§ 1079).
1096. L’étranglement, dans les hernies inguinales , peut avoir lieu à l’anneau antérieur, à l’anneau postérieur, au collet du sac, et aux strictures qu’on rencontre quelquefois en plusieurs points du sac. Lorsque cet étranglement ne peut être levé par aucun des moyens indiqués plus haut (§ 1048 et suivans), il faut procéder à l’opération en ayant soin de se conformer aux préceptes suivans :
1097. L’incision des tégumens doit toujours être faite, surtout dans les hernies volumineuses, sur la ligne médiane de la tumeur, à cause de la possibilité du déplacement du cordon; elle doit toujours être faite avec précaution , parce qu’il existe des hernies sans sac (1 J. Dans les hernies inguinales très-
(l) Précisément à cause de ce que nous avons dit § 1081, il est de la plus haute importance , avant l’opération d’une, hernie inguinale ancienne du côté droit, de s’assurer si la hernie est formée par le cæcum ou par le commencement du colon : le volume , l’ancienneté, nue surface bosselée , doivent déjà faire soupçonner la présence de ces parties, sur-
UERNIE CRURALE.
! grosses l’incision doit commencer au niveau de l'anneau antérieur, à l’endroit où la tumeur offre le j plus petit volume ; on ne doit la prolonger qu’après s’être assuré avec le doigt que le cordon ne passe pas en avant de la tumeur. Lorsqu’il existe beaucoup de sérosité dans le sac, on peut l’ouvrir hardiment. Outre les signes, donnés plus haut (§ 1055) d’une manière générale, qui annoncent qu’on est arrivé au sac, il en est un autre pour cette région , c’est que le sac est toujours adhérent aux piliers de l’anj neau, et que par conséquent la pointe du doigt no peut pénétrer dans le canal avant l’ouverture du sac. Si le sac est très-mince , on le déchire aisément en le saisissant avec la pince ; s’il est très-épais, la pince en déchire une couche superficielle, au-dessous de i laquelle on aperçoit un point plus transparent et bleuâtre. Lorsque l’incision du collet du sac est nécessaire, on devra la pratiquer, si la hernie est évidemment externe, directement en dehors contre la crête de l’os des îles ; si la hernie est interne, l’incision sera dirigée en haut et en dedans ; mais , lorsqu’on est dans le doute sur la position de l’artère épigastrique, l’incision devra être portée directement en haut, parallèlement à la ligne blanche, et de manière à ce qu’elle forme un angle droit ; avec la branche horizontale des pubis.
1098. La hernie inguinale congénitale doit être traitée exactement comme la hernie inguinale externe. Dans cette hernie la cure radicale s’obtient avec plus de promptitude que dans les autres par l’emploi du bandage , car le canal de la tunique vaginale a une tendance naturelle à s’oblitérer ; c’est à cause de cette tendance que souvent l’étranglement a lieu par une stricture du canal. Le sac est quelquefois tellement contracté, même à sa partie inférieure, que la tunique vaginale du testicule est complètement séparée du reste du sac. Lorsqu'une anse d’intestin descend avec le testicule, il faut chercher, mais avec la plus grande prudence , à pousser le testicule en bas, tout en retenant l’intestin en haut; et, lorsqu’on est parvenu à les séparer , on retient ; la hernie dansl’abdomen à l’aide d’un bandage ; si on ne peut les séparer, on refoule dans l’abdomen et l’intestin et le testicule. Lorsque, dans ces cas,
I tout lorsque la hernie s'est développée lentement.. Lorsqu’elle est formée par ces viscères, la hernie était réductible quand elle était encore dans la région inguinale ; elle a cessé de l’être dès qu’elle a eu atteint le scrotum. Le malade , avant la fin de sa digestion , et peu de temps avant d’aller à la selle, éprouvait des tirailienfens et de la pression dans la hernie ; il était également sujet à des coliques qui disparaissaient lorsqu’il allait à la selle. On sent aussi , dans la fosse iliaque droite , une dépression d’autant plus grande que la hernie est plus volumineuse.
Dans cette hernie on doit se contenter de lever l’étranglement, de couvrir l’intestin avec des compresses trempées dans un liquide mucilagineux : peu à peu l’intestin rentre de lui-même dans l’abdomen.
, Dans la hernie inguinale externe incomplète, lorsque l’étranglement a lieu par l’anneau inguinal interne, on doit diviser successivement la peau , le fascia superftcialis , l’aponévrose de l’oblique externe, dans la direction connue du canal , cl débrider de bas en haut et de dedans en dehors.
l’élrang]ement rend l’opération nécessaire, on doit la faire avec les plus grandes précautions afin d’éviter le testicule. Les adhérences de cet organe avec l’intestin doivent être détruites. On peut s’assurer de la présence d’un liquide dans une hernie inguinale congénitale en faisant rentrer tout ce que contient le sac, et en n’exerçant aucune pression sur l’anneau ; le liquide tombe par son propre poids dans le sac ; un effort de toux est nécessaire pour y faire tomber l’intestin; lorsque, dans ce cas, on applique un bandage , le liquide est le plus souvent peu à peu résorbé.
1099. La hernie inguinale externe peut aussi, chez la femme, se former dans un prolongement du péritoine , qui quelquefois accompagne le ligament rond de la matrice. Celle hernie est en tout semblable à celle qu’on rencontre chez l’homme.