‹ Traité de chirurgie [electronic resource] (volume 3)Chapitre 128 sur 161 · CANCER · texte numérisé non relu

CANCER

On trouve sur le scrotum toutes les variétés de tumeurs malignes : le sarcome d'origine traumatique que Nepveu a observé chez un sabotier de quarante-cinq ans : les masses de cellules fusiformes n'avaient aucun rapport avec la vaginale et furent retranchées avec succès; le carcinome proprement dit, dont Curling donne un exemple d'après Paget; le carcinome mélanique, dont le même Curling et Rouge de Lausanne fournissent un cas chacun; le premier débute en 18-42, on l'enlève; il récidive en 1845; en 1844, les ganglions inguinaux s'engorgent et le malade ne meurt qu'en décembre 1848, « épuisé par les hémorragies répétées que fournissait une ulcération du rectum » ; celui de Rouge avait une marche aussi lente; l'horloger sur lequel il apparut avait remarqué, trois ans auparavant, une tache noire étalée sur la moitié droite du scrotum; elle avait le diamètre d'une pièce de 2 francs, et les ganglions inguinaux à droite et à gauche étaient engorgés lorsqu'on pratiqua l'extirpation ; au bout d'un an, on ne constatait pas encore de récidive : ce n'est point ici l'allure des cancers mélaniques. On trouve enfin le cancroïde, fréquent en certains pays et dans certaines professions.

L'histoire du cancroïde des bourses a été édifiée en Angleterre, et les descriptions de nos classiques sont un résumé des recherches de Percival Pott qui, en 1775, décrivit le premier cette affection sous le nom de cancer des ramoneurs, et de celles d'A. Cooper et de Curling, dont on a recopié sans relâche les observations. Il serait difficile de s'en affranchir, car chez nous ces cas font défaut. La maladie se développe presque exclusivement sur les ramoneurs et l'on ne peut qu'incriminer le contact de la suie sur le scrotum; l'irritation incessante suffirait pour provoquer l'apparition du mal, du moins chez les prédisposés. Earle a vu le cancroïde se développer sur le dos de la main d'un jardinier qui avait l'habitude de jeter de la suie autour des jeunes plantes pour les préserver des limaçons. Le mal est parfois héréditaire dans la carrière, et le même Earle « a enlevé le testicule et les téguments sur un ramoneur de trente-cinq ans, dont le grand-père, le père et un des frères étaient morts de cette affection. Un père et son fils se sont trouvés ensemble à l'hôpital pour la même maladie ». Quitter le métier ne suffit pas toujours pour échapper au cancroïde : « On a connu des individus qui, après avoir été ramoneurs dans leur enfance et avoir cessé de l'être, ont eu plus tard leur cancer, bien qu'ils eussent été pendant longtemps soustraits à tout contact avec la suie. Un matelot fut admis à l'hôpital pour un cancer des ramoneurs; or cet homme avait été ramoneur dans son enfance, mais, depuis vingt-deux ans qu'il servait sur mer, il n'avait jamais touché la suie et le mal datait de trois années. »

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