IV. Chute du rectum
Schacher , Diss. de morbls à 6itu intestinorum præternaturali. Lips. , 1721.
Luther , Diss. de procidentiâ ani. Erf. , 1732.
He/slcr , Diss. recli prolapsus anatome. Ilelnist. , 1734. Monteygia y Fasciculi paihologici. Tur., 1793 , page 91. Jordan , Diss. de prolapsu ex ano. Gotting. , 1793. Howship j Practical Observations , etc. London, 1820, cbap. IV.
Salamon , Practical Observ. on prolapsus of the réel utn Lond. , 1831.
1 176. La chute du rectum (prolapsus ani) se manifeste sous trois formes différentes : toutes les membranes du rectum peuvent s’abaisser simultanément ; sa membrane interne seulement peut subir ce déplacement ; une portion d’intestin peut s’invaginer dans le rectum, et venir faire saillie au dehors ( volvulus , intususceptio ).
1177. Les accidens que détermine la chute du rectum varient suivant le degré et l’ancienneté du mal ; mais ordinairement ils ont peu de gravité, car le rectum est peu sensible au contact de l’air ; cependant cette gravité peut augmenter lorsque la chute est considérable , que l’intestin s’ulcère , ou que les contractions du sphincter sont vives. Dans ce dernier cas l’intestin peut être étranglé, et tomber en gangrène.
1 178. Les causes de la chute du rectum sont toutes celles qui affaiblissent les sphincters et les attaches naturelles dureclum, telles que la constipation et l’abus des lavemens émolliens; tous les efforts qui peuvent abaisser ce viscère, tels que ceux que font , pour aller à la selle , toutes les personnes affectées d’une diarrhée abondante etdelongue durée, d’ascarides ou d’hémorrhoïdes ; les altérations organiques des membranes du rectum , des calculs vésicaux; des cris longtemps prolongés; les efforts que l'on fait pour lever des fardeaux , etc. La chute du rectum se produit le plus souvent chez les enfans, surtout lorsque , pendant la dentition , ils sont affectés de diarrhée; on la rencontre souvent aussi chez les vieillards.
1 1 79. La chute du rectum est toujours une affection fatigante. Chez les enfans elle guérit le plus souvent en peu de temps, pourvu que les causes qui entretiennent une irritation du rectum soient éloignées ; chez eux elle guérit aussi spontanément à mesure quelessphinclers prennent plus d’énergie. Chez l’adulte elle est toujours plus grave , et se reproduit souvent au moindre effort. Lorsque cette affection est ancienne, il survient des altérations notables dans la structure du rectum.
1180. Le traitement consiste à faire rentrer l’intestin , à le maintenir en place , et à combattre les causes qui ont pu déterminer l’affection.
La réduction est ordinairement facile : lorsque la chute est récente et peu considérable, il suffit de la comprimer avec la paume de la main ; mais , si elle est volumineuse, et si elle existe déjà depuis plu-
plusieurs heures , on fait uriner le malade , on le fait coucher sur le ventre , le siège un peu élevé et les cuisses écartées; ou bien encore on le fait se tenir sur ses genoux et ses coudes ; puis , avec les doigts frottés d'huile , on repousse successivement les parties qui se trouvent le plus près de l’ouverture centrale du rectum renversé ; pendant celte opération le malade doit éviter toute espèce d’efforts , toute espèce de cris. Si, par ce moyen, on parvient à faire rentrer l’intestin, on doit enfoncer les doigts dans le rectum afin de compléter la réduction. Mais , si la contraction spasmodique des sphincters s'oppose à la réduction , on doit faire des applications émollientes et antispasmodiques , et donner de l’opium à l’intérieur et en lavemens. Si l’intestin déplacé est étranglé par le sphincter, fortement enflammé et tuméfié, il ne faut procéder à la réduction qu’après avoir fait une saignée et des fomentations froides; quelques uns proposent aussi de légères scarifications. Si, à l’aide de ce traitement , on n’atteignait pas le but qu’on se propose , et s’il y avait du danger à attendre , il faudrait introduire une sonde cannelée entre l’intestin et l’orifice de l’anus, et inciser le sphincter avec un bistouri boutonné. Si ce moyen ne suffisait pas encore à cause de la trop grande tuméfaction de l’intestin, il faudrait en faire la réduction lente et graduée à mesure qu’il diminuerait sous l’influence d’un traitement convenable.
1181. Pour empêcher le rectum de sortir de nouveau , il faut, autant que possible, faire cesser les causes, combattre l’irritation du rectum, de la vessie ou des parties voisines, exciser les bourrelets hémorrhoïdaux , rendre au rectum son énergie normale à l’aide de bains froids, de lavemens froids et astringens , du vin rouge, etc. Si la chute se reproduit encore , il faut maintenir l’intestin à l’aide d’un bandage en T , dont les chefs qui contournent les cuisses soutiennent une éponge qui porte immédiatement sur l’anus ; on peut encore se servir des bandages de Juville (1 ) ou de Goocu (2) ; mais ces appareils n’agissent que sur l'anus , et n’ont aucune influence sur l’organe déplacé. C’est pour remédier à cet inconvénient qu’on a proposé l’introduction d’un tampon de charpie, ou mieux encore d’un cylindre en ivoire ou en gomme élastique percé , dans toute sa longueur, d’une ouverture pour laisser passer les matières fécales. Chez la femme le rectum peut, dans ces cas , être maintenu en place à l’aide d’un pessaire introduit dans le vagin ; mais il faut avoir grand soin que cet instrument ne comprime pas trop fortement le rectum ; il ne faut pas non plus qu’il soit trop étroit.
Klein (3) regarde comme très-efficace de saupoudrer le rectum renversé avec parties égales de gomme arabique et de colophone , et de faire rentrer le rectum chaque fois
(1) Ouvrage cité, pag. 102, planch. XII.
(2) Hofer , Chirttrgis. Verband, part. IL, page 384, planche XVI, fig. 110.
(3) Heidelberg , Itliiiische Annalcn , volume II , cah. 1 , page 110.
COANGEIIÎENS DK DIRECTION DE LA MATRICE.
qu'on le saupoudre. Il faut recommencer aussi souvent que la chute se reproduit.
( Schwartz (1) recommande comme spe'cifique la noix vomique employée à petites doses. 11 assure l'avoir vue produire depuis dix ans les meilleurs effets chez les adultes comme chez les enfans. Pour les jeunes enfans il se sert d’une solution de l'extrait mêlé à l’eau distillée dans la proportion de un à deux grains sur deux onces de véhicule; il administre six à dix gouttes de quatre en quatre heures. Chez les enfans plus âgés il porte la dose jusqu’à quinze gouttes, et, lorsque le mal a cédé, il en donne encore , pendant une semaine , deux petites doses par jour : il joint à ce mélange quelques grains d'extrait de ratanhia lorsque la chute a déjà plusieurs jours de durée. )
( Addition du traduct. )
1182. Tous ces trailemens sont pénibles pour le malade, et en général ils sont complètement infructueux, surtout si la chute existe depuis quelque temps. Le traitement le plus efficace est celui de Dupdvtren (2) : le malade est couché sur le ventre ; la télé et le tronc sont placés plus bas que le bassin, qui doit être élevé par quelques oreillers; les cuisses et les fesses sont tenues écartées par des aides afin de r,cpdre visible la marge de l’anus; puis à l’aide de pinces à disséquer, à mors un peu aplatis, le chirurgien soulève successivement, à droite et à gauche , en avant et en arrière , deux , trois, quatre, cinq ou six des plis rayonnés qui tapissent l’ouverture anale, et les excise avec des ciseaux courbés sur le plat ; ces plis doivent être enlevés en remontant jusqu’à l’anus et même au-delà; si la chute est considérable, l’excision doit s’étendre en haut à un demipouce de l’ouverture anale ; mais en général il suffit qu’elle la dépasse de quelques lignes ; si le relâchement est faible, deux excisions de chaque côté suffisent; il en faut davantage s’il est considérable. Dans celte opération il ne survient jamais d’hémorrhagie; ordinairement les sphincters se contractent violemment pendant l’opération même. La plaie est pansée tout simplement; et, lorsque la cicatrisation est complète, l’orifice de l’anus a repris assez d’énergie pour empêcher la chute de se reproduire.
1 1S3. Dans la chute du rectum la partie qui fait saillie étant mise en contact avec l’air, exposée sans cesse aux frollemens, etc., s’épaissit et s’indure. Lorsque la réduction ne peut s’obtenir ni par le décubitus longtemps prolongé, aidé d’une compression permanente, ni par les applications froides, cl qu’il survient des accidens graves , il faut exciser par sa base toute la partie du rectum saillante au dehors. Dans cette opération on doit toujours craindre une hémorrhagie abondante, contre laquelle le tamponnement, exercé comme nous l’avons indiqué § 875,
(1 ) Extrait du Journal de Ilufeland } Gazette des hôpilaux, 183(5, T. x, page 100.
(2) Journal général de médecine, vol. I.XXXt.
Journal de Graefe et Wallher, vol. V, cah. III, page
Amman . Annales de Ilccker , mars 1829, page 201 .
Dupuylren , Leçons orales, vol. i, page 157.
Saiial cr , publié par Sanson et Bigin , 1832, vol. MI , page 703.
est un moyen peu efficace, car l’appareil est souvent dérangé et facilement rejeté au dehors : aussi l’hémorrhagie qui survient peut être mortelle, ainsi que nous avons eu occasion de l’observer. Peut-être la cautérisation avec le fer chaud de toute la surface traumatique serait elle le moyen le plus sur pour arrêter l'écoulement du sang; elle aurait encore pour effet d’augmenter la contractilité des sphincters. Pour prévenir les dangers de l'hémorrhagie dans un cas d’ablation du rectum renversé, Salamon (I) a proposé un moyen qui a reçu la sanction de l’expérience : lorsque le malade a été convenablement placée, les fesses sont écartées par un aide, le chirurgien enfonce de haut en bas nne ou plusieurs aiguilles droites à travers la base delà tumeur; comme ces aiguilles traversent la membrane musculeuse de l’intestin, elles l'empêchent de remonter après la section de la partie qui faisait saillie ; alors, avec une pince ou un tenaculum, il saisit une partie de la tumeur , l’attire doucement du côté opposé , et , d’un trait de ciseaux, il la divise assez profondément pour n’inciser que la membrane muqueuse, en respectant la membrane musculeuse, afin de ne déterminer aucuue gêne dans l’évacuation des matières fécales. De celte manière il enlève tout le prolapsus. La tumeur enlevée, l’hémorrhagie est arrêtée par les moyens ordinaires : il suffit ordinairement d’employer des lot ions d’eau froide; souvent même l’écoulement du sang s’arrête spontanément. Si des vaisseaux doivent être liés, ils peuvent l'être avec la plus grande facilité , puisque la surface saignante est retenue au dehors par les aiguilles ; ces dernières doivent rester en place au moins une heure. La surface traumatique doit être frottée d’huile. (2)
1184. La chute d’un intestin invaginé, telle que de l’extrémité inférieure du colon, du cæcum , ou même de l’iléon , se reconnaît par la nature de la tumeur, et par sa longueur, qui est ordinairement de quelques pouces. La seule chose que l’on puisse faire dans ces cas c’est de faire rentrer la tumeur, et d'empêcher qu’elle ne sorte de nouveau. On a vu quelquefois des morceaux considérables d’intestin invaginés se détacher, et être rejetés au dehors.