DE3 VERRUES
le chirurgien saisit le clitoris avec les doigls ou avec une pince , Üatlire au dehors, et retranche, avec un bistouri ou des ciseaux, tout ce qui est exubérant ou dégénéré. L’hémorrhagie, qui est quelquefois abondante à cause de la dilatation des vaisseaux, est arrêtée parla ligature lorsque cela est possible, par des applications d’eau froide, par des styptiques, ou par une compression exercée de haut en bas contre la symphyse des pubis. S’il n’y avait aucun écoulement de sang, on ferait un pansement à sec avec de la charpie, une compresse et un bandage en T. On ne devrait pas oublier non plus de placer une compresse mouillée entre les nympheset un tampon de charpie dansle vagin, afin de prévenir les adhérences ou le rétrécissement de ces parties. Le traitement ultérieur est dirigé d’après les règles générales.
Voyez Journal de Graefe et WaJlher, vol. VII, cab. I.
1963. Les nymphes peuvent, de même que nous l'avons vu pour le clitoris, avoir un développement tel que la marche et le coït en soient plus ou moins empêchés. Ce vice de conformation peut être congénital ou le résultat d’une inflammation chronique, d’ulcérations syphilitiques, etc. ; il n’est pas rare de voir l’irritation permanente à laquelle sont soumis ces organes ainsi développés déterminer des excoriations et même des ulcérations profondes. Dans celle affection on voit quelquefois les vaisseaux devenir variqueux, les nymphes acquérir un degré dedensité considérable, et mettre un obstacle plus ou moins grand à l’excrétion de l’urine.
Birrel (Edinb. medical and surgical Journal , avril 1825) a vu tes nymphes- être affectées d’éléphantiasis. — Monod (Bulletins de la société anatomique, sept. 1835, pag. 12) en a aussi rapporte un cas.
4964. Il est rare de pouvoir ramener ce vice de conformation à son état naturel, â moins qu’il ne soit le résultat d’une irritation permanente ou d’une affection syphilitique, et qu’il ne soit pas très-ancien ; et cette amélioration ne peut être obtenue qu’en combattant l’irritation, et faisant disparaître la syphilis. Mais, lorsque cette hypertrophie est due à un vice de conformation première , ou que , étant accidentel, il existe depuis longtemps, et que ces organes sont notablement altérés dans leur structure, il ne reste plus qu’à en faire l’ablation avec le bistouri ou des ciseaux. — La malade est placée dans la même position que pour l’amputation du clitoris ; les doigts de la main gauche saisissent, 1 nue après l’autre, les nymphes hypertrophiées ou dégénérées, et les attirent au dehors; alors, avec un bistouri convexe ou des ciseaux courbés sur le plat, on en enlève tout ce qu'ou Uige convenable. La surface delà plaie est examinée avec soin afin de bien s’assurer que toutes les ■arties dégénérées ont été retranchées ; dans le cas où il resterait encore quelques parties malades, on les saisirait avec une pince, et on les exciserait.
Des ligatures , des applications froides ou la compression suffiraient pour arrêter l’hémorrhagie. Le traitement ultérieur est le même qu’après l’ablation du clitoris.
Voyez un cas curieux d’hypertrophie du clitoris et des nymphes dans le Bulletin médical belge , année 1838.
IY. Des verrues.
Lentilius -, Miscell. acad. curlos, , dec. II, an VIH, pag. 540, 1088.
Francus, Diss. de verrucis. Heidelberg, 1688.
Wede/y Diss. de verrucis., Jepae, 1090.
Léopold, Diss. de Verrucis. Lugd.-Batav., 1733.
Hanin , Recueil périod. de la Société de médecine de Taris, T. XLill. pag. 278.
1965. Les verrues ( verrucœ ) sont des excroissances de la peau; elles se présentent sous deux formes différentes: 1° elles peuvent être superficielles, à base large, ou, ce qui arrive le plus souvent, pédiculées, peu saillantes au-dessus du niveau de ia peau , compressibles , recouvertes d’un épiderme bien conformé ; elles jouissent de la même sensibilité que la peau. Celte espèce de verrues vient ordinairement sur les parties de la peau qui sont les plus fines et les plus sensibles; aussi les reucontre-t-on les plus souvent à la face, au cou, sur le dos de la main, et plus fréquemment chez la femme que chez l’homme. — 2° Elles peuvent être dures, à large base, et profondément implantées dans la peau: leur forme est conique ou cylindrique; elles sont immobiles, dures, gercées à leur surface; l’épiderme paraît avoir été traversé pour leur livrer passage ; leur couleur est très variable ; leur sommet peu sensible; mais elles sont souvent fort douloureuses à leur intérieur.
1966. Les causes,des verrues sont le plus souvent inconnues: les froitemens répétés sur une partie, une contusion, une compression énergique, etc., paraissent les avoir quelquefois déterminées; souvent elles paraissent liées à une cause générale,car il n'est pas rare de les voir très-nombreuses et affecter plusieurs parties à la fois chez un même individu sans que jamais il ait été soumis à aucune influence locale ; et quelquefois même elles se reproduisent après leur disparition par un traitement local. — Au dire de quelques pathologistes, le sang qui s’écoule lorsqu’on les incise, ou lorsqu’elles sont soumises a une violence extérieure, suffirait pour en produire de nouvelles sur les parties avec lesquelles il entre en contact.
Il est peu «l’affections plus communes que celle-là dans les provinces "méridionales de la France ; il en est peu anssi qui aient stimulé à un si haut degré la cupidité du charlatanisme ; et de longtemps encore ou ne pourra détruire les erreurs qui régnent à ce sujet. Chaque village, chaque ville mémo a ses guérisseurs en titre; et nous n’en parlerions pas
des cors.
s! la pratique de quelques-uns ne conduisait à des résultats funestes. Ces guérisseurs doivent être divisés en trois cfasses : les uns , qui font des prières, prononcent des paroles mystiques, et guérissent ainsi les verrues sans y toucher : ceux-là sont inoffensifs ; d’autres emploient des sucs de certaines herbes qui ont la propriété de faire tomber les verrues , et ceux-là. peuvent être très-nuisibles : les plantes âcres sont choisies de préférence , eî leur action sur l'épiderme, et les frictions répétées que nécessite leur emploi, non-seulement font naître de nouvelles verrues, mais encore font souvent dégénérer en cancer celles qui existent ; d’autres enfin emploient des plantes acides dont l’effet est souvent salutaire et rarement funeste. Ces pisntbs rentrent dans les moyens que nous conseillerons plus loin (§1968). les succès obtenus malgré lesn}oyens employés par ces guérisseurs tiennent à ce que les verrues guérissent souvent spontanément , et surtout vers lâgc de la puberté. A cette époque les jeunes filles, et principalement celles qui ont une .constitution lymphatique, sont prédisposées à cette affection , et , à répQque de la puberté , j’ai vu h ès-souvent des verrues , qui existaient depuis une année ou deux , disparailre spontanément pour ne plus^revenir. Je dirai même que , dans certainspays (le Limousin entre autres), les verrues sont si fréquentes qu’il est peu d'enlans qui n’en soient affectés 5 mais je dirai aussi qu’il est peu d’en fans' chez lesquels elles durent plus de deux ans. Ordinairement, lorsqu’elles sont anciennes, elles tombent , non en une sorle de détritus pulvérulent , mais en masse ; leur base se détache à sa circonférence, la verrue se soulève de la périphérie à son centre , et tombe en laissant une cicatrice blanche qui disparaît au bout de quelques années.
J'ai vu un très-grand nombre d'individus affectés de vernies, et je ne me rappelle pas en avoir vu un seul n'en ayant qu'une. Ordinairement elles se multiplient d’une manière Incroyable ; j'en ai eu sur les deux mains , au nombre de cent quarante-six à la fois , qui toutes sont tombées spontanément 5 les cicatrices n'ont pas encore toutes disparu depuis quinze ans. Ordinairement , si l’une d’elles tombe , soit spontanément , soit par l’emploi de quelques remèdes , on en voit surgir plusieurs autres autour de la cicatrice de la première , ou à quelque distance , et c'est probablement ce mode de propagation qui a fait croire que le sang qui s’écoulait de l’une d'elles pouvait en engendrer d autres.
{Note du traducteur.)
1967. Dans le traitement des verrues il faut d’abord rechercher si leur existence tient ou non à une cause interne, afin de la combattre s’il y a lieu. Un régime convenable, les mercuriaux, le savon, les extraits résolutifs, les résineux, suffisent ordinairement pour les faire disparaître ; dans d’autres cas il faut avoir recours à des moyeus purement locaux.
1968. Les moyens externes qui ont été préconi • ses contre les verrues sont très-nombreux; mais fis ont tous pour but de les détruire par la cautérisation, par la ligature ou par l’excision.
Parmi les caustiques nous rangerons le suc d’euphorbe, de ciguë, la poudre de Sabine, le vinaigre concentré, la teinture de cantharides , l’acide sulfurique, l’acide nitrique, le muriate d’anümoine liquide, le nitrate d’argent , etc., avec lesquels on touche les verrues ; les applications doivent être renouvelées toutes les fois que l’eschare se détache, et jusqu’à leur destruction complète. Ces moyens doivent surtout avoir la préférence lorsque la verrue repose sur une large base. [Si on se
sert d’un acide concentré ou de potasse caustique, il faut avoir soin d’entourer la tumeur d’un emplâtre dediachylon gommé, percé d’un trou dans lequel on la fait passer ; sans quoi le caustique se répandrait sur les parties voisines. Lorsque les caustiques ont brûlé la verrue, on leur substitue un emplâtre suppuratif (l onguent de la mère ou le styrax) afin de hâter la chute de l’eschare et la guérison de la petite plaie. Il suffit quelquefois de cautériser la plus volumineuse pour voir disparaître toutes les autres. Il ne faut pas perdre de vue que, par le traitement par les caustiques, lorsqu’il dure trop longtemps, la verrue dégénère quelquefois en carcinome, ou bien est remplacée par un ulcère de mauvaise nature, et la cicatrice qui en est le résuilat donne lieu à une difformité plus graude que la verrue elle-même. Aussi doit-on recommander de les détruire par un petit nombre d'applications de caustiques; mais alors le traitement est très-douloureux. Il en est un toutefois qui agit lentement, il est vrai, mais qui ne cause ni inflammation ni douleur, et qui manque rarement son effet : c’est de frotter, deux ou trois fois par jour, la tumeur avec du sel ammoniac préalablement trempédans l’eau.
Lorsque la tumeur est pédiculée, on peut la comprendre dans une ligature de soie, que l’on serre de jour en jour davantage jusqu’à ce qu’elle tombe.
Lorsque la tumeur est large et profonde, le meilleur traitement consiste à [ baigner d’abord la ~partie dans une eau de savon chaude pendant une demi-heure, ce qui gonfle la verrue, et la rend presque insensible, puis] à l’exciser par lames trèsfines jusqu a ce qu’il sorte quelques gouttelettes de sang : alors on cautérise la surface avec le nitrate d’argent. — Lorsque les verrues sont dures, irrégulières à leur surface et (rès-douloureuses , les moyens dont nous venons de parler ne sauraient être employés ; et, si on veut eu débarrasser le ma-1 îade, il faut en pratiquer l’extirpation complète à l’aide de deux incisions semi-elliptiques, en ayant bien soiu d’enlever tout le mal. Il faut, avec ce traitement local, prescrire, s’il y a lieu, un traitement générai.