‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 25 sur 444 · IV. DU FURONCLE · texte numérisé non relu

IV. DU FURONCLE

Jourdan, Dict. des sciences médicales, T. XVII, art. Furoncle.

Alibert, Monographie des dermatoses , T. I, page 221 ,

Berlin, Diss. de furnnculo. Goett., 1797.

Beim. , Erfahrungen über die Furunkeln. Archives de Horn, vol. VII, page 151.

Dupuytren , Leçons orales, T. 1Y, page 109.

104. Le furoncle consiste en une tumeur dure , circonscrite , d’un rouge foncé, élevée et douloureuse , ayant son siège dans les glandes sébacées de la peau, sur toutes les parties du corps, et qui ordinairement se termine par la suppuration.

(1 y W ardrop , Transactions mfdico-chirurg. , vol. V,

paç. 143.

Lorsqu’il se déclare, il survient, en une' région quelconque de la peau, une légère douleur; bientôt on aperçoit une petite tumeur qui s’élève à mesure que la douleur augmente; elle devient dure, acquiert un volume assez varié, mais dépasse rarement un œuf de pigeon. Chez les sujets sensibles, les enfans par exemple , ou bien lorsque le furoncle se développe sur une partie très-nerveuse, il détermine souvent des mouvemens fébriles, de l’insomnie, de l’inappétence, etc. Bientôt la tumeur devient molle à son sommet, s’ouvre; il en sort un peu de pus mêlé à du sang ; la matière sébacée de la glande sort avec du tissu cellulaire gangrené , et l’induration diminue peu à peu.

1 05. Souvent les furoncles se déclarent sans cause connue chez des personnes du reste bien portantes. Fréquemment ils surviennent dans la convalescence de maladies fébriles, il n’est pas rare de les observer comme phénomènes critiques; ils surviennent aussi à la suite d’une suppression de la transpiration, ou de la malpropreté de la peau, chez les personnes qui mènent une vie déréglée , à l’époque de la puberté, et surtout au printemps. Les sujets affectés de syphilis, de scrofules, de scorbut, qui ont fait abus des mercuriaux , etc., y sont exposés. — Dans ces cas le furoncle est souvent chronique; il détermine peu de douleur, et passe très-lentement à l’état de suppuration.

Alibert distingue quatre espèces de furoncles, ayant chacune des caractères particuliers; ce sont : 1° le furoncle vulgaire, communément appelé clou. C’est une tumeur dure et de forme conique , caractérisée par une douleur d’abord obtuse, puis pulsative, brûlante et parfois térébrante. Elle s’annonce par une légère démangeaison ; puis, sur la partie qui vient de s’enflammer, survient un petit point blanchâtre qui s’accroît avec plus ou moins de rapidité ; il est entouré d’un cercle rosé , qui se fonce en couleur à mesure que le point augmente. La peau environnante est frappée d’une rougeur érysipélateuse. Celte tumeur met ordinairement huit ou dix jours à.se développer; sa pointe se ramollit , devient bleuâtre-, s’ouvre, et donne issue à une matière purulo-sanguinolente. Souvent le bourbillon s’échappe comme par énucléation, et laisse apercevoir la cavité cylindrique où il était comme enchâssé. — • Leur nombre et leur mode de développement varient sur le même individu : assez souvent ils s’arrêtent dans leur marche, et la résolution s’opère; souvent aussi ils s’arrêtent pour plus tard reparaître avec tous leurs symptômes.

2° Le furoncle guêpier (vespajus) appelé-aussi furoncle malin par les uns (anthrax bénin par d’autres, qui l’ont décrit en même temps que l’anthrax malin ; on verra plus bas que Chelius les a imités ; mais ces anthrax diffèrent tellement par leur forme, leur marche, et surtout leur terminaison , que c’est avec raison que les pathologistes français les ont séparés , et ont rapproché l’anthrax bénin du furoncle : en effet ce n’est qu’une agglomération de plusieurs furoncles qui se manifeste par une tumeur dure environnée d’une zone ronge et enflammée ; son sommet se couvre bientôt d’une ou de plusieurs vésicules, qui indiquent un caractère grave. La donleurest vive, la chaleur acre et brûlante. Bientôt il survient une sensation pulsative et de la fluctuation ; la peau s’amincit , et , par plusieurs perforations qui se forment, sort une espèce de peau grisâtre et sanieuse qui se sépare par eschares et peut être extraite par fragmens. La peau qui recouvre la tumeur se

DE L’INFLAMMATION

décolle par les progrès de la suppuration. Les vespajus se déclare d’ordinaire à la nuque et sur la région cervicale, s’étend quelquefois très au loin jusqu’au dos, au sacrum , et il envahit même les extrémités supérieures. Quand on débride les parties qu’il étrangle, il succède de vastes ulcérations, dont la cicatrice est analogue à celle des ulcères scrofuleux. Cette affection est ordinairement critique ; on la rencontre surtout à la suite des affections gastriques et adynamiques ; elle n’attaque guère que les personnes avancées en âge : aussi l’a-t-on appelée furoncle des vieillards. — D’après Malvani, sa marche est plus lente que celle du précédent; il arrive plus tard à suppuration, car il ne se couvre de vésicules que vers la troisième ou quatrième semaine.

3° Le furoncle panulé. Il forme une tumeur peu élevée, mais large, analogue à celle d’une pustule. Il y a douleur, distension, et souvent fièvre légère. Sa marche est extrêmement lente, met plusieurs mois et même un an à se développer. Son sommet présente une perforation semblable à celle d’une navette de tisserand. Plus tard le furoncle se dessèche ; et, quand on le gratte, il se réduit insensiblement en poussière. Il survient dans toutes les parties du corps ; et, lorsqu’il disparaît, il laisse une tache ecchymosée pareille à celle qui a précédé son développement. En général son sommet est rouge, dur, très-rénitent, donne lieu à un léger suintement séreux, qui cesse quelque temps, et reparaît par intervalles. Mais la dureté persiste , et ne se résout guère que par écailles furfureuses.

4“ Le furoncle atonigue, observé souvent par Guersent à l’hospice des enfans trouvés , est presque toujours la suite ou l’effet des affections débilitantes de l’économie . Chez les enfans on le rencontre surtout au tronc et au cou, et souvent aux cuisses et aux jambes des sujets scorbutiques. Il débute comme le furoncle ordinaire ; mais sa tumeur, qui est dure et renitente, est moins conique, moins acuminée : tantôt incolore , tantôt violacée, elle offre à son sommet une petite vésicule qui suppure légèrement; puis la tumeur se rompt, et donne issue à un liquide séro-purulent mêlé de stries sanieuses; elle ne fournit point de bourbillon; la suppuration est moins âcre et plus homogène : c’est un ulcère grisâtre , autour duquel la peau, flasque, est comme coupée à pic. La tumeur est presque indolente. Au bout de huit ou dix jours le fond de l’ulcère se couvre de bourgeons charnus ; les chairs s’avivent, et il se forme une cicatrice étendue, creuse, réticulée, comparée par Guersent à celle de la vaccine.

106. Le traitement consiste à appeler la suppuration ; on atteint ce but, lorsque le furoncle est très-douloureux, à l’aide d’applications émollientes, de décoctions de pavot, d’emplâtres de ciguë et d’ammoniaque, de diachylon composé, etc. Dans beaucoup de cas le furoncle s’ouvre spontanément; il convient quelquefois d’y donner un coup de lancette ; le bourbillon se détache par l’emploi continué de cataplasmes émolliens, dont on prolonge l’application jusqu’à ce que la dureté ait disparu. S’il reste encore un point induré, il ne disparaît ordinairement qu’à la suite d’une nouvelle inflammation, et d’une suppuration que l’on cherche à déterminer. Si le furoncle donne lieu à une tension douloureuse, on peut y remédier immédiatement en faisant une incision sur toute son étendue, et appliquant des cataplasmes émolliens: par ce moyen on diminue souvent la durée du mal.

107. On n’a besoin que très-rarement d’avoir recours à un traitement général , seulement , lorsque le furoncle est accompagné ou précédé d’embarras gastriques ou d’aigreurs , il faut les combattre d’une manière convenable.

Les idées de Ritter sur le développement du furoncle et son traitement par les ventouses scarifiées se trouvent consignées dans le journal de Graefe et Wàlther, vol. III, cah. t , page 81 .

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