I. Hydropisie des bourses muqueuses
Koch , Uiitersuch. der Baues und der Krankheiten der Schleimbeutel. Nürnb., 1795.
Schreger , De bursis mucosis Bubcutaneis. Erlang. ,
1677. L’hydropisie des bourses muqueuses constitue des tumeurs fluctuantes, jouissant d’une élasticité particulière, ordinairement indolentes, mais quelquefois très-douloureuses ; on rencontre le plus souvent cette affection dans les articulations de la cuisse , du genou , du pied , de la main , du coude, de l’épaule ; la peau qui recouvre ces tumeurs n’a subi aucun changement de couleur; dans le principe elles sont circonscrites, n’occupent pas toute l’articulation ; quelquefois cependant elles acquièrent un volume considérable.
1678. Cette affection peut être déterminée par une violence extérieure, uneenlorse, une pression, un refroidissement, le rhumatisme, la goutte, les scrofules, l’abus du mercure. La cause de cet amas anormal parait toujours être un étal inflammatoire de la membrane interne de la bourse muqueuse , qui, sous les rapports physiologique et pathologique, a de grandes analogies avec les poches synoviales. Quelquefois, au début de la maladie , cette inflammation est très-intense. La nature du liquide accumulé varie beaucoup , et elle paraît être différente suivant la nature de la maladie existante: tantôt elle est très-liquide et limpide, tantôt plus
consistante , gélatiniforme , et contient assez souvent une quantité plus ou moins grande de concrétions cartilagineuses de couleur blanchâtre , à ëurface lisse , de volumes variables , que l'on sent quelquefois à travers les téguments , et qui trèsprobablement sont formées par de l’albumine coagulée. — Quelquefois la membrane qui tapisse ces bourses muqueuses est épaissie et presque cartilagineuse. Lorsque la tumeur est fortement enflammée , elle peut passer à l’état de suppuration , le pus se répandre au-dessous de la peau , faire de larges décollements, et établir des trajets fisluleux. C’est ce qui arrive souvent lorsque la maladie a son siège à la partie antérieure de la rotule.
Nou9 devons nécessairement parler ici de certaines tumeurs qui ont été décrites par Dvpuytren (1) et Cruveilliier (2). Elles se développent presque toujours au poignet, à sa face palmaire, sous le ligament annulaire antérieur du carpe; quelquefois au coude-pied , sous le ligament annulaire antérieur du tarse, dans-tous les cas, autour des synoviales et des tendons; elle contient de la sérosité et de petits corps blancs de nature hydatique. Au poignet cette tumeur est ordinairement bilobée ; ses deux lobes, dont l’un est situé au-dessus du ligament du carpe , et l’autre au-dessous, communiquent entre eux derrière ce ligament. La pression exercée sur l’une de ses parties détermine le soulèvement de la main appliquée sur l’autre, et le déplacement de la matière contenue est sensible aux doigts par une espèce de bruissement, de frottement, très-caractéristique. Les corps contenus dans ces tumeurs sont blanchâtres , opalins, transparents , de diverses formes, conoïdes, cylindroïdes , lenticulaires ; leur volume varie depuis celui d’un grain de millet à celui d’un gros pépin de poire; leur surface lisse , est plissée dans le sens de leur diamètre longitudinal ; leur consistance est comme cartilagineuse.
Les gaines des tendons ont la plus grande analogie avec les bourses muqueuses; aussi les tumeurs dont elles sont le siège (ganglions) , et qui contiennent un liquide plus ou moins consistant, doivent être rapprochées des hydropisies des bourses muqueuses.
1679. Parmi les hydropisies des bourses muqueuses la plus fréquente est celle qui se développe, au devant de la rolule, sous la forme d’une tumeur indolente, molle, élastique, compressible, ovale dans le plus grand nombre des cas, toujours circonscrite, quelquefois piriforme, tantôt comme pendante à la rolule, et tantôt se développant latéralement ; elle donne au loucher la sensation d’un corps spongieux; la peau qui la recouvre ne subit aucun changement de couleur. La circonférence de la tumeur dépasse ordinairement les bords de la rotule, mais elle n’est adhérente qu’à cet os, et jamais aux parties voisines ; quoiqu’elle soit mobile en masse dans tous les sens, sa base ne subit aucun déplacement par rapport à la rotule. Le liquide qu’elle contient est de la sérosité danslaquelle flottent souvent de petits corps blanchâtres. Ces tumeurs connues sous le nom de fungus genu, sont
(1) Leçons orales, T. IV, pag. 35.
(2) Essai sur l’anatomie pathologique, vol. I, pag. 306.
DE LHYDABTHBOSE.
lésignées par Schbegeb (1) sons la dénomination le hygroma cysticum patellare. Le liquide qui les orme est contenu dans une petite bourse muqueuse ju’on trouve, dans l’état normal, au devant de la otule ( bursa subcutanea patellaris), non dans une oourse muqueuse qui serait située au devant de la été du tibia (2), non dans les feuillets du tissu cellulaire (3), non dans un sac de formation nouvelle analogue à celui des tumeurs sébacées (4). On doit ‘comparer à ces tumeurs de la rotule celles que l’on trouve sur l’olécràne, formées dans la bourse anbonée ; ces dernières se remarquent surtout chez les vieillards : j’ai eu souvent occasion d’y observer une grande quantité de petits corps comme ceux indiqués plus haut. Ces tumeurs, surtout celles de la rotule, sont souvent, à leur début, prises d’une violente inflammation.
Les bourses muqueuses sont susceptibles d’une espèce de dégénérescence danslaquelle leur cavité contient une masse régulière , solide , jusqu’à un certain point fibreuse , adhérente aux parois du kyste, et prenant peu à peu un volume considérable. J’ai eu occasion de voir et d’extirper avec succès de pareilles tumeurs ayant leur siège sur la rotule et sur l’olécràne. L’extirpation est le seul traitement qu’il convient d’employer entre elles.
1680. Le traitement doit être basé sur l’état de la tumeur et la cause qui l'a déterminée ; il doit avoir pour la résolution ; et, si on ne peut l’obtenir, l’évacuation du liquide par l’incision et l’adhérence des parois du kyste.
1681. Lorsque la tumeur s’enflamme et devient douloureuse, on fait des applications froides, des frictions mercurielles, on a même recours aux sangsues ; plus tard, lorsque l’inflammation est tombée, s’il reste encore du liquide, on pose des vésicatoires que l’on entretient quelque temps, et on fait des frictions résolutives. Lorsque l’inflammation de la bourse muqueuse est intense , et qu’elle est le résultat de l’action d’un corps contondant sur la tumeur qui existait déjà ; si surtout la tuméfaction est considérable, toutes les teutatives de résolution possibles sont infructueuses ; il faut alors, pour empêcher le pus de se répandre au loin, faire une incision convenable. A l’ouverture de la tumeur il en sort de la sérosité qui contient une certaine quantité de flocons purulents ; le traitement ultérieur est celui des abcès. Si la tumeur est indolente, ce qui arrive ordinairement, on emploie les frictions spiritueuses; on entretient un vésicatoire sur la tumeur, on administre des douches chaudes, on applique des emplâtres résolutifs, etc. Pendant qu’on poursuit ce traitement
(1) Chirurgische Yersuche , vol. II, pag.245.
(2) S. Cooper , On tbediseasesofthe joints. Lcnd., 1807, pag. 74.
(3) Russel , Ueber die Krankbeiten des Kniegelenkes. Halle , 1817, pag. 161.
(4) W alther , Journal Fur Chirurgie, etc., vol. IV, cab. III, pag. 390.
local on cherche à combattre la cause lorsqu’on la connaît. Le vin de semences de colchique m’a rendu de grands services, surtout lorsque l’existence de ces tumeurs coïncidait avec une affection arthritique ou rhumatismale.
Voyez Gierl, Medic.-chirurg. Beobacbtungen. Lindau , 1827 , pag. 55.
1682. Si, sous l’influence de ce traitement, la résolution ne s’opère pas, et si au contraire la tumeur ne fait qu'augmenter, il faut la vider soit par la ponction, soit par l’incision ; introduire dans le kyste une mèche de charpie ; irriter sa surface interne à l’aide d’injections, à l'aide de l'extrémité mousse d’une sonde ou d’un séton, afin de déterminer un degré d’inflammation tel que toute sécrétion soit suspendue. Néanmoins on ne saurait nier que l’inflammation et la suppuration d’une bourse muqueuse d’un certain volume n’aient donné lieu à des accidents très-graves. Lorsque les parois du kyste sont épaissies, ce mode de traitement reste sans résultat; il est alors indispensable, lorsque la position de la tumeur le permet, de faire l’extirpation du sac, en ayant soin de laisser intacte sa paroi postérieure, qui doit être détruite par la suppuration.
Le traitement des tumeurs hydro-sébacées situées sur la rotule est celui que nous venons d’indiquer ; les lotions proposées par Heister (1) ont , surtout dans ces cas , de grands avantages :
Litbarge onces viij.
Vinaigre livre j.
Bol d’Arménie. . . once j.
Mastic )
Myrrhe) ana' Sr°S 1V’
Mêlez, faites bouillir pendant un quart d’heure.
Appliquez sur la tumeur, quatre ou cinq fois par jour, des compresses pliées plusieurs fois sur elles-mêmes , et trempées dans ce mélange, qu’on a fait préalablement tiédir. Ces lotions combinées avec le repos au lit et la compression avec une bande roulée, suffisent, dans le plus grand nombre de cas, pour amener la guérison; quelquefois il est nécessaire de faire précéder ces applications de la ponction de la tumeur.
Dans les tumeurs enkystées dont parle CruveilhieT (§ 1678) il ne suffit pas, d’après Dupuytren, d’y faire une simple ponction ; il faut faire une ouverture aux deuxextrémitésdela tumeur, et passerun séton. Cependant je crois que, dans le plus grand nombre des cas, il vaut mieux faire des injections irritantes, parce que le séton détermine souvent une violente inflammation , qui quelquefois a donné lieu à des accidents mortels.