C. De l'application des Sangsues
2359. Pour appliquer les sangsues on les saisit, par leur extrémité postérieure , avec les doigts munis d’un morceau de linge de manière à ce que leur lête, qui est toujours leur extrémité la plus mince, soit dirigée vers le lieu où on veut les appliquer. Ce lieu doit être très-propre. Quelquesuns placent les sangsues dans un cylindre de verre, ou dans un cylindre fermé par une carte roulée; lorsque la nature des parties le permet, et lorsque les sangsues doivent être appliquées en grand nombre, il est plus convenable de les placer dans un verre [dans une compresse], ou dans une tête de veniouse, que Ton applique renversée sur la partie.
La sangsue médicinale se distingue de la sangsue des Alpes et de la sangsue commune, qui n’est jamais aussi grosse , par six stries de couleur orange qui la parcourent de la tête à la queue. Le dos et les cotés de la sangsue des Alpes
DE LA. SAIGNÉE
sont d'une couleur plus noire et. plus brune , et ne présentent pas les points noirs qu’offre la sangsue commune. Le ventre üe la sangsue médicinale est rayonné de taches jaunes régulières ; souvent ccs taches jaunes sont si nombreuses que l'on pourrait croire que la couleur jaune est uniforme et unique. Le ventre de la sangsue des Alpes est d’un gris jaunâtre, celui de la sangsue commune est gris lu tin. — Il vaut mieux recueillir les sangsuesau printemps parce qu’elles gont. plus affamées, attendu qu’il leur est plus difficile de se procurer de la nourriture pendant l’hiver. L’eau de pluie les conserve beaucoup mieux que l’eau de rivière ou l'eau distillée. Le vase dans lequel on les met ne doit pas être transparent ; on doit éviter de le placer dans un endroit exposé au soleil ; il vaut mieux leur choisir un lieu plutôt froid que chaud. Le renouvellement fréquent de l’eau qui les conserve leur est très-nuisible.
Kûnzmann , Journal de GracTe et Walther , vol. Il, c. II, pag. 263.
Schmucker , vermisehte chirurgische Schrifte, part. I, 2' division.
Kilet, De la sangsue médicinale. Paris , 1809.
2360. Lorsque les sangsues ne veulent pas prendre, on humecte la plaie où on veut les appliquer avec de la salive ou de l’eau sucrée, ou bien on rafraîchit la peau avec de l’eau froide ; on peut encore l’égratigner superficiellement , et la barbouiller du sang qui s’écoule; quelquefois aussi les sangsues ne peuvent pas prendre parce que déjà elles sont rassasiées : dans ce cas on le reconnaît parce qu’elles ont le ventre tuméfié : aussi vaul-il mieux employer celles qui au niveau du ventre présentent une dépression. Ordinairement on laisse les sangsues appliquées jusqu’à ce quelles tombent spontanément. Si on voulait les faire tomber plus tôt, on n’aurait qu’à les toucher avec un peu de sel. Ou entretient l’écoulement du sang par des lotions faites avec une éponge trempée dans l’eau chaude; on a conseillé, pour faire sucer les sangsues plus longtemps, de leur couper l’extrémité inférieure avec des ciseaux. Mais ce conseil est basé sur une opinion erronée : la sangsue tombe presque aussitôt qu’elle est coupée. 11 m’est arrivé d’observer des sangsues qui, sans avoir été blessées , étaient restées trente-six heures attachées, fournissant constamment leur sang par leur extrémité inférieure.
Dans l'application des sangsues à la bouche il faut bien prendre garde qu’elles ne soient avalées, ou qu’elles ne s’attachent au pharynx. Dans ce cas on ferait boire un verre d’eau salée , puis ou donnerait un vomitif ; lorsqu’on applique les sangsues dans le voisinage dti rectum, l’anus doit être fermé par un bourdonne! de charpie.
2361. A la chute des sangsues, l’écoulement de sang est ordinairement entretenu, pendant quelques heures, à l'aide d'une éponge trempée dans 1 eau chaude; mais, si ou veut l'arrêter, on lave la partie avec de l’eau froide, et on la recouvre d’agaric. Quelquefois, surtout chez les enfans , l’hémorrhagie consécutive est très-abondante, et pourrait facilement devenir mortelle si on ne s’en
apercevait pas. Les moyens proposés, dans ces cas, pour arrêter l’hémorrhagie consistent à appliquer des poudres styptiques ; à introduire dans la plaie deux ou trois brins de charpie ; à saisir, avec une pince ou ayec les doigts, la peau qui fournit du sang, et à la tordre; à cautériser la partie saignante avec une aiguille à tricoter ou un stylet rougi au feu ; à piquer dans la peau, et tout près de ses bords, uue aiguille, et à passer une ligature au-dessous de ses extrémités. De cette manière le canal de la plaie est compris dans la ligature (1). Hennemann (2) a proposé, dans le même but, des pinces particulières. Liewemjaud (3) .traverse les lèvres de la plaie superficiellement avec une aiguille ordinaire qui entraîne un fil avec elle ; l’aiguille étant retirée, le fil est noué solidement. Il ne se fait aucun écoulement de sang au-dessous de cette ligature, et le fil tombe spontanément au bout de quelques jours. [Lafakgue-de-St-Emilion a proposé, pour arrêter le sang, d’appliquer sa ventouse, qui, une fois pleine de sang, ne permet aucun écoulement pendant qu’on la laisse appliquée. ]
2362. S’il se faisait une ecchymose considérable, s’il se manifestait de l’inflammatiop et de la suppuration, on ferait des fomentations d’eau de Goulaud, etc., etc.
D. Des Scarifications.
2363. Les scarifications ont pour but de donner issue à des liquides amassés dans une partie quelconque ; elles se font avec la lancette et le bistouri. Le plus souvent on les emploie dans les inflammations de parties inaccessibles aux sangsues, telles que dans les inflammations de la langue, des gencives, des amygdales, etc., etc. Dans les tumeurs inflammatoires considérables de parties environnées d'un tissu cellulaire épais et de fortes aponévroses. Les scarifications agissent non-seulement en déterminant une saignée locale, mais encore en faisant diminuer la tension des parties. On les emploie encore dans les morsures d’animaux enragés, dans certains cas de gangrène, et , dans les ulcères calleux ; lès scarifications que l’on pratique sur des parties œdématiées doivent être très-superficielles, et jamais elles ne doivent être faites dans les inflammations érysipélateuses , ni chez les malades qui sont très-épuisés ; car, dans ces cas, elles détermineraient la gangrène des parties.
(1) Waete, Journal de Graefe et Walther, vol. I, eah.l, pag. Î86.
(2) Rusl's Magazin, vol. \ VI, cali. III.
(3) Journalde Graefe et Wqjther, vol. XV, pag. 119.