PLAIES NON PÉNÉTRANTES
Étiologie. — Mécanisme. — Les agents qui produisent les plaies non pénétrantes sont très variés, et nous retrouvons la vieille et fastidieuse énumération des instruments tranchants, piquants et contondants : les couteaux, les rasoirs, les sabres, les morceaux de verre, etc., les épées, les poignards, les lances, baïonnettes, aiguilles, fleurets démouchetés, etc. Ces agents produisent des coupures ou des piqûres, à bords nettement tranchés; ce caractère distingue, jusqu'à un certain point, les plaies de cette catégorie des plaies résultant d'agents contondants : projectiles de tout genre, balles, éclats d'obus, etc., qui meurtrissent les tissus.
La distinction n'a cependant rien d'absolu, car on observe souvent des cas intermédiaires, où le mécanisme tient à la fois de la 'piqûre, de la coupure et de la contusion. En effet, certaines plaies par instruments tranchants sont confuses, par exemple celles qui résultent d'un coup de scie ou d'une morsure de cheval sectionnant les tissus par écrasement et par arrachement. De même, les blessures produites par certains instruments piquants, à pointe irrégulière ou émoussée, et à volume croissant, comme les échalas pointus, la corne d'un bœuf, la dent d'une fourche. Il en est encore ainsi dans les déchirures produites par des clous, des crochets de fer. Dans quelques cas, l'arrachement est le mécanisme prédominant, par exemple lorsque le corps est entraîné pendant qu'une portion de la paroi abdominale est accrochée. Poland a rapporté l'histoire d'un homme de trente-huit ans qui fut traîné entre sa voiture cl le rebord saillant d'une devanture de boucher; il y eut une déchirure de toutes les couches de la paroi abdominale, depuis l'épine iliaque jusqu'au pubis; le péritoine était à nu et soulevé par les anses intestinales.
TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2e édil. — VI. 28
[AD. JALAGUIER
PLAIES DE L'ABDOMEN
Anatomie pathologique. — Quels qu'en soient le mécanisme et la cause, les plaies de la paroi abdominale peuvent être :
a. Superficielles, si la lésion ne dépasse pas la peau et le tissu cellulaire souscutané ;
b. Profondes, si les muscles et les aponévroses sont intéressés. Quelquefois, le péritoine est mis à nu dans une certaine étendue, comme
dans le cas de Poland que je viens de signaler, et comme dans l'observation célèbre de Larrey. Il s'agissait d'un soldat de vingt-deux ans, blessé devant Mayence; un boulet avait déchiré la paroi abdominale, jusqu'au péritoine exclusivement, sur une surface de G à 7 pouces; au-dessous de la lamelle péritonéale, on distinguait les anses intestinales distendues par des gaz; le blessé guérit. Gnthrie a vu un fait analogue : une balle de mousquet avait produit une plaie de 10 centimètres, divisant les muscles et découvrant le péritoine. Ce blessé guérit également.
De même que la profondeur, la forme et la largeur de la plaie varient suivant la nature et la forme de l'agent vulnérant et suivant son mode d'application. La plaie est nettement coupée, si elle résulte de l'action d'un instrument tranchant; ses bords sont, au contraire, irréguliers, mâchés, déchiquetés, s'il y a eu contusion, écrasement ou arrachement; en outre, il n'y a plus ici simple solution de continuité, car l'un des premiers effets d'un corps contondant faisant plaie, est de produire aux alentours un épanchement sanguin, en nappe ou circonscrit. C'est aussi dans ces plaies contuses, qu'on peut observer des décollements plus ou moins étendus, des lambeaux et même des pertes de substance, ou bien encore des attritions assez intenses pour que le sphacèle soit inévitable.
Certaines plaies produites par corps pointus ou par projectiles arrondis ont un véritable trajet; tantôt, il n'y a qu'un orifice et la plaie se termine en cul-desac après un parcours direct ou oblique entre les diverses couches de la paroi abdominale; tantôt, il existe un orifice d'entrée et un orifice de sortie réunis par un tunnel, c'est la plaie en séton. Ce trajet n'est pas nécessairement rectiligne, lorsqu'il est produit par une balle : Morris (') a enlevé, à côté de l'apophyse épineuse de la 10e vertèbre dorsale, une balle entrée au niveau de la pointe de la 10e côte. Ce trajet intra-pariétal est parfois très long, notamment dans les plaies par empalement : l'échalas passe en avant du pubis ou dans le pli de l'aine et peut remonter, sous la peau ou dans l'épaisseur des muscles, jusqu'au niveau du thorax (Galbrunner (*), Madelung (3)).
Les plaies de la paroi abdominale, et, de préférence, les plaies contuses, se compliquent souvent de la présence de corps étrangers : projectile arrêté dans les tissus, fragments de vêtements ou d'objets d'équipement, sable, terre, etc.
Symptomatologie . — Je n'ai rien de bien spécial à signaler, à propos de plaies des parois abdominales. J'ai déjà parlé des phénomènes de stupeur et de collapsus apparaissant à la suite des contusions; on les rencontre aussi dans les cas de plaies, surtout de plaies contuses.
La douleur occasionnée par la plaie, piqûre ou coupure, est quelquefois
(4) Morris, Encyclop. inlern. de ehir., t. V, p. 252.
(') Galbrunner, Arch. de méd., \" série 1829, t. XIX, p. 114.
(3) Madelung, Deutsche med. Woeh., 2 nvier 1890, n° 1, p. 51.