‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 338 sur 444 · DU SINUS MAXILLAIRE · texte numérisé non relu

DU SINUS MAXILLAIRE

douleur brûlante , pulsatile , qui s’étend depuis le bord alvéolaire jusque dans la cavité orbitaire; elle est profonde, et n'augmente point par la pression; Suivant le caractère de l’inflammation, cette douleur est très-vive , permanente , accompagnée de chaleur.de céphalalgie et de fièvre; ou bien elle est faible , presque nulle , et on la regarde ordinairement alors comme étant le résultat d’une affection catarrhale insignifiante. s

2110. Si cette inflammation ne se résout pas, elle peut, lorsqu’elle affecte un individu vigoureux, et qu’elle suit une marche aiguë, se terminer par suppuration ; maisen général elle détermine un état blennorrhoïque avec le sentiment d’une douleur sourde, permanente, qui n'augmente point par la pression, mais qui se porte vers les dents, et qui alors devient intense et rebelle. Le malade mouche des mucosités purulentes , mêlées à quelques stries de sang; lorsqu'il est couché sur le côté opposé à l’affection, une certaine qauntité de mucosités semblables s’échappe spontanément par le nez. A mesure que cette affection bleunorrhoïque acquiert de l'ancienneté , la muqueuse du sinus se tuméfie peu ^ peu, et l’ouverture de communication entre celte cavité et la fosse nasale diminue, et s’oblitère complètement. Le liquide sécrété s’amasse dans cette cavité ; de séreux et puriforme il devient parfaitement purulent, et se transforme en une matière caséeuse, qui distend les parois de la cavité. Extérieurement la joue devient rouge dans une certaine étendue ; la cavité nasale du côté malade se dessèche ; il survient un malaise général, de l’insomnie, etc. — Par suite de la dilatation progressive , et toujours croissanle.de la cavité du sinus, ses paroisse distendent outre mesure, Burlout directement en avant, tout en faisant des progrès vers la cavité orbitaire, vers le nez, vers le palais: aussi la face est notablement déformée, la narine du côlé malade oblitérée, l’œil chassé de son orbite, etc. Les parois osseuses du sinus s’amincissent , et quelquefois se ramollissent au point de céder à la pression du doigt. Enfin ils sont détruits , perforés en un point ; il s’établit une ouverture fistuleuse à la joue, dans la cavité orbitaire, au palais, ou (ce qui est le plus fréquent) au bord alvéolaire. Du pus s’échappe, en pinson moins grande quantité , par cette fistule, et le stylet qu'ouy introduit pénètre dans la cavité du sinus.

2111. La formation des polypes , de l’osléosléalôine, de l’osléosarcôine et de l’exostose du sinus maxillaire est toujours précédée de phénomènes plus ou moins tranchés de l’inflammation. — Les polypes prennent un accroissement rapide, distendent considérablement les parois du sinus dans toutes les directions, s'ouvrent une ouverture tantôt à la joue, tantôt au bord alvéolaire, et font issue dans ces régions. Dans cette affection les parois du sinus sont ordinairement ramollies; quelquefois le polype s’échappe à travers l'ouverture de communication du sinus et des fosses nasales. Tantôt au contraire il soulève principalement

l’angle externe de l'orbite , et tantôt il respecte la paroi antérieure du sinus pour se porter vers la base du crâne , qu’il finit par perforer , et la compression qu’il exerce alors sur le cerveau détermine la mort. — Dans l’ostéostéatôme les parojs osseuses du sinussont peu àpeu convertiesen une masse tantôt visqueuse et pultacée , tantôt graisseuse et lardacée , et tantôt cartilagineuse ou osseuse. La tumeur formée par les polypes marche toujours avec plus de rapidité que celle formée parla dégénérescence ostéosléatomateuse ou ostéosarcomaleuse.

2112. Comme cause immédiate des différentes affections du sinus maxillaire , nous avons signalé l’inflammation , laquelle est déterminée par une foule de causes différentes. Ce sont: une violence extérieure, un refroidissement, une affection rhumatismale scrofuleuse, arthritique, syphilitique; un exanthème cutané répercuté ; la carie delà racine d’une dent, qui avoisinele sinus maxillaire; la lésion du bord alvéolaire pendant l’extraction de ces dents; des corps étrangers introduits dans celle cavité ; des insectes , ect. Les différentes terminai-’ sons de l’inflammation de ce sinus paraissent en partie dépendre de la variété des causes qui l’ont déterminée: c’est ainsi que, dans les affections catarrhales et rhumatismales de la muqueuse qur tapisse le sinus, sa lamelle supérieure est plus particulièrement affectée, et l’inflammation a une tendance très-grande à se terminer par un écoulement blennorrhoïque , par une tuméfaction delà muqueuse et par sa dégénérescence polypeuse ; tandis que, dans l’inflammation goutteuse ou syphilitique , la lamelle inférieure, c'est-à-dire celle qui est plus immédiatement en rapport avec l'Os, est affectée , et l'inflammation se termine plus particulièrement par l’ulcération de la muqueuse et la dégénérescence des os.

2113. Le pronostic des différentes affections du sinus maxillaire dépend de la cause qui les a déterminées, et du degré dedéveloppement qu’elles ont acquis. Dans l'inflammation aiguë, lorsqu’elle n’est liée à aucune maladie interne , on peut en obtenir larésolution par un traitement convenable, pourvu qu’on le mette de bonne heure en usage. Celle terminaison est au contraire difficile à obtenir lorsque l’inflammation est entretenue par une cause interne. Lorsque l’ouverture naturelle du sinus est oblitérée, et que déjà une altération organique s'est emparée de la muqueuse, l'alfection est toujours rebelle, et ne peut être guérie, que par des moyens chirurgicaux. Si la maladie consiste simplement dans un état blennorrhoïque , daus une accumulation de liquides séreux ou muqueux , le pronostic est toujours plus favorable que lorsqu’elle consiste dans le développement de polypes-, ou dans une dégénérescence des os. La dégénérescence cancéreuse s’empare assez souvent des tumeurs polypeuses, ostdosléalomateuses et osléosarcomateuses ; l'affection est alors au-dessus de toutes les ressources de l’art.

2114. Daus 1 exposition des divers trailemens

DES POLYPES

applicables aux différentes maladies du sinus maxillaire nous commencerons par celui de l'inflammation. Lorsqu’elle est aiguë, les antiphlogistiques les plus énergiques doivent être mis en vigueur : des saignées copieuses, des sangsues en grand nombre , des applications froides sur la joue, doivent être faites alternativement, — Lorsque la cause de l’inflammation est uu coup ou une chute quia porté sur la joue, et que l’on soupçonne uu enfoncement de la paroi du sinus, il faut, outre ce traitement, employer une compression modérée. Lorsque la tuméfaction inflammatoire a diminué, si l’on soupçonne une affection catarrhale ou rhumatismale, des diaphoniques légers et les dérivatifs doivent être mis en usage. Si l’inflammation est si violente qu’elle se termino par suppuration, on a recours aux douches émollientes et aux applications de même nature. Si à ces accidens se joignent de l’agitation et de l’insomnie , l'opium à l’intérieur, mais à des doses convenables, des frictions opiacées sur la joue, et, pendant la nuit, un emplâtre de belladone fortement camphré doivent être prescrits.

2115. Lorsque l’inflammation est chronique, et qu’elle est lice , ce quia lieu ordinairement, à une affection interne , il faut avant tout combattre cette dernière. S’il survient un état blennorrhoïque, ou une tuméfaction de la muqueuse, ce que l’on doit craindre toutes les foisqu’il y a un écoulement de liquides mêlés à du sang, il faut employer des injections dans le nez de décoctions astringentes, de dérivatifs. Weinüold s’est servi avec avantage, dans ces cas, de poudres composées de calomel gr. x, sucre drag. ij; ou bien encore corn posées de turbith minéral gr. ij à iij, et sucre drag. j. Ces poudres doivent être prises par le nez. A l’emploi de ces poudres il joint la teinture de digitale pourprée unie aux remèdes capables de combattre la diathèse existante; la dose doit en être assez forte pour diminuer l’énergie de l’appareil circulatoire.

2116. Lorsque l’affection est portée au point d’cblilérer l’ouverture du sinus, que déjà un amas de liquide s’est fait dans ia cavité, ou qu’un état blennonboïque ou que des ulcérations se sont établis et sont rebelles à tous les moyens employés, ou qu’enfin des polypes ou toute autre dégénérescence sont survenus, il faut ouvrir le sinus maxillaire alors même que l’ouverture normale n’est pas oblitérée. Par cette ouverture artificielle s’échapperont les produits de la sécrétion anormale : on enlèvera ou on détruira ceux qui ne pourraient sortir spontanément. -—Avant de pratiquer cette opération ü faudra s’assurer d’abord si la maladie générale qui entretient l’affection locale est guérie ou si elle est curable. L’état blennorrhoïque de ia muqueuse et son ulcération sont plus faciles à guérir que les polypes, l'ostéosarcome, l’osléostéalôme et l'exostose. Bans ces derniers cas en effet le traitement consécutif à l’opération est toujours long; ta maladie se reproduit facilement, et dégénère assez souvent en cancer. Lorsque ces affections sont très-avancées, que les

os ont été epvabis par elle, ou qu’elles ont dégénéré en cancer, et que les forces du malade sont affaiblies, une opération quelconque ne peut que hâter la mort de l’individu.

2117. Les différeus points que l’on a choisis pour faire l’ouverture du sinus maxillaire sont : 1° le bord alvéolaire dans le voisinage de la deuxième, troisième ou quatrième molaire (1) ; 2° la fosse canine (Desault); 3° immédiatement au-dessous de l’apophyse zygomatique, entre la seconde et la troisième molaires (2); 4° sur le point de la cavité qui est le plus distendu ou le plus aminci ; 5° simultanément à la joue et au palais (Weinüold) lorsque déjà il s’est formé un trajet fistuieux. On peut, lorsqu’il a son siège à !a partie inférieure du sinus, se contenter de l’agrandir d’une manière convenable.

la dilatation, par des injections, par des sondes , etc. (Jourdain y toco cil., pag. 50), de l’ouverture naturelle oblitérée, et la perforation de la cloison qui sépare le nez du sinus (Richter (3) ), doivent être rejetées.

2118. L'ouverture du sinus par son bord alvéolaire ne devra être pratiquée que dans les cas suivans : 1“ lorsque le sinus ne contient que des liquides purulens ou muqueux ; 2° lorsque le bord alvéolaire est lui-même malade, qu’il existe des dents cariées; que les dents sont douloureuses au toucher; que la carie s’est emparée du bord alvéolaire, ou que des fistules se sont établies entre ics dents molaires ou sur le bord alvéolaire. — Ou extrait la deuxième, troisième ou quatrième dent molaire, et, tandis qu’un aide assujettit fortement la tète du malade, et qu’il attire en dehors avec un croehelmousse l’angle de lu bouche, on enfonce un trocart sans canule dans l’alvéole de la dent arrachée ; ou bien encore on traverse le bord alvéolaire avec un trépan perforalif, et on agrandit l’ouverture de manière à procurer une issue libre et facile au liquide amassé , et de pouvoir bien examiner l’état de la cavité du sinus.

2119. La sortie des liquides amassés dans le sinus sera sollicitée par des injections émollientes, ou simplement d'eau tiède, par des gargarismes fréquemment répétés, enfin par des liquides que le malade introduira dans sa bouche, et fera refluer dans le sinus par l’ouverture artificielle. Si des fragmens osseux se sont détachés du bord alvéolaire , il faut en faire l’extraction avec une pince. Tout pansement qui pourrait fermer l’ouverture que l’on a pratiquée est inutile; il peut même être nuisible en favorisant- l’accumulation des liquides dans le sinus. Le malade introduira tous les jours dans l’ouverture accidentelle son petit doigt afin de prévenir son oblitération. Pcn-

(1) Coivpêr , Anatomia oxford, 1697.

Drackc, Anthropologia, Londres, 1707.

(2) Lamorier y Mémoires de l’Académie de chirurgie, vol. IV. pag. 351, pl. III.

(3) Anfangsgrüuden, part. Il, pag. 360.

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