A. CANCER DE LA LÈVRE ET DES JOUES
2180. Le cancer se développe ordinairement à la lèvre inférieure, rarement à la supérieure. Il se manifeste sous ia forme d’une croûte ou d’une ulcération qui s’étend peu à peu, donne lieu à des fongosités , etc. ; ou bien encore il est précédé d’une tuméfaction dure et irrégulière de la lèvre , lurnéfac ion qui grossit , devient très-douloureuse, et iinit par s’ouvrir.
!! y a des ulcères de ta lèvre qui prennent souvent un mauvais caractère sans être cancéreux. Les mouveinens (Onstans de la lèvre, l’écoulement de la salive , etc,, empêchent leur cicatrisation , et y entretiennent l'irrilalion. — Les ulcères syphilitiques de. la lèvre prennent aussi trèssouvent un mauvais caractère ; ils commencent le plus souvent par une vésicule qui sYntr’ouvre , et détermine une u cération qui s’étend de la peau aux organes voisins. — Il y a encore d’autres ulcérations qui paraissent avoir un mauvais caractère, et dont la présence est entretenue seulement par des dents vicieuses.
2181. L'excision du cancer de la lèvre doit être préférée à la cautérisation. On emporte tout ce qui est dégénéré par deux incisions qui , parlant du bordlibic de la lèvre se réunissent à angle
\igu. Les artères qui lournissenl du sang sont liées, et les bonis de la plaie rapprochés, comme dans l’opération du bec-de lièvre (§ 473), pur une suture entortillée. Si l’ulcère a sou siégea 1 angle de la bouche , 1 incision part de la lèvre supérieure, contourne tout le mal pour arrivera la lèvre inférieure; une sulure entortillée réunit la plaie dans la diieetion de l'angle de la bouche. Si le cancer s'étend de l’angle de la bouche, à la lèvre inférieure, on se contente de réunir, comme nous l'avons indiqué , l’incision de l'angle do la
bouche, et le reste de la plaie se cicatrise facilement. L’extensibilité des lèvres, surtout si on les sépare des gencives dans une certaine éicndue, facilite la réunion. De grandes perles de substance, qui, dans le principe, occasionnaient une difformité considérable, s'effacent complètement.
Dupuytren a établi en précepte que l'excision des cancers de la lèvre doilétre pratiquée avec des ciseaux courbés sur leur plat, pourvu toutefois que l’affection ne s’étende pas au-delà des adhérences do la lèvre à la gencive. La salive ne peut , dans le principe, èirë retenue dans la bouche; mais, peu de temps après, lorsque la cicatrisation. est complète, la coneavllé de la plaie s’efface complètement, et la lèvre reprend ses fonctions.'
Pour faciliter ce travail réparateur on peut, lorsque l'excision s'est trop rapprochée des gencives, détacher la peau dans une certaine étendue.
Dans les cas où deux1 incisions se réunissant à angle droit ont été pratiquées , l’artère coronaire a été constamment divisée en dgpx points de son éicndue, il est inutile d’en faire la ligalnre, quel que soit son volume, le rapprochement exact des bords de la plaie suffit pour arrêter t’héuiorrhagie : c’est ce qui arrive dans le bec-de-lièvre.
(Note du traducteur.)
2182. Si le cancer ne s’est pas étendu au-delà du bord muqueux de la lèvre , l’ablation du mal à l’aide de deux incisions qui se rencontreraient à angle aigu déterminerait une trop grande perte de substance. Aussi est-il convenable, dans ces cas, de soulever, soit avec les doigts, soit avec la pince à enlropion de Græfe, la partie malade, et de ia retrancher avec des ciseaux courbés sur le plat. On fait la ligaiure des artères labia les divisées; ou couvre la plaie d’une épomge trempée dans l’eau froide jusqu’à ce que l’écoulement de sang ait cessé. On recouvre alors la plaie d'un morceau d’agaric. Trois ou quatre jours après, la suppuration se déclare , et on pansejusqu'à guérison complète avec un morceau de linge trempé dans l’eau tiède. Au bout de dix à douze jours la muqueuse se rapproche de la peau , et il se forme une cicatrice linéaire qui attire la lèvre en haut; de sorte que la perte de substance , alors même qu’elle serait considérable, se trouve effacée, et que les dents sont déjà en partie cachées parla lèvre. Lorsque la perle de substance est peu étendue, l'échancrure qui reste après la cicatrisation est presque nulle, ainsi que j’ai pu m'en assurer par de nombreuses observations.
2183. Lorsque le cancer de la lèvre est Irèsétendu , l’opération déterminerait une perle de substance considérable. Le procédé à suivre est celui que nous avons indiqué (§2181 ) , et le rétrécissement de la bouche ainsi que la difformité causée par le rapprochement des bords de la plaie disparaissenl peu à peu (1). L'incision de l’angle de la bouche , que quelques praticiens ont conseillée pour agrandir cette ouverture, non seulement ne sert à rien, mais la cicatrice nouvelle,
(1) Chelius , Deidelberger klinische Annale, vol. V, cab. IV.