X. Fractures de l’humérus
592. La fracture de l’humérus peut affecter son col ou son corps.
593. La fracture du col de l'humérus estcelle qui a lieu près des tubérosités de cet os, sur ces tubérosités mêmes ou au-dessus, partie que l’on est convenu d’appeler col de l'humérus. Dans le premiercas le fragment supérieur esl enlraîné en haut elen dehors parl’aclion des musclessus et sous-épineux, taudis que les muscles grand dorsal , grand pectoral et grand rondallirenten basle fragmentinl'érieur.Dans le second cas il ne se fait aucun déplacement, parce que le foyer de la fracture esl régulièrement entouré d’inserlions musculeuses. Dans le troisième cas le fragment inférieur se place en dedans.
594. Le diagnostic de cette fracture est souvent très-difficile, surtout lorsque déjà la tuméfaction s’est développée. Le malade éprouve une vive douleur au moment de l’action de la force déterminante ; le plus souvent il sent un craquement, et il lui est impossible de mouvoir le bras. Au-dessous de l’acromion on remarque une légère dépression ; mais l’épaule n’a point perdu sa forme normale. On peut faire mouvoir le membre dans toutes les directions , quoique cependant ces mouvemens ne puissent s’exéculer sans douleurs. Si on place une main sur l’épaule , et si , avec l’aulre , on saisit l’exlrémilc inférieure de l’humérus en lui imprimant des mouvemens de rolalion , on sent habituellement de la crépitation , et les mouvemens de la tète de l’humérus sont à peine sensibles. Lorsque le fragment inférieures! déplacé en dedans, on trouve une saillie irrégulière dans le creux de l’aisselle.
Celle fraclure est ordinairement le résullat d’une force considérable qui a agi immédiatement sur l’épaule. Aussi est-elle souvenlcompliquécde beaucoup de contusion el d’une vive inflammation.
DES FRACTURES
Assez rarement elle est la suite d’une chute sur le coude ou sur la main , le bras étant éloigné du corps. On la rencontre le plus ordinairement chez l’enfant et chez le vieillard, rarement chez l’adulte.
595. On opère la réduction en faisant fixer l’épaule par un aide, qui la saisit à deux mains; l’opérateur saisit d'une main l’avant-bras, au dessus de l’articulation carpi-radiale, tandis que, deson autremain,il appuie sur la partie supérieure de l'avant-bras. On enveloppe le bras d’une bande mouillée; on fait quelques tours de bande autour de l’épaule saine , et on donne à tenir la bande à un aide ; puis on applique une attelle étroite, qui s’étend du pli du coude à l’acromion , une seconde du condyle externe au même niveau, une troisième de l’olécrâne au bord de l’aisselle , et une quatrième du condyle interne au sommetde l’aisselle; on les assujettit avec la bande que l’on avait donnée à tenir à l'aide. Entre le bras et la poitrine on place un coussin , comme pour la fracture de la clavicule , en dirigeant la partie la plus épaisse en haut; on fixe le bras par des tours de bande qui embrassent le bras malade et la poitrine; quelques-uns d’entre eux passant au-dessous du coude , et ramenés sur l’épaule saine , serventà soulever le bras. On met l’avant-bras dans une écharpe.
Cet appareil doit être souvent renouvelé , parce qu'il se dérange facilement ; il comprime le thorax, et n’est point applicable chez certaines femmes. Pour cela , et parce que d’ailleurs on n’a presque aucune action sur le fragment supérieur , RicnErand (pag. 143) trouve plus convenable de fixer le bras malade le long du thorax, de fléchir l’avantbras de manière à ce que la main repose sur l’épaule du côté sain, et d’assujettir le bras dans celte position à l’aide d’un bandage circulaire, dont l’action principale est de soulever le coude. — Par ce moyen le fragment inférieur est rapproché du supérieur, et le thorax remplit les fonctions d’attelle. On doit toujours porter toute son attention sur les accidens inflammatoires que détermine la contusion.
596. Parmi les fractures du corps de l'humérus on distingue celles qui affectent cet os au-dessus de l’insertion du deltoïde, celles de la partie moyenne, et celles de son extrémité inférieure. Dans les premières le fragment supérieur est toujours déplacé en dedans, l’inférieur en dehors. Dans les secondes le fragment supérieur est porté en dehors, l'inférieur en dedans , et en même temps en haut si la fracture est oblique; dans les autres, lorsque la fracture a son siège à l’endroit de l’humérus qui se trouve enveloppé par le triceps et le brachial , le déplacement peut avoir lieu dans toutes les directions ; dans la fracture près de l’articulation le déplacement ne peut avoir lieu qu’en avant et en arrière.
Le diagnostic de ces fractures est ordinairement facile. Lorsqu’elles affectent l’extrémité inférieure, on pourrait les confondre avec les luxations du coude; cependant le chirurgien pourra éviter celte
erreur en remarquant que , dans le cas de fracture , le bras est mobile dans toutes les directions , que l’extension fait disparaître la difformité , mais que cette dernière reparaît dès qu’on abandonne le bras à lui-même. Cette fracture est beaucoup plus fréquente chez les enfans que chez les adultes.
597. En général la fracture de l’humérus n’est point une affection grave ; cependant elle donne lieu quelquefois à de fausses articulations, ce qui a lieu plus souvent dans la fracture du milieu de l’os que dans celles de ses extrémités. Quelquefois aussi il reste de la raideur à l’articulation du coude, dans les fractures de l’extrémité inférieure.
598. La réduction s’opère de la même manière que pour la fracture du col (§ 595); il suffit toujours d’une faible extension. Après avoir fléchi l’avant-bras à angle obtus, on l’enveloppe, ainsi que le bras, d’une bandage roulé; au niveau delà fracture on fait toujours trois ou quatre tours les uns sur les autres, puis on applique quatre attelles étroites autour du membre , et on les fixe à l’aide de la même bande. L’avant-bras est maintenu fléchi et soulevé par une seconde bande ; quelques tours circulaires embrassant le bras et la poitrine servent à fixer tout l’appareil. Si l’un des fragmens avait de la tendance à se porter soit en dedans , soit en dehors, on appliquerait un coussin conique dont la base serait dirigée soit en bas, soit en haut. Le traitement de la fracture qui affecte l'extrémité inférieure est le suivant : on fléchit l’avant-bras , on l’enveloppe, ainsi que l’humérus, d’un bandage roulé , et on applique, sur toute la longueur de l’avant-bras et du bras, du côté de la flexion et de l’extension, deux attelles de carton, que l’on fixe à l’aide d’une seconde bande. L’avant-bras doit être également assujetti par quelques tours de bande, qui passent sur l’épaule. — L’appareil doit être renouvelé aussi souvent que son déplacement l’exige, et le malade soumis à un traitement antiphlogistique en rapport avec les accidens inflammatoires. — Vers le quarantième jour la consolidation est complète.
599. Une complication des plus funestes de la fracture de l’extrémité inférieure de l’humérus c’est la séparation des condyles. Les deux condyles peuvent être séparés par une fracture longitudinale, ou l’un d’entre eux peut être seul détaché par une fracture oblique. Dans le premier cas la difformité du membre est très-grande; l’avant-bras se trouve le plus souvent dans la pronalion ; la mobilité des deux condyles est grande, et la crépitation trèssensible. Dans le second cas cette mobilité et cette crépitation ne se font sentir qu’au niveau d un seul condyle.
Dans la fracture du condyle externe la crépitation est surtout très-apparente dans la rotation de la main et du radius. Lorsque le fragment est un peu long , il sc porte en arrière , et entraîne avec lui le radius dans cette direction. — Dans la fracture du condyle interne le cubitus a perdu son point d’appui , et il est déjeté en arrière. Lorsque l’avanl-bras est étendu , la main est portée dans la rotation en de-