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III. Corps étrangers arrêtés dans l'œsophage

Hevin , Mémoires de l’Académie de chirurgie, vol. I pag. 444. 5 ’

Bordenave et Destreman , De extrane.s intra œsophag. hærentibus. Paris, 1763.

(1) Blessures par armes de guerre , publié par Marx et Paillard , t. II, pag. 232. (Note du traducteur.)

Venel, Secours pour les corps arrêtés dans l’œsophage. Lausanne, 1769.

Guattani , Mém. de l’Académie de chirurgie, vol. 111, pag. 351.

Eckoldt , Ausziehen fremder Koerper aus dem Speisekanale. Kiel, 1 799.

Naula, De corporibus peregrinis ex œsophago removendis. Workum, 1803.

Vignardonnc, Propositions sur l’œsophagotomie. Paris,

Vacca-Berlinghieri , Délia Esofagotomia. Pisa , 1820.

Bégin , Journal hebdomadaire, 1833.

1545. Des corps étrangers peuvent s’arrêter dans l’œsophage, à cause de leur volume, de leur dureté, ou à cause de leur surface irrégulière ou anguleuse. Souvent il s’arrête dans l’œsophage des corps étrangers , qui , vu leur volume et la régularité de leur surface , auraient du passer sans aucune difficulté : dans ces cas on ne peut s’expliquer comment ils ont pu s’arrêter que par une contraction spasmodique du pharynx. Ces corps étrangers s’arrêtent ordinairement à la partie supérieure ou à la partie inférieure de l’œsophage, rarement à sa partie moyenne.

1546. Les accidents auxquels donne lieu la présence de ces corps étrangers sonltuue douleur locale, une constriction spasmodique de l’œsophage , des envies de vomir, un sentiment profond d'étranglement, une difficulté plus ou moins grande de la déglulitiou , des symptômes de suffocation , des convulsions, et même la suffocation, qui dépend en partie de la compression de la trachée-artère , et en partie de lacontraction spasmodique de laglotte. Quelquefois , et surtout lorsque le corps étranger est petit et anguleux , tous les accidents se bornent à une douleur locale. L’inflammatiou peut être assez vive pour se terminer par la gangrène : cependant on ne la voit ordinairement survenir qu’à la suite de tentatives violentes pour l’extraction du corps étranger.

1547. Il est souvent très-difficile de se prononcer de prime abord sur la présence d’un corps étranger dans l’œsophage. Lorsqu’en effet un corps étranger plus ou moins volumineux ou plus ou moins irrégulier a été avalé , le malade peut ressentir une douleur très vive eu un point fixe ; la déglutition peut être difficile et très-douloureuse, et la respiration gênée; mais ces accidents sont le résultat du passage du corps avalé , qui a blessé en un point les parois du canal, et y a déterminé de l'inflammation. Lorsqu’un corps étranger s’est arrêté à la partie supérieure de l’œsophage ; on peut souvent le sentir à travers l’épaisseur du cou , ou le toucher avec le doigt introduit dans la bouche, ou même le voir eu faisant fortement tirer la langue au malade ; on peut encore le sentir à l’aide d’une sonde en baleine ou en argent , ou avec la sonde œsophagienne de Düpcytren (1), composée d’une tige d'argent flexible , terminée , à sou extrémité explo-

(1) Sabatier, Médecine opératoire par Sctnson et Bégin, 1832, t. IV, pag. 60.

CORrS ÉTRANGERS DANS LES INTESTINS.

Bégin (1), prenant l’anatomie pour seul guide, fait l’opération de la manière suivante : le malade est couché sur un lit étroit , les épaules et la poitrine légèrement soulevées, la tête portée un peu en arrière, et soutenue par des oreillers, le cou médiocrement tendu. — Le chirurgien se place au côté gauche du malade; il fait une première incision à la peau, depuis un travers de doigt au-dessus du bord supérieur du sternum jusqu’au niveau de l’espace thyro-hyoïdien ; il incise ensuite le muscle peancier et le tissu cellulaire; pénètre dans l’espace celluleux placé entre la trachée-artère et l’œsophage d’une part, et, de l’autre, les vaisseaux et les nerfs profonds du cou, recouverts en bas par la partie interne du muscle sterno-cleïdo-mastoïdien. Un aide , placé au côté droit du sujet , s’empare successivement de la trachée-artère , du corps thyroïde et de toutes les parties qui forment la lèvre interne de la plaie, et les attire à lui au moyen des doigts ou des crochets mousses. Le chirurgien écarte la lèvre externe de la plaie et, introduisant de plus en plus profondément les doigts indicateur, médius et annulaire de la main gauche, rangés sur la même ligne , dans la plaie, il recouvre et protège l'artère carotide primitive , la veine jugulaire interne, le nerf trisplanchnique et le pneumo-gastrique ; la partie supérieure du muscle omoplat-hyoïdien est coupée sur une sonde cannelée.

On reconnaît aisément l’œsophage à sa position derrière la trachée-artère et le corps thyroïde, à sa surface cylindroïde et charnue , à ses mouvements , à la dureté qu’il acquiert si on fait exécuter au malade un mouvement de déglutition. Si le corps étranger fait une saillie appréciable sur quelque point , il faut inciser immédiatement sur lui : dans le cas contraire le bistouri doit être hardiment plongé dans l’œsophage parallèlement à son axe, à la hauteur du milieu de la plaie , et il faut y pratiquer une incision d’environ un demi-pouce. De la mucosité mêlée de salive s’échappe aussitôt; les fibres circulaires de ce conduit se rétractent, et font paraître la membrane muqueuse; un bistouri boutonné étant porté dans la plaie, et guidé parle doigt indicateur gauche , l’agrandit en haut et en bas jusqu’à ce qu’on puisse facilement introduire les pinces. Il importe d’alonger la plaie en haut plutôt qu’en bas, parce que la lésion possible de l’artère thyroïdienne supérieure est infiniment moins dangereuse que celle de l’inférieure.— Tous les vaisseaux divisés pendant l’opération doivent être liés dès qu’ils fournissent du sang.

1558. Le pansement doit avoir pour butla réunion de la plaie par première intention ; on rapprochera exactement les lèvres avec des bandelettes de diachylon ; la tête sera maintenue droite et un peu en arrière; pendant les huit premiers jours le malade sera mis à l’usage des bains et des lavements nourrissants ; au bout de ce temps on lui permettra de prendre par la bouche des substances gélatineuses en petite quantité ; sa soif sera apaisée par des tranches d’oranges sucrées.

Bégin (pag. 154) recommande de ne pas réunir exactement les lèvres de la plaie, mais seulement de les rapprocher doucement à l’aide d’un linge fenêtré enduit de cérat, afin d’éviter les accidents qui pourraient survenir si on fermait toute issue aux matières qui pourraient sortir par la plaie de l’œsophage. — 11 conseille en outre de porter dans l’estomac , à l’aide d’une sonde œsophagienne , des

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques,

T. XII , pag. 152. (Noie du traducteur.)

bouillons avec addition de jaune d’œuf , des bouillies ou des pommades très-claires. ( Note du traducteur .)

IV. Corps étrangers introduits dans l'estomac et les intestins.

1559. Lorsqu’un corps étranger qui n’est pas susceptible d’être digéré a été avalé, il peut, suivant sa forme et sa nature , donner lieu à divers accidents. Des corps très-volumineux peuvent traverser tout le tube digestif sans causer la moindre incommodité; les corps anguleux sont ceux qui sont le plus aisément retenus en un point quelconque, où ils déterminent de l’inflammation et une ulcération.

1560. Le plus souvent les corps étrangers volumineux s’arrêtent dans l’estomac ou à la valvule iléo-cœcale ; ils peuvent rester libres pendant longtemps dans l’estomac sans déterminer aucun des accidents auxquels ils donnent facilement lieu lorsqu’ils sont dans l’intestin. Les accidents tiennent en général à l’obstruction du canal intestinal, ou, suivant la forme du corps étranger, à l’inflammation et à la lésion des parois de l’intestin. Dans le premier cas on rencontre les symptômes de l’étranglement , et, dans le second, ceux de l’entérite. Les corps étrangers susceptibles d’oxydation , tels qu’une pièce de monnaie en cuivre , etc., ne donnent lieu à aucun accident particulier, parce que leur oxydation ne se fait que très-lentement, et jamais au point d’exercer sur l’économie une influence fâcheuse (1); et d’ailleurs il est rare que ces corps étrangers demeurent longtemps dans le tube digestif.

1561. Lorsque les corps étrangers anguleux se fixent en un point du tube digestif, ils déterminent une inflammation circonscrite qui amène l’adhérence de la surface de l’intestin avec le péritoine ou une autre partie; et, si l’action du corps étranger continue, il se forme du pus qui, se frayant peu à peu une route, vient sortir à la surface du corps, ou se vider dans une autre cavité, telle que la vessie, etc.

1562. Pour garantir l’estomac et les intestins de l’action de ces corps étrangers on recommande les aliments mucilagineux et capable de former une croule autour d’eux ; mais , pour favoriser leur sortie en leur faisant parcourir tout le tube digestif, on doit mettre en usage les antiphlogistiques et de légers purgatifs.

1563. Si l’estomac ou l’intestin renferme un corps étranger qui mette en danger la vie de l'individu, et dont la sortie ne puisse être procurée par aucun moyen, on doit pratiquer la gastrotomie ou

(I) C.-R. Drouard , Empoisonnement par l’oxyde de cuivre. Paris, 1802.

Orfila , Traité des poisons, T. I, partiel, pag. 243.

CORPS ÉTRANGERS DANS tE RECTÎIIK.

Y entérotomie. Les indicalions qui peuvent engager le chirurgien à faire cette grave opération sont extrêmement vague; on ne doit s’y résoudre que dans les cas où on est bien certain du siège qu’occupe le corps étranger ; et nous devons dire que les signes locaux qui peuvent donner cette certitude sont bien peu positifs. D’un autre côté la partie de l’intestin où le corps étranger est arrêté peut être trés-éloignée de la paroi de l’abdomen, et d’ailleurs, aussi longtemps que les accidents ne seront pas graves, on se décidera rarement à l’opération ; et, lorsque les accidents se sont déclarés, les chances qu’elle offre sont bien faibles. Cependant la gastrotomie a été pratiquée plus d’une fois avec succès (1).

Delpech (Maladies ebirurg., T. II, pag. 67 ) pense qu’on ne peut jamais connaître avec assez de certitude la situation du corps étranger pour oser entreprendre l’opération de la gastrotomie ou de l’entérotomie ; que le travail à la faveur duquel un corps étranger se dégage est accompagné de douleurs , mais que les sensations douloureuses sont quelquefois bien équivoques; que , si une douleur fixe se déclare en un point, et si une tumeur se manifeste, le chirurgien ne doit pas aller à la rencontre du corps étranger dans la crainte de détruire des adhérences commençantes, et de déterminer des épanchements qui pourraient devenir mortels ; il ajoute que les préceptes de la saine chirurgie repoussent tout autre secours que celui de la section de la peau lorsque cet organe est manifestement soulevé par une collection purulente ou par le corps étranger affranchi de tout obstacle.

Pour l’élimination des poisons introduits dans l’estomac , consultez :

Chirurg. Kupfertafeln, CLXXY-CLXXVI.

Journal de Gracfe etWalther, vol. IX, pag. 166, planche II.

1564. Lorsque l’estomac ne contient rien autre chose que le corps étranger, on doit avant l’opération le remplir modérément d’un liquide mucilagineux afin de le rapprocher de la paroi antérieure Je l’abdomen (2). Si on peut, en palpant le ventre, s’assurer de la position du corps étranger, c’est à son niveau que l’incision doit être pratiquée ; dans le cas contraire on doit la commencer à un pouce au-dessous de l’appendice xiphoïde, et le continuer jusqu'à un pouce et demi au-dessus de la cicatrice ombilicale en la conduisant parallèlement à la ligne blanche , mais à trois quarts de pouce d’elle , et du côté gauche : de cette manière l’incision tombera entre la grande et la petite courbure de l'estomac. La paroi de l'abdomen doit être ouverte avec précaution par de petites incisions successives. Lorsque l’estomac est mis à nu , on tâche de découvrir la position du corps étranger ; on fait une ponction dans son voisinage; on agrandit la plaie avec le bistouri boutonné, et on cherche à saisir le corps

(1) Baldinger’s neues Magazin, vol. XIII cah. Yl, pag. 567.

Rust's Magazin, vol. VIII, cah. I.

(2) flèvint Mémoires de l’Acad. de chirurgie , vol. I ,

pag. 598. 'Y;

étranger avec une pince introduite, sur l’indicaleur de la main gauche, dans l’estomac. — Le traitement ultérieur est le même que celui indiqué § 495 pour les plaies de l’estomac.

1565. Pour l'entérotomie l’incision doit être faite au niveau du point où se trouve le corps étranger, en évitant , autant que possible , les vaisseaux qui sillonnent la paroi de l’abdomen ; on va avec le doigt à la recherche du corps étranger , et on amène dans la plaie l’intestin qui le contient ; on l’ouvre dans une étendue qui permette son extraction. — Pour le traitement ultérieur voir les § 478 et suivants.

On a encore proposé l’entérotomie contre les rétrécissements et obstructions du gros intestin par des matières fécales comme dans les cas d’étranglement et d’invagination : dans ce cas on a pour but d’établir un anus contre nature (§ 1443). Quoique, dans ces cas, l’entérotomie ait eu quelques beaux résultats (1), le diagnostic et le siège réel de la maladie sont trop obscurs, et les accidents qui sont survenus sont trop graves pour que le chirurgien doive se décider à pratiquer celle opération (2).

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