ORCH1TES INFECTIEUSES ET DIATIIÉSIQUES
Leur nombre est grand et s'accroîtra peut-être encore. En tout cas, nous devons étudier l'orchite ourlienne, l'orchite amygdalienne, l'orchite varioleuse, l'orchite scaodatineuse, l'orchite typhoïdiqite, l'orchite grippale: puis, dans un ordre d'idées différent, l'orchite paludéenne — l'orchite de Guyane; enfin l'orchite rhumatismale et l'orchite goutteuse.
a. ORCHITE OURLIENNE
C'est la variété la plus anciennement connue. Hippocrate la signale déjà. Dans l'île de Thasos « il survint des tumeurs aux oreilles » ; puis « chez les uns immédiatement, chez les autres après quelque temps, des phlegmasies douloureuses aux testicules ». Cette mention fut exhumée au xvme siècle. En 1761, Hamilton observe l'atrophie consécutive; Murât, Frank, au commencement de ce siècle, en citent des exemples; puis vient le mémoire de Grisolle, auquel on a peu ajouté. En 1876, Malassez et nous, donnions pour la première fois une description macroscopique et microscopique de la glande atrophiée.
L'orchite n'est pas la conséquence fatale de la fièvre ourlienne. Laveran (') a dressé quelques tableaux et nous en trouvons de nouveaux dans un article de Tédenat (-). La statistique de Laveran donne 211 orchites sur 699 cas d'oreillons; et celle de Bich 254 sur 862. On voit par le détail* des tableaux que « le germe épidémique » joue un rôle, puisque dans l'épidémie de l'Ardent, nous trouvons 12 cas d'orchite sur 12 cas d'oreillons, et 27 sur 27 clans la relation de Dogny, tandis que dans les épidémies d'Albi, de Bayonne et de Melun, nous n'en rencontrons plus que 52, 26 et 7 sur 118, 105 et 56 fièvres ourliennes. En thèse générale, Vedrènes conclut h 56 pour 100 d'orchites dans les épidémies d'oreillons chez les militaires. L'âge n'est pas indifférent : Tédenat montre que, dans sa pratique, sur 15 enfants atteints d'oreillons, aucun n'eut d'orchite, tandis que, chez les adultes, il a constaté cette complication 26 fois sur i7 cas: Grisolle et Gintrac arrivent aux mêmes conclusions. Cette inflammation ne trouverait pas, dans le testicule stérile de l'enfance, un sol propre à son déve-
(') Laveran, art. Oreillons du Dicl. encycl. des sciences méd.
(-) Tédenat, Contribution à l'étude de l'orchite ourlienne. Montpellier médical, '2*- série, septembre 1 8X5, p, 182.
[P. RECLUS
AFFECTIONS DU TESTICULE ET DE L'ÉPIDIDYME
loppement. L'orchite est le plus souvent unilatérale et, dans 7 cas seulement des 25 de Tédenat, elle affecte les deux côtés.
S'il y a des oreillons sans orchite, il peut y avoir des orchites sans oreillons, et la « fièvre ourlienne » se localiserait dans le testicule en épargnant la parotide; tous les auteurs en citent des exemples : Rességuier 1, Boyer 5, Vidal 5, Sorel 5, Kocher 4 et Tédenat 4. Déjà Monin, dans sa thèse de 1875, avait pu en réunir 57 exemples. Le fait serait fréquent, d'après Heller, puisque, dans une épidémie observée à Dantzig en 187(3, la parotidite aurait manqué 19 fois sur 29 cas d'orchite ourlienne. Mais l'époque de l'invasion testiculaire pourrait induire en erreur; d'abord l'orchite précède parfois la parotidite : Lynch en a vu plusieurs exemples; Boyer en relève 7, Tédenat 5, et Roque signale « une épidémie dans laquelle l'orchite précédait généralement la parotidite ». D'autre pari, l'orchite peut être tardive, et Grivet (') relate deux faits où la glande spermatique fut envahie dix jours et trois semaines après la tuméfaction de la glande salivaire. Le délai ordinaire est de trois à cinq jours.
La fièvre ourlienne est une infection générale à localisation multiple; elle frappe aussi bien l'ovaire et la mamelle que le testicule; le fait est plus rare, voilà tout ; et si la parotide est. d'habitude la première et la seule glande salivaire atteinte, on signale aussi des oreillons sous-maxillaires et sublinguaux. Tédenat insiste sur la coexistence d'une stomatite et d'une uréthrite; du moins, dans les cas d'oreillons salivaires et d'orchite, l'inflammation glandulaire ne serait jamais primitive; d'après lui. tous ses malades ont eu, avant le gonflement des testicules, de la cuisson au méat et de fréquents besoins d'uriner. « Dans 4 cas, chez des sujets n'ayant jamais eu d'uréthrite et n'ayant pas pratiqué le coït depuis trois jours au moins, j'ai vu le méat rouge, et il m'a élé possible, avec l'explorateur à boule, de ramener un peu de muco-pus. » Cette uréthrite ourlienne, niée par Laveran, a élé observée par Belloir, Graves, Slievenard, Barthès et Sauné; elle atteindrait en quelques heures les parties profondes du canal; elle resterait limitée à la couche épithéliale de la muqueuse, et retentirait à peine sur le tube épididymaire, tandis qu'elle provoquerait des altérations plus profondes des canalicules séminifères. Le microorganisme des oreillons pénétrerait la glande spermalique par voie sanguine et provoquerait l'inflammation. Eraud et Hugonencq pensent au contraire qu'il faut incriminer leur orchiocoque assez semblable au diplocoque trouvé par Laveran et Catrin.
L'inflammation n'envahit guère que le testicule proprement dit. Tous les auteurs sont d'accord, et Kocher, sur 1 1 cas observés en 1871, a vu l'épididyme toujours respecté et la vaginale sans épanchement. On signale pourtant quelques exceptions : dans 2 observations, Tédenat a constaté que « l'épididymile prédominait sur la testite », et Sorel, Comby et Catrin pensent que l'épididyme est presque aussi souvent atteint que dans la variété blennorragiquc. Dans quelques cas, l'épididyme serait seul frappé : Baum, Pifha, Jacob, Carpentier en ont publié des exemples. Boyer, de Montpellier, en a cité un où l'inflammation n'aurait porté que sur la vaginale et sur le sac scrotal. Mais comme il note l'atrophie du testicule, la glande avait été atteinte d'orchite ourlienne, à l'insu du clinicien. Il nous donne des observations, et Billiet en a publié deux où le cordon était enflammé; Gosselin en a vu une où une prostatile coïncidait avec
(') Grivet, Deux cas d'orchite ourlienne tardive. Archives de méd. et de pharm. militaires, mai 1889, p. 565.
ORCHITE OURLIEXXE.
Fie. 267. — Testicule ourlien atrophié. L'épididyme conserve à peu prés son volume normal. (Reclus.)
l'ôrchite, Rouges un autre où il y eut hydrocèle et abcès des bourses. Quant à l'atrophie, elle est devenue, d'après les relevés de Laveran, 105 fois sur 1(<3 cas d'orchite; Vedrènes donne une proportion générale de 61 pour 100. , L'atrophie a une marche assez, mal connue : les douleurs, le gonflement ont disparu: le médecin abandonne son malade, et au bout d'un, deux, trois, cinq mois, une circonstance quelconque fait découvrir la diminution du testicule. Tantôt il ne reste dans les bourses qu'un petit noyau, qui donne la sensation « d'une coque vide »; le volume d'une fève est celui qu'indiquent un grand nombre d'observations; si l'affection est bilatérale, le liquide éjaculé ne contient pas d'animalcules. Tédenat raconte l'histoire d'un sien ami, « médecin distingué de la région rhodanienne, chez qui un coup de pied détermina une orchite atrophique. Trois ans après, une orchite ourlienne s'empare du testicule sain; le sperme ne contient pas de spermatozoïdes; le coït est pourtant aussi facile et agréable qu'avant le malheureux accident ». Dans ce cas, l'atrophie fut persistante. « Il est possible, ajoute Tédenat, que plus d'une glande atrophiée puisse au bout de quelques mois se refaire et retrouver sa fonction. » Ainsi soit-il, mais qui a vu au microscope les
lésions d'un pareil testicule ne peut conserver pareille espérance. On cite des cas où cette lésion a provoqué non seulement l'infécondité, mais l'impuissance, et chez des individus jeunes, le féminisme.
Nous avons ('), en 1X71), étudié avec Malassez les désordres tardifs de la glande spermatique : le testicule est mou et flasque ; l'albuginée est trop large pour son contenu ; sur une coupe, on n'aperçoit plus de lobules séparés par les travées fibreuses; la substance glandulaire anémiée, sans vaisseaux apparents, opaline, d'un blanc laiteux; la surface de section en est uniforme, et les tubes séminifères ne s'y dessinent que vaguement. Lorsqu'on les pince, ils sont si grêles qu'ils ne lardent pas à se rompre. Au microscope, le tissu intercanaliculaire ne semble que peu modifié, et, dans les cas examinés par Malassez, les cellules conjonctives étaient à la fois plus jeunes et plus nombreuses,
Fig,
268. — La glande de la figure précédente coupe anléro-postérieure. (Reclus.)
(') Paul Reclus, Orchites chroniques. Thèse de doct. de Paris, 1876, p. 27.
[P. RECLUS
AFFECTIONS DU TESTICULE ET DE L'ÉPIDIDYME
mais l'espace qui sépare les tubes est le môme qu'à l'état normal. Il n'en serait pas toujours ainsi, et Kocher et Tédenat ont trouvé quelques foyers d'inflammation interstitielle; mais dans leurs cas comme dans les nôtres les lésions
principales existent au niveau des tubes diminués de volume, à paroi externe intacte, à paroi interne hypertrophiée et remplissant la lumière des canalicules par de véritables circom^olutions. L'épithélium a disparu et les tubes séminifères sont, en définitive, remplacés par des cordons pleins.
Les symptômes n'ont rien de particulier : cependant la tuméfaction du testicule s'accompagne parfois d'une fièvre intense; la température monte à 59 ou 40 degrés; le délire éclate; le coma, un état typhoïde, inspirent les plus grandes craintes ; ces accidents s'apaisent en vingtquatre heures, et la tuméfaction évolue dès lors paisiblement; souvent l'orchite apparaît sans cet appareil menaçant et, tandis que cède la tuméfaction parotidienne, la fluxion testiculaire se montre : la glande est volumineuse, dure, douloureuse; le scrotum est quelquefois œdémateux. Cet état persiste deux ou trois jours et les parties tendent à reprendre leur aspect normal : c'est du moins la terminaison habituelle, et l'on ne cite guère que les cas de Bourges où l'on vit se former un abcès des enveloppes, celui de Boyer où l'épididyme suppura, et celui de Bavaton où il y eut une mortification des bourses.
b. ORCHITE AMYGDALIENNE
Dès 1857, Verneuil avait vu les relations qui unissent à certaines orchites les affections de l'arrière-bouche, et, pour montrer leur analogie avec les orchites ourliennes, il les rangea parmi les inflammations « métastatiques ». Plus tard, Bouchard, Landouzy et Siredey ont décrit la fièvre amygdalienne d'origine infectieuse qui peut retentir sur l'ovaire et le testicule. Joal (') a mis en œuvre les documents de ces maîtres et a donné à l'inflammation de la glande le nom d'orchite amygdalienne qui, d'après Monod et Terrillon, pourrait être quelquefois confondue avec l'orchite ourlienne.
Les faits en sont rares. Le testicule, l'épididyme, la vaginale seraient atteints séparément ou simultanément par l'inflammation, qui frapperait surtout les jeunes, de douze à dix-huit ans. Une seule glande est prise ; elle est indurée, volumineuse, coiffée d'un épididyme engorgé ; une certaine quantité de liquide distend la séreuse ; mais ces accidents, peu graves, — ce qui explique pourquoi nombre de ces orchites sont inaperçues, — disparaissent au bout de quelques jours. Joal cite un cas où une collection purulente s'amassa dans la glande, Verneuil un autre où l'organe fut atrophié.