DU NEZ
tentent obturées , et l’on voit le polype s’avancer vers les narines, ou bien se diriger du côté tiu pharynx, et gêner considérablement la respiration et la déglutition. Si le polype continue à croître, les parois de la cavité du nez sont distendues dans toutes les directions. Le passage des larmes dans le canal lacrymal est intercepté ; la cloison du nez est refoulée du côté sain, ce qui augmente encore la gène de la respiration. Enfin l’écoulement, qui d’abord était muqueux , et quelquefois mêlé de stries de sang, devient purulent et fétide ; le polype s’ulcère, la suppuration attaque les os, et le malade peut succomber à l’épuisement suite de cette suppuration. Quelquefois le développement des polypes est accompagné de douleurs de tête très- vives, qui s'étendent à toute une moitié de la face. [Il n’est pas rare de rencontrer une surdité plus ou moins complète par suite de l’obstruction de la trompe d’EcsTAcm. ] Quelques polypes saignent avec facilité et abondance, et ces hémorrhagies successives affaiblissent considérablement le malade.
2083. Les polypesdu nczpeuvent être charnus, rouges, mous, sensibles, et ne déterminer aucune gêne notable. Ils peuvent être muqueux qu vésicU' leux, de structure lardacée , de couleur pâle, et déterminer une sécrétion abondante de mucosités: ces derniers varient de volume suivant la température ; ils peuvent être de nature plus consistante (fibreux), de la dureté des cartilages, très-douloureux, saignant avec facilité et ayant une tendance très-grande à la dégénérescence cancéreuse. Cette différence de structure a servi de base à la distinction de ces corps étrangers en polypes de bonne rature, et polypes de mauvaise nature; ces derniers sont ceux qui, pendant leur développement, déterminent une douleur très-vive à la tête ou à la partie supérieure des fosses nasales ; qui, lorsqu'ils deviennent appareus à l’extérieur, sonlroses ou livides, très-douloureux au toucher; qui saignentavec facilité ; qui ne sont point mobiles, mais fixes, et fortement adhérens à plusieurs points de la muqueuse pituitaire; qui, pendant l’éternuement et pendant la toux, déterminent une sensation douloureuse dans le nez ou dans la partie antérieure de la tête, enfin qui déterminent une suppuration ichoreuse et fétide. — Les polypes de bonne nature ont un aspect grisâtre”, pâle ou brunâtre; leur structure est molle; leur développement n’est accompagné d’aucune douleur ; ils sont insensibles au toucher. De temps en temps ils augmentent et diminuent, n’adhèrent à la membrane pituitaire que par leur pédicule ; ils sont mobiles pendant l’éternuement , et déterminent un écoulement de mucosité pure.
2084. Les causes des polypes du nez nous sont le plus souvent coraplétemenlinconnues : quelquefois ils sont le résultat de lésions mécaniques, telles que l’introduction fréquente des doigts dans le nez, ou de toute autre violence externe ; mais le plus souvent les polypes ont leur siège sur des points inaccessibles à ces violences. Les causes qui parais-
sent les plus fréquentes sont les affections catarrhales de la membrane pituitaire, et un écoulement blennorrhoïque de cette membrane. Dans beaucoup de cas la présence des polypes est liée à une affection générale, particulièrement à la syphilis, à un exanlhènecutané brusqnementsupprimé,etc,. Cette cause est d’autant plus probable que le plus souvent il existe plusieurs polypes à la fois, que l’on en rencontre simultanément dans les deux cavités du nez, qu’ils reparaissent après leur ablation, et qu’il n’est pas rare de rencontrer des symptômes d'une affection générale à l’époque de leur existence. — Souvent la prédisposition au développement des polypes coïncide avec l'époque du développement naturel du corps: aussi rencontre-t-on les polypes du nez plus fréquemment à l’époque de la puberté. Celte exubérance dans la force formatrice se manifeste quelquefois par une simple tuméfaction de la muqueuse pituitaire. C’est peutêtre là la cause qui fait que les individus parfaitement sains , et qui , à l’époque de la puberté , sont pris de saignemens de nez, sont particulièrement prédisposés à ce genre de polypes. Le refoulement et les autres altérations des os du nez ne sont pas toujours uniquement le résultat de la présence d’un polype. Quelquefois au contraire ils sont dus à une maladie existante avec le polype, et qui s’est fixée sur les parties molles et sur les os des fosses nasales. Cette affection et le polype sont alors le résultat de la même diathèse. C’est ce que l’on rencontre surtout dans les cas où ces deux affections sont entretenues par une dyscrasie bien évidente. (Schuegee, pag. 42.)
Schreger a fixé l’attention sur une complication des polypes consistant dans une dilatation anormale ( teiÉangiekla sie) des vaisseaux qui parait être propre aux cas où la présence d’mr polype a succédé à une tuméfaction inflammatoire ancienne de la membrane pituitaire ; on ne la rencontre jamais dans les cas où les polypes se sont développés rapidement. Cependant celte affection de la muqueuse est loin de se terminer toujours par la téléangiektasie , ou du moins cette complication est peu apparente. Les caractères propres a cette affection sont : un écoulement blennorrboïque antécédent; une sécrétion de mucosités mêlées à du sang ; une diminution notable de l’étroitesse de la cavité nasale pendant la durée de l’écoulement sanguin ; l’aspect rouge du polype, qui est plus foncé près de sa racine ; un sentiment très-fort de tension ; des bémorrbagies abondantes au moindre contact , eulin un développement trèsrapide.
Suivant Rieherand (I), les polypes de bonne nature partent de la membrane muqueuse ; ceux de mauvaise nature étendent leurs racines jusqu’aux os.-ji est cependant des exceptions, c’est lorsque des polypes muqueux ou fibreux ont subi la dégénérescence cancéreuse.
2085. Le pronostic des polypes du nez se lire de leur structure, de leur situation, de leurs causes, etde leurs complications. — Les polypes muqueux sont beaucoup moins dangereux ; ce sont ceux
(î) Nosographie chirurgicale, 5' édit., vol. iv, pag. 324.
DES POLYPES
dont le traitement est le plus facile. Plus le polype est dur , résistant et douloureux , plus il a de tendance à la dégénérescence cancéreuse; mais, comme ces polypes ne prennent le caractère cancéreux que pendant leur développement, on préviendra cette dégénérescence en les enlevant le plus tôt possible. Lorsque leur point d'implantation est accessible aux instrumens, lorsqu’ils sont mobiles, et que leur tadhérence aux parois de la cavité nasale est peu étendue, il est facile de les enlever. — Plus leur ablation est complète, moins leur récidive est à craindre. — Lorsque le polype coïncide avec une affection générale, il faut, avant de l’attaquer, combattre celte dernière par un traitement convenable, sous peine de voir le polype se reproduire presque aussitôt après l’opération.
2086. Les polypes du nez réclament toujours une opération. Dans les cas cependant où on s'aperçoit de bonne heure de leur existence, et où ils sont vésiculeux, ou peut les réprimer par les astringens appliqués directement sur eux : les liquides astringens , la poudre de calomel, le kermès minéral uni au sucre, et l'opium, peuvent être employés avec avantage, surtout si on seconde leur effet par des dérivatifs et par un traitement général capable de détruire la cause interne qui entretient l’affection delà muqueuse. — Lestraitemens chirurgicaux rais en usage contre les polypes du nez sont: l'arrachement , la ligature, l’excision et la cautérisation.
2087. L 'arrachement des polypes du nez est le traitement le plus généralement répandu; c’est celui qui convient le mieux lorsque le polype est muqueux, qu’il est situé peu profondément, et que sa base est peu étendue. Cet arrachement se fait avec des pinces à polypes, droites ou courbes, et de forces variées. Les cuillers de bonnes pinces à polypes doiventëtre légèrement excavées, les faces qui se regardent doivent être couvertes d’aspérités afin de pouvoir saisir plus solidement le polype. Les bords de ces cuillers ne doiveut être ni trop minces ni tranebans, sans quoi le polype serait facilement coupé; ils doivent avoir une certaine force, une certaine largeur; enfin les branches doivent avoir une longueur convenable.
Richtcr , Anfangsgriinde, part. I, pl. V, fig. 1,
Schreger , Nouveau Cüiron de TexLor , vol. 1, cah. II, pag. 197, pl. i, h.
2088. Avant de procéder à l'arrachement, on doit examiner avec soin le, point où se trouve le pédicule, et s'assurer de son étendue. Pour cela on se sert d’un stylet en baleine, que l’on promène en différens sens autour du polype. Pour cet examen on place le malade dans une position telle que la lumière tombe en plein dans les fosses nasales, et on porte 1 indicateur de la main gauche dans l'arrière-bouche en arrière du voile du palais. Mais la surface du polype, qui assez souvenlestirrégulière, les saillies nombreuses que présentent les parois distendues du nez, rendent quelquefois impossible
la connaissance certaine du point qu’oecupe le pédicule. Du reste cette connaissance n’est pas aussi importante qu’on le croit généralement, car l’emploi convenable de la pince est subordonné plutôt à la forme et au volume du polype qu'à son point d'implantation.
2089. L’opération se fait delà manière suivante: le malade est assis sur une chaise dont la hauteur est proportionnée à la taille de l’opérateur. Le malade est placé en face de la lumière, qui, comme nous l’avons dit, doit tomber en plein sur le polype. La tête du malade est appuyée sur la poitrine d’un aide situé derrière lui, et qui applique ses deux mains sur son front de manière à bien le fixer. — Si le polype n’est pas tout-à-fait mobile dans la cavité du nez , on cherche, avec un stylet que l’on promène autour de lui, à le dégager autant que possible. On ferme la narine saine, et ou ordonne au malade de souffler par la narine malade afin de pousser le polype en avant. L’opérateur saisit la pince à polypes avec le pouce et l’indicateur de la main droite passés dans les anneaux, et la porte fermée dans le nez jusqu’au polype, il ouvre qlors les cuillers, et cherche à engager le polype entre les mords. On faitde nouveau souffler le malade par la narine affectée, et, pendant que le polype s’engage plus avant dans la pince, l’opérateur pôrte l 'instrument plus en haulafin d’atteindre le pédifcule. Cela fait, la pince est fermée, fortement embrassée par les doigts, et on lui imprime un mouvement de rotation autour de son axe pendant que l’on exerce des tractions sur elle, jusqu'à ce qu’enfin le polype ait cédé.
2090. Souvent une seule introduction des inslrumens suffit pour arracher toute la racine, et alors le nez est parfaitement libre; mate , si cela n’a pas lieu, si une partie du polype est restée, ou s’il existe plusieurs polypes, on introduit de nouveau la pince, et on cherche à arracher ce qui reste en faisant les mêmes manœuvres que nous avons indiquées. — S’il ne survientaucune hémorrhagie abondante, on pratique autant d’introductions successives que cela est nécessaire pour l’ablation complète du polype: cette extirpation totale est le moyen le plus sur d’arrêter l’hémorrhagie. Mais, si cette hémorrhagie était tellement abondante qu’elle dût compromettre les jours du malade, il faudrait cesser immédiatement les tentatives, et mettre en usage des moyens hémostatiques convenables (§ 2094.)
2091. Lorque le polype est volumineux, qu’il fait saillie par la narine au point de l’obturer complètement, il faut souvent, pour rendre possible l’introduction de la pince, saisir la partie saillante du polype avec une pince de Museex, que l’on tient de la, main gauche, l’attirer plus avant afin d’augmenter l’espace qui doit servir à l'introduction des instrumens. Si, malgré ces moyens , une pince à polypes ordinaire ne peut être introduite , on se sert delà pince de Richter (1), dont les deux
(1) Anfangsgrilnde, vol. I, t>. V, fig. 8.