III. DF, LA CONGÉLATION
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93. Un froid vif et prolongé détermine l’engourdissement des parties organisées qui lui sont soumises , diminue leur sensibilité et leur myotililé ; lorsque son action continue pluslongtemps, le sentiment et le mouvement disparaissent complètement; lespulsationsdesartèrescessent, et il survient une gangrène dans laquelle la partie est racornie et desséchée. Lorsque tout le corps est soumis à cette action, la peau devient peu à peu pâle et insensible , le sang est refoulé vers les parties internes, surtout vers le cerveau et les poumons ; il survient de l’anxiété, de la faiblesse, une propension au sommeil; et, lorsque ce dernier arrive, la mort ne tarde pas à lui succéder si le froid continue. C’est ce qui arrive surtout à la suite d’excès de boissons alcooliques, et lorsque l’individu s’abandonne à l’inertie.
94. Quand la congélation s’empare d’un membre ou de tout le corps, l’activité vitale s’éteint par suite du ralentissement de la .circulation.
DE L’iNFLAMJIATION.
C'est une ve'ritable asphyxie qui laisse encore la possibilité du retour à la vie , mais qui, abandonnée à elle-même , amène nécessairement la gangrène ou la mort. Les parties qui sont le plus soumises à l'influence nuisible du froid sont celles qui sont les plus éloignées du cœur, et dans lesquelles, même dans l’état normal , le développement du calorique est moins grand, telles que les mains, les pieds, les oreilles, le nez, surtout lorsqu’une compression accidentelle y ralentit la circulation.
95. Lorsqu’une partie gelée ou engourdie par le froid est trop rapidement échauffée, il s’y manifeste une violente inflammation. La partie se gonfle énormément , devient d’abord rouge , puis bleue , est le siège de douleurs vives et pulsatives , et détermine des engelures ou épancheinens de liquides dans le tissu cellulaire , ou de la suppuration , ou la gangrène lorsque la partie est complètement gelée. Les mêmes phénomènes se manifestent dans tout le corps lorsqu’il est exposé à la chaleur après avoir été soumis à un froid excessif. La peau se gonfle , devient rouge et douloureuse, offre çà et là des plaques rougeâtres ; le sang s’amasse dans certaines parties : de là des étourdissemens , des syncopes, des hémoptysies , des pneumonies, etc. Une exposition trop prompte à la chaleur d’un corps gelé amène sûrement la mort et une prompte putréfaction.
96. Pour ramener à la vie un individu gelé il faut toujours l’exposer d’abord à un très-faible degré de chaleur: on le transporte dans une chambre froide ; et , lorsque ses vêtemens ont été enlevés , on le couvre de neige ou de linges trempés dans de l’eau à zéro ; ou bien on le plonge dans de l’eau très-froide , de manière cependant à ce que son nez et sa bouche soient libres. Ordinairement, lorsque le corps dégèle , il se couvre d’une croûte de glace que l’on enlève ; puis on le lave avec de 1 eau un peu moins froide, à laquelle on mêle un peu de vin ou d’eau-de-vie. Dès que les membres perdent leur roideur , et que le malade a donné signe de vie , on le sort du bain , on l’essuie exactement, on le couche dans un lit froid, dans une chambre froide; on met devant son nez des substances stimulantes et sternutatoires ; on cherche à introduire , mais avec prudence , de l’air dans les poumons lorsque l’on voit que la respiration veut s établir ; on lui donne des lavemens d’eau tiède avec addition d eau-de-vie camphrée ; on irrite son phar^nx avec une plume ; on arrose la région précordiale avec de 1 eau froide. A partir de ce moment on échauffe peu à peu, mais très-lentement, l’air qui 1 environne ; on lui ingère des médicamens doux et sudorifiques, tels que infusion de camomille ou de mélisse, avec addition d’esprit de Minderer, de vin chaud , etc. , afin d’exciter une légère transpiration.
97 . C’est de la même manière que l’on doit traiter un membie gelé. On le frotte de neige; on le plonge dans 1 eau lroide jusqu’à ce que le sentiment et le mouvement reparaissent ; puis on le lave avec de l’eau-de-vio camphrée , de l’eau-de-vie et de
l’huile essentielle de succin. On fait prendre au malade une infusion sudorifique , et on cherche à exciter la transpiration, que l’on entretient pendant plusieurs heures.
Lorsqu’une partie a été gelée , il faut agir avec prudence , et éviter le choc des corps extérieurs , qui la briseraient facilement.
98. Lorsqu’un membre gelé a été trop rapidement échauffé , et qu’il est gonflé , douloureux , rougeâtre, ou même qu’en certains endroits il est racorni, comme momifié et gangrené à l’extérieur, on ne peut espérer de le ramener à son état normal que par l’emploi du froid, et ensuite l’emploi gradué de la chaleur; mais , si la gangrène s’est réellement établie, elle doit être soumise au traitement que nous avons tracé plus haut ( § 66). Lorsque cette gangrène est superficielle, les escarres se détachent aisément; mais, lorsqu’elle a frappé toute l’épaisseur du membre , il faut , dès qu’elle s’est bornée, pratiquer l’amputation.
Dans quelques cas le membre gangrené tombe de lulraême, ou bien on n’a qu’à faire la résection des os. D’après cela ou voit que l’amputation , dans cette gangrène , n’est point à rejeter. Quant au temps convenable pour la pratiquer, et quant à ses résultats, mes observations s’accordent parfaitement avec celles de Larrey.
99. Les engelures (perniones ) sont des inflammations comme érysipélateuses de la peau, qui, suivant leurs différens degrés,- donnent lieu tantôt à une légère tumeur accompagnée d’un sentiment de chaleur et de picolemens, lesquels disparaissent souvent spontanément au bout de quelque temps ; tantôt à une tumeur plus considérable d’un rouge foncé ou bleuâtre avec des douleurs très-vives ; tantôt à des excoriations qui commencent par de petites vésicules ou des saillies de la peau , qui se changent bientôt en ulcérations qui persistent longtemps ; quelquefois aussi , lorsque les engelures sont négligées , elles peuvent se terminer par gangrène. — Ce n’est qu’en hiver, et surtout dans les changemens de température, qu’elle-s déterminent de la gène , qui souvent est assez considérable pour empêcher les inouvemens du membre. Elles disparaissent en été. S’il existe une diathèse, elles prennent très-souvent un caractère analogue aux siens.
100. Les engelures se déclarent ordinairement chez les sujets jeunes et faibles , chez les femmes qui ne sont point accoutumées au froid, qui ont une peau fine et sensible. Le plus souvent elles surviennent aux pieds, aux mains, aux oreilles, au nez et aux lèvres , à la suite d’un passage du froid au chaud, surtout lorsque les parties sont humides et en transpiration. Chez beaucoup de personnes il existe une disposition particulière qui favorise singulièrement leur développement.
101. Le traitement des engelures consiste, dans le premier degré, en frictions fréquentes avec de la neige, en lavages répétés avec de l’eau trèsfroide, de l’eau et de l’eau-de-vie, de l’eau-de-vie camphrée, de l’acétate de plomb, du vinaigre, de l’esprit de Minderer, une solution d’ammoniaque,