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HYPERTROPHIE DE LA LANGUE

c’est ce qu’on désigne sous le nom de prolapsus de la langue. Ordinairement cette affection est congénitale ; mais lorsque le développementde cet organe est peu considérable , sa partie antérieure seule fait saillie entre les lèvres ; et, à mesure que la maladie fait des progrès, on voit l’organe recouvrir la lèvre inférieure et le menton, ce qui donne lieu à une difformité très-grande. Dans le prolapsus de la partie antérieure de la langue la tumeur devient de jour en jour plus volumineuse ; et, comme l’os hyoïde et le pharynx sont portés en avant , il survient des difficultés dans la déglutition, un écoulement permanent de la salive au dehors, et les difficultés de la déglutition s’accroissent encore notablement par la sécheresse du pharynx. L’articulation des sons est considérablement altérée. Lorsque cette affection dure depuis longtemps , il n’est pas rare de voir une paralysie des muscles de la langue. La position permanente de la langue entre les deux mâchoires détermine un arrêt de la circulation dans la partie pendante; la langue se tuméfie toujours , elle chasse en avant les dents et le bord alvéolaire de la mâchoire inférieure; le frottement de l’organe contre les dents amène des excoriations et des ulcérations; le contact permanent de l’air occasionne des gerçures et quelquefois deprofondes ulcérations; les papilles s’épaississent considérablement, et deviennent plus saillantes.

1932. Ce développement anormal de la langue survient quelquefois peu de temps après la naissance, quelquefois au bout d’un certain temps, d’autres fois pendant la seconde dentition , et souvent à la suite des convulsions d'enfance , et alors il paraît tenir à une paralysie des muscles de l’organe. Dans ces cas les dents incisives et canines ne sont point refoulées en avant, mais usées peu â peu par les frottemens répétés de la langue , et elles finissent par tomber.

Boyer , Traité des maladies chirurgicales, vol. VI, p. 385.

Il ne faut pas confondre le développement dont nous parlons avec la saillie de la langue qui est le résultat d’une tuméfaction inflammatoire, ou de tumeurs qui se sont développées dans son épaisseur.

1933. Le développement congénital de la langue n’est pas une affection grave en elle-même; on peut facilement y remédier lorsqu’il est récent, et il n’est même pas incurable alors qu’il est ancien.. Les accidens que nous avons indiqués, et qui sont inévitablement attachés à celte affection lorsqu’elle est portée à un haut degré , et surtout leur influence sur la nutrition, causée én partie par les difficultés de la déglutition et par la perte abondante de salive , réclament de bonne heure un traitement convenable.

1934. Le traitement doit varier suivant que l’affection est congénitale ou acquise, et, dans le premier cas encore, suivant son ancienneté. Lorsque le malade est très jeune , il suffit ordinaire-

ment, pour le guérir, de stimuler la langue à l’aide de poudres irritantes, telles que poivre, etc. On cherche à maintenir la langue dans la cavité buccale à l’aide d’un bandage qui rapproche la mâchoire inférieure de la supérieure. Comme la succion nécessaire à l’allaitement favorise le développement de la langue, il est important de choisie une nourrice dont le mamelon soit long et gros , afin que la langue puisse le saisir saDs avoir besoin de s’alonger d’une manière notable; ou bien encore on peut allaiter l’enfant au biberon. Dans les intervalles de l’allaitement il faut, à l’aide d’un bandage , prévenir la sortie de la langue.

1935. Lorsque la langue est si volumineuse qu’on ne peut pas la faire rentrer d’un seul coup dans la bouche, on arrive souvent à ce résultat par l’application répétée de substances astringentes ou irritantes. Les scarifications que l’on a préconisées dans ces cas peuvent être de quelque utilité, de même qu’une compression lente et graduée à l’aide d’un bandage ou d’un sachet de toile. Cette compression de la langue , mise en usage concurremment avec les astringens et le décubitus dorsal, réussissent quelquefois, alors même que le mal paraît incurable. Si la langue peut être entièrement rentrée dans la bouche , il faut l’y maintenir d’une manière permanente à l’aide d’un bandage; enfin lorsque cet organe est trop desséché, on doit l’humecter souvent, soit par des lotions , soit par des fomentations.

1936. Si le développement de la langue est tellement considérable que les remèdes indiqués plus haut soient restés infructueux, et si, par suite de l’ancienneté du mal, l’organe a été altéré dans sa structure , il ne reste plus qu’à en faire la résection , soit avec le bistouri , soit à l’aide de la ligature.

1937. Le malade est assis sur une chaise, la tête portée en arrière , et soutenue sur la poitrine d’un aide < la bouche est maintenue par un morceau de liège placé entre les dents molaires , oïl par tout autre appareil ad hoc. On ordonne au malade de sortir et de rentrer plusieurs fois la langue afin de bien déterminer quelle est la longueur que l’on doit enlever. Un aide embrasse la langue en travers entre les branches d’une pince à polypes ou d une pince particulière ; l’opérateur saisit la partie saillante de l’organe avec les doigts , ou avec une pince de Musecx, et, d’un seul coup d’un fort bistouri, il retranche circulairement , et à quelques lignes de la pince qui étreint la langue , tout ce qu’il juge convenable d'enlever. La pince qui retient la langue remplit alors les fonctions d’un tourniquet; on applique des ligatures sur les vaisseaux que l’on aperçoit , ou on les cautérise ; ou si on le préfère, on prévient l’écoulement de sang par la compression et les styptiques.

Pour retrancher une partie de la langue oh s’est servt d’une ligature que l’on place circulairement autour de la portion que l’on veut enlever; ou bien encore l’on passe avec une aiguille un fil double sur la ligne médiane , et ou

DU GOITRE

noue séparément sur chaque côté les deux (Ils , que l’on serre graduellement jusqu’à ce que la partie étreinte tombe gangrénée. Ces procédés mettent , il est vrai , à l’abri de l’hémorrhagie ; mais ils déierminent des douleurs plus vives que la section avec le bistouri , et entraînent des longueurs pénibles pour le malade.

[ Percy circonscrivit, à l’aide de deux incisions qui se réunissaient en V en arriére, toute la portion exubérante de la langue, et réunit ensuite la plaie avec la suture entrecoupée.

Lorsque, après l’opération , les dents incisives inférieures sont fortement rejetées en avant, il faut, chercher à les redresser par une compression modérée mais continue : si on ne peut arriver au résultat que l’on désire, on en fait l’extraction à l’exemple de Mirault ; si la lèvre est fortement tendue en arrière , et renversée en bas au point de ne pouvoir retenir la salive, on en retranche, comme le fait ce dernier praticien , un lambeau triangulaire , semblable à celui dans lequel on comprend une tumeur cancéreuse des lèvres, que l’on extirpe, et on réunit la plaie au moyen de la suture entortillée comme dans le bec-de-lièvre.]

( Note du traducteur.)

1938. La procidence de la langue qui est le résultat d’une paralysie des muscles de cet organe réclame l’applicalion de vésicatoires à la nuque et derrière les oreilles , l’usage de moyens irritans, de l’électricité , du galvanisme , etc.

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