‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 348 sur 444 · SS · texte numérisé non relu

SS

se lire des différentes circonstances que nous avons énumérées d’une manière générale : le seul remède que l’on puisse opposer à ce squirrhe est l’extirpation , qui offre d’autant plus de chances de guérison qu’on la pratique plus lot , que la constitution de la malade est meilleure , et que l’écoulement mensuel se fait d’une manière plus régulière. Lorsque le squirrhe se trouve déjà à l’état de caiieer occulte , que le mamelon est effacé , que la peau est adhérente, que l’état général est affecté, et que les règles viennent d'une manière irrégulière, ou sont complètement supprimées , le résultat de l'opération est fort douteux , et cependant elle doit être pratiquée , puisqu'elle seule peut mettre quelques chances en faveur de la guérison. Lorsque le squirrhe est déjà ulcéré, qu’il a contracté des adhérences avec le grand pectoral , que d’autres engorgemens existent dans d’autres organes, l’opératiuu n’offre aucune espèce de chances ; elle peut néanmoins etre considérée comme un moyen palliatif, et les malades sont du moins délivrées pour un certain temps des accidens indispensablement liés à la destruction par suppuration de la tumeur squinheuse. Je n’ai jamais vu cette affection marcher plus rapidement après l'opération qu’avant; je l’ai vue au contraire constamment procurer quelque soulagement pendant assez longtemps. L'opération est facile lorsqu’elle a pour but d’enlever une tumeur seule, isolée et mobile; difficile au contraire lorsque des glandes axillaires engorgées doivent être enlevées, et, dans ce cas aussi, le pronostic est plus grave. — Il est inutile de dire que les contre-indications que nous avons signalées contre l’opération du cancer en général trouvent ici leur application. Dans l’examen des avantages que l'on peut retirer de l’extirpation d’une tumeur squirrheuse , il ne faut point perdre de vue que , dans les cas où le cancer s’est développé très-lentement, et n’est accompagné d’aucunes douleurs appréciables, l’ulcération qui survient après l'opération marche souvent avec rapidité , et que , dans ces cas , l'extirpation ne fait que hâter la mort. Avant de procéder à l’opération il faut appliquer un exutoire au bras du côté malade, et on n’agit contre le squirrhe que lorsque cet exutoire es1 eu pleine suppuration , et que l’on est parvenu à régulariser les fonctions digestives, qui ordinairement sont troublées.

2220. L'ablation de la mamelle squirrheuse peut être pratiquée soit par Y extirpation en conservant une étendue de peau suffisante pour recouvrir toute la plaie , soit par Y amputation , qui consiste à enlever la tumeur par sa hase.

2221. L extirpation d’une tumeur squirrheuse se fait comme l’extirpation d’une tumeur enkystée : la malade est couchée sur une table , ou assise sur une chaise; d’une main l’opérateur et un aide tendent la peau d’une manière convenable. Deux incisions parlant du sternum dans la direction de l’épaule embrassent le mamelon et une étendue variable de peau , de manière à ce que ,

CANCER DE LA MAMELLE

la mamelle étant extirpée , les lèvres de l'incision rapprochées, la plaie soit complètement recouverte. L'opérateur dissèque la peau au niveau de l’incision inférieure , et la sépare de la tumeur, qu’il saisit avec les doigts ou avec une airigne, l'attire à lui , la détache du grand pectoral , et la sépare enfin de la peau au niveau de l'incision supérieure , soit de dedans en dehors, ou de dehors en dedans. Un aide absterge constamment la plaie. Les vaisseaux qui fournissent du sang pendant l'opération doivent être comprimés par les doigts des aides, et liés dès que l’opération est terminée. La plaie est alors nettoyée : on examine avec attention si elle ne contient rien de douteux; si on trouve quelque chose , on l’enlève. Les lèvres de la plaie doivent être rapprochées aussi exactement que possible à l'aide de bandelettes agglutinatives , et recouvertes de charpie , de compresses , etd’un bandage de corps. Le traitement ultérieur est le même que celui des plaies en général.

2222. Pour faire l' amputation on divise la peau par deux incisions circulaires, qui embrassent la base de la tumeur, et on dissèque celle dernière de bas en haut. Ce procédé est au moins plus sur que celui qui consiste à enlever la tumeur d’un ou plusieurs coups d’un couteau à amputation. Lorsque les vaisseaux ont été liés, la plaie est couverte de charpie et d’un bandage de corps. Lorsque les granulations se sont développées à la surface de la plaie, on cherche à rapprocher la peau à î’aide de bandelettes de diacbyloti afin de favoriser la cicatrisation. La plaie est toujours pansée simplement avec de la charpie sans digestif et sans aucun autre onguent. Vers la fin du traitement seulement on pause avec l’onguent narcotico-balsamique.

Sencdict pense que, pour prévenir sûrement la récidive , on doit humecter la plaie et les pièces de pansement avec du laudanum, ou les enduire avec une pommade opiacée.

[Nous ne ferons qu'indiquer les opinions de quelques praticiens qui pensent que I on empêche sûrement la récidive en pansant la plaie avec de la suie, ainsi qu'en pratiquant J’autoplaslie, c’est-à-dire en recouvrant la plaie de l'opération avec un lambeau de peau empruntée à un organe sain. — I.es observations de guérisons citées a l’appui de ces procédés sont loin de nous avoir convaincu de leur efficacité contre la récidive de véritables cancers. ]

( Noie du traducteur.)

2223. Les opinions sur les avantages de l’extirpation et de l’amputation, de même que sur la réunion par première ou seconde intention, sont très-variées; l'extirpation et la réunion par première intention sont regardées par la majeure partie des praticiens comme devant être préférées, parce que la guérison est plus rapide, parce que la cicatrice est plus régulière, et que la plaie n’est pas aussi longtemps irritée que dans la réunion par suppuration, cl que celle irritation favorise la tendance à la dégénérescence squirrheuse. D’un autre côté, si l’on songe aux stries blanches, liga-

menteuses, qui si souvent s'étendent sous la peau au-delà des limites de la tumeur, et qui sont si souvent difficiles à enlever complètement par l’exlirpation, on sera tenté de donner la prélêrence à l’amputation dans les cas où la peau n'est pas parfaitement mobile, ne fût-elle adhérente que dans quelques points. L’expérience m’a démontré que 1 ’i ri i la t ion entretenue par la suppuration nécessaire à la réunion par seconde intention ne favorise pas la récidive ; je dirai même que, par ce procédé, j'ai obtenu des résultats plus beaux que par l’extirpation et la réunion par première intention. — Il ne faut jamais négliger, après l'ablation d’une 'mamelle squirrheuse, d’examiner attentivement la surface de la tumeur enlevée afin de s’assurer si elle est de toutes parts environnée d’une couche de tissu cellulaire sain; car, si on rencontrait quelques traces de section des stries ligamenteuses que nous avons signalées, il faudrait en rechercher l'extrémité dans la plaie afin de l’enlever exactement.

2224. Les glandes axillaires engorgées, lorsqu’elles sont superficielles et mobiles , peuvent souvent être enlevées : une airigne passée audessous de la peau, au niveau de l’angle externe de la plaie, pourrait sulfite pour les attirer au dehors; mais nous ne saurions, dans aucun cas, conseiller ce procédé. U est plus convenable de prolonger l’incision de l’angle de la plaie vers l’aisselle, parce que assez souvent il existe, le long du bord du grand pectoral et sous lui, des engorgemens qu il faut enlever. Les vaisseaux qui sont divisés pendant l’extirpation des glandes de l’aisselle doivent être liés immédiatement. Lorsque la position de ces glandes est telle qu’elles ne peuvent pas être enlevées sans crainte de léser des vaisseaux importuns [on déchire avec le doigt le tissu cellulaire qui les environne, et, si on ne peut y parveuir], on les dissèque aussi en arrière que possible, et on passe autour de leur pédicule une ligature que I on serre fortement.

tes glandes engorgées qui se trouvent dans l’aisselle doivent toujours être enlevées, bien que, dans quelques cas, leur tuméfaction soit de bonne nature.

[ Dupuytren a établi que les engorgemens de l'aisselle, ou de l'espace qui sépare ce creux de la plaie, qui surviennent dans les dix ou douze jours qui suivent l’opération, sont purement inflammatoires, et sont combattus avec succès par les antiphlogistiques et les applications émollientes, tandis que les engorgemens qui se manifestent après le quinzième jour sont ordinairement de nature squirrheuse, et doivent être enlevés. ]

( Note du traducteur.)

2225. Les engorgemens isolés de la mamelle peuvent être mis à nu par une seule incision , et extirpés ; quelques praticiens ont cependant donné le conseil d’enlever toujours la totalité de la mamelle.

Lorsque la dégénérescence cancéreuse s’est étendue aux

Page 1