‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 48 sur 444 · On appelle plaie (minus) une solution de · texte numérisé non relu

On appelle plaie (minus) une solution de

continuité qui, sous l’influence d’une action étrangère, affecte subitement une partie organisée , et qui, dès qu’elle a lieu, est suivie d’un écoulement de sang plus ou moins abondant.

232. Les plaies sont divisées d’après les inlrumens qui les produisent, la nature des organes lésés, enfin d’après leur forme, leur direction et leur situation.

233. Eu égard aux instrumens qui les produisent, on distingue des plaies par instrumens tranchans, contondans et piquans ; elles sont confuses et déchirées lorsque les parties sont divisées par des instrumens mousses, ou lorsque, avant d’être divisées, elles ont subi de violens tiraillemens ou une forte extension.

Les soldions de continuité produites par des instrumens tranchans on piquans sont toujours jointes à une contusion des parties; mais cette dernière est d’autant moins considérable que l’instrument est plus aiguisé, et que sa pointe est plus acérée. Aussi les plaies par instrumens tranchans ou piquans sont-elles compliquées de contusion lorsque les instrumens qui les produisent ne sont ni assez tranchans ni assez pointus.

234. Eu égard à la nature des parties intéressées, on devra diviser les plaies en simples et compliquées ;les premières sont celles où les parties n’ont subi d’altération que celles produite par la division, et dans lesquelles la réunion des lèvres de la plaie est la seule chose à obtenir pour avoir une guérison complète. On appelle plaies compliquées celles où une circonstance particulière, dépendante de la plaie ou d’un vice général répandu dans l’organisation, rend nécessaire un traitement autre que celui des plaies simples. Ces complications sont trèsnombreuses, et dépendent d’une foule de circonstances accessoires, telles que contusion, irrégularité de la plaie, perte de substance, hémorrhagie , présence dans la plaie de différens liquides ou de corps étrangers qui agissent mécaniquement, ou qui répandent dans l’organisme leur action délétère (plaies envenimées ). Dans le cours de leur guérison les plaies peuvent être accompagnées d’une fièvre très-intense, de symptômes nerveux, etc.

235. Par rapport à la direction et à la profondeur de la solution de continuité, on distingue des plaies longitudinales, obliques, transverses, suivanlqu’elles s’éloignent davantage de la direction de l’axe du

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corps; superficielles, profondes , pénétrantes, et enfin à lambeaux.

Si l’on tient compte des organes lésés et de la situation des solutions de continuité, on distinguera des plaies de la peau, du tissu cellulaire, des muscles, des tendons, des vaisseaux, des os, des viscères ; des plaies de la tête, du cou, de la poitrine, de l’abdomen, des extrémités, etc.

236. Les symptômes qu’on rencontre dans les plaies sont: la douleur, l’écoulement du sang, l’écartement des lèvres de la plaie, l’inflammation, la fièvre, les accidens nerveux, etc. La douleur est, dans le principe, déterminée par la lésion des nerfs, et, plus tard, par l’inflammation. Son intensité varie selon l’espèce de solution de continuité, et selon la sensibilité de la partie et du sujet affectés. L’écoulement du sang est plus ou moins considérable selon la quantité et le volume des vaisseaux divisés; en général il est plus considérable dans les plaies par instrumens tranchans que dans celles par instrumens contondans. L 'écartement des lèvres de la plaie est déjà déterminé par l’entrée de l’instrument vulnérant, ensuite par l’élasticité et la contractilité des parties, et il est d’autant plus considérable que la tension de la partie était plus grande au moment de la lésion, ou que cette partie aura été plus déchirée pendant ou après l’accident. Le fait seul de la blessure, et l’entrée de l’air dans sa profondeur, déterminent une réaction générale et un afflux de sang plus considérableàl’endroitdela blessure : de là l 'inflammation, le gonflement, la rougeur, la sécheresse de la plaie et la douleur qui subviennent. L’intensité de celte réaction dépend du degré de la blessure, de la constitution du malade et de la sensibilité des parties. Et, selon que cette réaction est plus considérable, il survient une fièvre qu’on a désignée sous le nom de fièvre traumatique ou fièvre inflammatoire secondaire.

Cette fièvre est toujours en rapport direct avec l’inflammation. Cette dernière n’atteint quelquefois que le degré de l’inflammation adhésive, et se termine, lorsque les bords de la plaie sont en contact, par la résolution et l’adhérence des parties. Lorsque au contraire elle est plus intense, ou lorsque les bords de la plaie ne peuvent pas être remis immédiatement en contact, elle passe à l’état suppuratoire, et quelquefois à la gangrène. L’inflammation peut, d’après la constitution du malade, et d’après plusieurs circonstances accessoires, prendre un caractère éréthique ou torpide. La nature de la fièvre peut aussi être très-variée.

Les accidens nerveux qui accompagnent les plaies se manifestent par une vive douleur qui n’est pas en rapport avec l’inflammation , par l’inquiétude, l’insomnie, les crampes, les élancemens, le délire, le tétanos, etc. Les causes de ces accidens sont une augmentation maladive de la sensibilité de tout le corps, ou seulement de la partie affectée, une lésion de nerfs, d’aponévroses , de tendons , la ligature d’un nerf avec une artère, l’introduction de corps étrangers dans la plaie, l’amas d’un pus de mauvaise nature, l’accès d’un air vicié et humide , le refroi

dissement, une grande perte de sang, une irritation sympathique des voies alimentaires, etc.

237. La guérison des plaies peut être obtenue de deux manières différentes:

1° Lorsque la plaie est simple, que les parties sont peu conluses, que les bords de la plaie sont maintenus dans un contact parfait, et que l’inflammation ne va pas jusqu’à la suppuration, mais qu’elle favorise seulement la sécrétion d’un liquide albumineux et lymphatique, alors l’albumine réunit les bords de la plaie , les vaisseaux se continuent d’un côté à l’autre, et la réunion a lieu. Ce modo de guérison a reçu le nom de réunion par première intention.

2° Lorsque la plaie ne se réunit pas, sa surface exhale, dans les premiers jours, un liquide rougeâtre, séreux, qui se transforme en une exsudation purulente. Il se développe, sur la surface de la plaie, un tissu cellulaire très-fin, dans lequel se continuent les vaisseaux capillaires, et qui se change en excroissances très-délicates dans le principe, et qui saignent au moindre contact. Peu à peu ces excroissances deviennent plus fermes, se rapprochent du milieu de la plaie, et par là diminuent sa surface. Les excroissances se couvrent ensuite d’une membrane très-délicate, puis il se forme une peau blanche brillante, appelée cicatrice. Cette guérison, qui s’opère par suppuration et cicatrisation, a reçu le nom de réunion par seconde intention .

llunter, Meckel (I) et plusieurs autres admettent, pour les plaies, trois espèces de réunions : réunion par première intention, réunion par adhésion, et réunion par granulations. Dans la réunion par première intention on voit, entre les bords de la solution de continuité, s’épancher du sang qui se coagule ; ses parties constituantes se divisent ; il se fixe à toute la surface de la plaie et dans son intérieur, et sert de base à la réunion qui, dès ce moment, commence à s’opérer. Le sang se sèche à la surface et forme une espèce de croûte qui recouvre la plaie. Le sang qui se trouve au-dessous de cette croûte sert à la reproduction des parties ; sa partie colorante est absorbée, et la lymphe coagulable reste seule pour furmer les organes nouveaux. Cette réunion au moyen de la lymphe coagulable s’opère sans que l’activité des vaisseaux sanguins soit élevée , et la réunion , dans ce cas , se fait seulement à l’aide du sang épanché. Si cette réunion n’a pas lieu, cela peut tenir à ce que le sang, par son contact avec l’air , a été vicié, ou du moins a perdu la faculté qu’il avait de s’organiser; alors l'inflammation se déclare; une lymphe coagulable s’épanche, soit par l’orifice à moitié fermé des vaisseaux divisés, ou bien à travers le tissu muqueux; cette lymphe se coagule, et elle est traversée çà et là par des vaisseaux nouveaux. La réunion par première intention peut avoir lieu alors même que les lèvres de la plaie ne sont point en contact immédiat à cause du sang épanché entre elles. La partie du sang qui est superflue est absorbée, et la tuméfaction diminue en raison directe de cette absorption. Les vaisseaux nouveaux , arrivant des parties voisines, traversent la lymphe épanchée et le sang qui est resté; la partie rouge de ce sang est celle qui est la dernière résorbée. Sur chacune des

(I ) Meckel, Manuel d’anatomie pathologique, vol. II, 2“ partie , pag. 47.

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lèvres d’une solution de continuité qui va se réunir par première intention se trouve une couche de lymphe plastiquent, entre ces deux couches, on rencontre une couche de sang qui est quelquefois divisée par son centre en deux portions égales par une troisième couche de lymphe. La réunion des solutions de continuité du système osseux se ferait aussi, d’après Mecliel (1), à l’aide du sang épanché dont la partie colorante est résorbée, et l’autre changée en gélatine. Cependant iïleckel ajoute : « En outre les vaisseaux eux-mêmes déposent aussi une certaine quantité de la matière qui doit former la réunion par première intention. » — Cette opinion sur ce mode de réunion ne s’accorde point avec l’expérience , qui démontre que la présence d’une couche de sang entre les bords d’une plaie empêche leur réunion immédiate, et, quoique aussi une couche mince de sang intermédiaire (ce qui arrive quelquefois) n’empêche point totalement l’adhésion d avoir lieu, la réunion ne saurait s’opérer avant que la résorption du sang ne soit complète , et qu’un épanchement de lymphe coagulable ne recouvre d’une manière uniforme la surface des lèvres de la plaie. Le sang intermédiaire aux lèvres d’une plaie ne détermine qu’une réunion apparente et de peu de durée. Il est vrai que quelquefois cette couche de sang se trouve enveloppée d’une couche de lymphe plastique qui se dépose pendant l’inflammation, et qu’il est souvent très-difficile de séparer de lui ; mais il n’en est pas moins vrai que la réunion n’a lieu que lorsque cc sang a été rejeté au dehors ou complètement absorbé. Il est hors de toute vraisemblance que , la partie colorante du sang étant absorbée, la lymphe plastique opère la réunion sans que l’activité des vaisseaux sanguins soit élevée. La lymphe qui opère la réunion n’est point seulement de la lymphe épanchée dans l’état où on la rencontre dans la circulation, mais un véritable produit del’inflammation qui accompagne, avec un certain degré d’intensité, chaque période de la réunion. Ce que nous remarquons dans les épancheinens de sang qui se font dans les cavités, et surtout dans l’abdomen, prouve suffisamment que le sang ne peut par lui-même opérer aucune réunion. 11 en est de même de la réunion dans les solutions de continuité du système osseux, qui ne peut s’opérer sans une augmentation de l’activité vasculaire, bien que Dzondi (2) ait admis le contraire.

Dans toutes les classes d’animaux la reproduction d’une partie détruite ne peut s’effectuer sans la formation d’un tissu cellulaire. Ce tissu cellulaire se reproduit également pour la réunion des solutions de continuité du tissu osseux, et c’est dans lui que se fait la déposition du phosphate calcaire. La réunion des parties non osseuses se fait uniquement à l’aide de cette trame celluleuse récente, qui prend une consistance nouvelle , et ne saurait nullement s’opérer par l’organisation des parties qui ont été séparées du reste de l’économie. — Quant à la réunion du système nerveux, les opinions sont très-variées : nous y reviendrons plus tard.

238. Pour établir le pronostic d’une plaie on doit avoir égard :

1" A sa nature. — Plus une solution de continuité est nette, plus facile et plus prompte est sa guérison ; plus les parties sont conluses, plus la blessure est grave, et la guérison lente. Les plaies par instrumens piquans ne sont pas en général plus dangereuses que celles par instrumens tranchans : cependant elles sont plus fréquemment accompa-

(1) Meckel , Manuel d’anat. pathol., vol. II, 2e part., pag. 64.

(2) Dzondi , Traité de chirurgie. § 209.

gnées de contusion, et elles pénètrent plus souvent jusqu'à des organes importans ; leur saignement est plus difficile à arrêter; et, lorsque la réunion par première intention n’a pas lieu, leur forme fistuleuse favorise la formation du pus et saslagnation. Lorsque des corps étrangers sont renfermés dans la plaie, le pronostic dépend de la facilité de leur extraction ; et, si ces matières sont délétères, de la possibilité d’annihiler leur action sur tout le reste de l’économie.

2° A l'âge et à la constitution du malade. — Chez les sujets jeunes et sains les plaies guérisent plus promptement que chez les vieillards cacochymes, et que chez les personnes affectées de syphilis, scrofules, scorbut, et chez lesquelles les plaies se réunissent rarement par première intention, et se changent le plus souvent en ulcères qui prennent le caractère de la maladie générale.

3° A l' importance de V organe blessé. — Une blessure est d’autant plus dangereuse que la partie qu’elle affecte est plus importante , et que la blessure est en elle-même plus forte : sous ce rapport on divise les plaies en absolument mortelles ( abso lut'e lethalia ), et en consécutivement mortelles ( per accidens lethalia). Dans les premières la guérison est impossible, et l’époque de la mort peut jusqu’à un certain point être déterminée. Dans les dernières la mortarrive sous l'influence des circonstances particulières, telles que la nature de l’individu, l’impéritie du chirurgien , l'imprudence du blessé , ou quelque autre maladie qui viendrait les compliquer. Cette division des plaies a trait à la chirurgie, et non à la médecine légale. C’est à celle-ci qu’il appartient de décider s’il y a infirmité durable, et quelle peut en être la nature.

4» A la structure de la partie blessée. — Dans les organes très-riches en vaisseaux sanguins l’écoulement de sang est très-abondant. Si les troncs sanguins d’un membre sont lésés , la circulation dépend , après que l’hémorrhagie est arrêtée, de la dilatation et de l’augmentation d’activité des vaisseaux du second et troisième ordre; si celledilatation n’a pas lieu , le membre est privé de sang et frappé de mort ; si les artères ne sont pas complètement ouvertes , il survient dans le plus grand nombre des cas, une dilatation anévrismale. Si les principaux troncs nerveux d’un membre sontlésés, ce dernier est paralysé et atrophié , et il est impossible de déterminer si les nerfs reprendront leur action, et quand cela pourra avoir lieu. Les lésions des nerfs , lorsque ceux-ci ne sont pas complètement divisés, occasionent ordinairement des symptômes très-graves. Les blessures des os diffèrent peu de celles des parties molles; seulement, lorsque le périoste est affecté dans une certaine étendue , et que la suppuration s’établit; elle persiste pendant longtemps , et la structure de l’os peut être sensiblement altérée. Les plaies des organes glanduleux et sécréteurs guérissent difficilement: ordinairement la suppuration s’établit, le pus est altéré par son mélange avec les liquides sécrétés. Les blessures des arliculalions , surtout de celles

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qui ont une grande étendue, sont toujours très-dangereuses.

5° Les plaies qui pénètrent dans les cavités du corps sont dangereuses à cause de l’inflammation , des collections sanguines , purulentes , et à cause de la lésion de quelques-uns des organes qui y sont renfermés.

Au reste le danger des plaies dépend souvent de la manière de vivre du blessé, de sa soumission plus ou moins grande à un régime convenable, et des phénomènes qui leur sont consécutifs.

239. Dans le traitement il faut s’efforcer , par tous les moyens possibles , d’arrêter le sang, d’éloigner les corps étrangers, et, selon le caractère de la blessure, de chercher à obtenir la réunion par première ou par seconde intention, et de prévenir les accidens consécutifs.

240. Dans l’examen de la plaie on recherche avec exactitude sa forme, sa profondeur, sa direction et la nature des parties lésées. Le moment le plus favorable à cette recherche est celui qui suit immédiatement la blessure, c’est-à-dire avant que l’inflammation s’en soit emparée ; car plus lard les tentatives seraient difficiles et douloureuses. Ces recherches sont ordinairement faciles dans les plaies produites par instrumens tranchans etcontondans , plus difficiles dans celles faites par instrumens piquans ou par armes à feu. Pour que cette recherche soit exacte il faut que le chirurgien connaisse bien les parties , la position dans laquelle était le malade lors de sa blessure, la direction qu’a pu prendre l’instrument, la force avec laquelle il a pu être dirigé, ainsi que la nature des matières qui s’écoulent par la plaie, et des symptômes qui se sont immédiatement manifestés. Si ces renseignemens ne peuvent pas être donnés, ou si on ne peut en tirer aucune conséquence, il faut, après que la plaie a été suffisamment nettoyée, l’interroger soit avec le doigt, soit avec la sonde. Lorsqu’on le peut , il faut toujours faire cette recherche avec le doigt , parce qu’alors elle est plus sûre et moins douloureuse. Les sondes dont on se sert doivent être d’argent , pourvues d’un petit renflement à leur extrémité, d’une épaisseur convenable, et d’une certaine flexibilité. Lorsque le malade a été placé dans la situation où il se trouvait au moment de la blessure , on introduit la sonde en la tenant libre entre deux doigts. Si on ne connaît pas la position où était le malade au moment de sa blessure , il faut porter la sonde dans plusieurs directions, mais toujours avec prudence.

Il De faut pas s’en laisser imposer par l’aspect qu’offre une plaie, et surtout lorsqu’elle est faite par une arme à feu : le sang répandu tout autour, la terre, les lambeaux de vêtemens qui la recouvrent , la poudre, qui quelquefois la noircit, lui donnent assez souvent un aspect hideux, et cependant la plaie peut être très-légère. Lorsque la plaie est nettoyée, on ne rencontre quelquefois qu’une légère solution de continuité , ce qui pourrait, si on se contentait de cet examen superficiel, faire augurer que la blessure est légère , bien que , dans quelques cas , elle soit extrêmement grave ; il faut donc se tenir en garde

contre ces apparences trompeuses , et n’établir son diagnostic qu’après un examen plus approfondi.

(Note du traduct.)

241 . V écoulement du sang réclame , dans foules les plaies , la plus grande attention , et le plus prompt secours lorsqu’il est considérable. Les vaisseaux qui le produisent sont ou lésés en partie ou totalement divisés. Le sang provenant d’une artère jaillit avec force lorsqu’il ne se répand point dans le tissu cellulaire. Il est rose, spumeux et rutilant. Celui qui provient des veines est' plus foncé, et sort sans aucun jet. L’écoulement qui provient d’une artère s’arrête par la compression exercée au-dessus de la blessure ; celui des veines au contraire , par la compression exercée au-dessous. Cet écoulement peut s’arrêter de lui-même ; mais quelquefois il faut avoir recours à dilférens moyens appelés hémostatiques.

242. La nature arrête quelquefoisles écoulemens sanguins, même ceux qui proviennent des vaisseaux très-considérables , et cela par les phénomènes suivons : lorsqu’uneartèrea été complètement divisée, elle se retire dans la gaine celluleuse qui l’accompagne. L’extrémité divisée est prise d’un mouvement circulaire de contraction. Silaforce de contraction n’est pas en état d’arrêter le cours du sang, ce dernier s’écoule dans le canal celluleux de l’artère, et de là au dehors. Par le retrait de l’artère le tissu cellulaire qui l’unit à sa gaine est distendu, et devient irrégulier à la surface interne de celte gaine. Le sang s’amasse dans des inégalités , s’y coagule et oblitère peu à peu l’ouverture du canal. L’entrée de l’air dans la plaie , et la diminution de force qu’éprouve le sang par les pertes qu’il fait, semblent encore favoriser eette coagulation. Le sang se précipite dans le canal de l’artère depuis l’endroit de sa division jusqu’à la première branche collatérale , y forme un caillot qui, sans oblitérer totalement son cylindre , en ferme la sortie. D’un autre côté , l’extrémité divisée de l’artère exsude une lymphe plastique qui s'interpose entre le caillot interne et le caillot externe, et ferme le vaisseau d’une manière tout-à-fait solide. En même temps l’extrémité de l’artère s’unit avec les parties voisines au moyen de lymphe exsudée , ce qui l'affermit contre le choc du sang. La partie de l’artère qui se trouve entre le point de division et la première collatérale se convertit peu à peu en un appareil ligamenteux , et son canal s’oblitère; le sang coagulé se résorbe ; peu à peu la lymphe répandue dans le tissu cellulaire adjacent disparait, et les parties reprennent leur nature celluleuse. Le même phénomène a lieu pour toutes les artères, quelle que soit leur distance du cœur.

Jones, Des moyens que la nature emploie pour arrêter les hémorrhagies , etc.

T. Ebel, De Naturâ médicatrice sicubu arleriæ vulneratæ et ligatæ fuerint. Giesæ, 182G.

Telle est l’explication la plus naturelle de ces phénomènes par lesquels la nature a soin d’arrêter un écoulement sanguin. Tous ceux qui , avant nous, ont écrit sur ce sujet n’ont fixé l’attention que sur t’un ou l’autre de ces

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phénomènes. — Ainsi Petit (1) croyait que le caillot se fermait en partie à l’extérieur, en partie à l’intérieur (le l’artère , et se réunissait ensuite aux parois du vaisseau , au bord de la plaie et aux parties environnantes. — Morand (2) prétendait que le coagulum servait beaucoup à arrêter l'hémorrhagie ; cependant il croyait que la contraction circulaire de l’artère par laquelle son orifice était v étréci , que son retrait et que l'épaississement de ses fibres longitudinales, qui en était la suite , y prenait la plus grande part. — Plusieurs autres, tels que Sharp , Gooch, Kirkland, etc., ont partagé cette opinion. — Pouteau (3) niait l’action du caillot et le retrait des vaisseaux ; il pensait seulement que le gonflement de la membrane celluleuse et des parties environnantes de l’artère lésée opposait le plus grand obstacle à l’écoulement du sang. — Telle est aussi l’opinion de J. Bell (4).

243. L’hémorrhagie qui suit la lésion partielle d’une artère , surtout quand celte lésion a lieu par contusion, s’arrêlo rarement par les seuls efforts de la nature. Les déchirures complètes des vaisseaux sont rarement suivies d’une grande perte de sang. Leur surface interne est déchirée, contractée en plusieurs sens , et arrête le sang coagulé. Dans les plaies par instrumens piquans le sang s’élance rarement par jets de l’ouverture de l’artère ; mais il se verse entre l’artère et sa gaine, se coagule, et ferme l’ouverture faite par l’instrument. Celte oblitération exige un temps plus ou moins long; mais le caillot se sépare lorsque l’artère ne se ferme pas sous l’influence de l’inflammation adhésive, ou que l’oblitération du canal artériel n’empêclie pas l’accès du sang qui sort de la plaie faite à l’artère , et qui se répand dans sa gaine. Il la distend , forme une tumeur circonscrite qui s’agrandit peu à peu, et qui offre des pulsations isochrones aux mouvemens du cœur. Lorsque l’on comprime l’artère entre le cœur et la blessure, ces battemens cessent, et la tumeur diminue, disparaît même complètement. Cette tumeur a reçu le nom d’anévrisme faux circonscrite ou consécutif. Lorsque le sang ne s’écoule point par l’ouverture de la plaie , et qu’il s’extravase dans le tissu cellulaire , tout le membre gonflé considérablement, et la tumeur est appelée anévrisme faux diffus ou primitif.

244. Dans les plaies peu considérables des artères , et surtout dans les plaies longitudinales , l’expérience prouve la possibilité où sont les bords de la plaie de se réunir sous l’influence seule de l’inflammation adhésive, au point que, quelque temps après la blessure , les recherches les plus attentives ne sauraient faire trouver aucune trace de cicatrice tant à la face interne qu’à la face externe de l'artère. Dans toutes les lésions considérables de ces vaisseaux au contraire le canal en est fermé par l’exsudation d’une lymphe coagulable.

Win ter, Siebold’s C-hiron , vol. I , pag. 366.

Walther, idem. vol. lit, pag. 83.

(1) Mémoires de l’académie des sciences, 1731 —

(2) Idem, 1736, pag. 58.

(3) Mélanges de chirurgie. Lyon, 1760, pag. 299.

(4) P lincipirs of Stirgery , vol. 1 ,png. 179.

Textor, Nouveau Cbiron , vol. I , rah. 3, pag. 423.

Winter, Besehreibnng der Schagader-Yerletzung, etc. Sulzbach , 1825.

Cependant les expériences de Saviard (1), Petit ( 2), Foubert (3) et Scarpa (4) montrent que, lorsque la guérison d’une plaie d’artère se fait avec conservation du canal artériel , il n’y a pas toujours cicatrice , mais qu’une espèce de bouchon formé par une masse plastique adhère fortement aux parois de l’artère au devant de la plaie, et empêche ainsi le sang de sortir.

245. Les moyens par lesquels nous pouvons arrêter les hémorrhagies sont : la compression , la ligature, la torsion, la cautérisation , l’emploi des styptiques ou des astringens.

246. La compression des artères est directe ou indirecte. Indirecte, lorsque, avec les doigts , le tourniquet ou tout autre appareil , on comprime l’artère entre le cœur et la partie lésée. Par cette compression on se met souvent à l’abri d hémorrhagies ; dans les opérations chirurgicales , par exemple, on ne l’emploie ordinairement que jusqu’à ce qu’un moyen hémostatique plus sur puisse être appliqué ; et encore cette compression , déterminant la constriction du membre , ne peut être long-temps supportée.

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