KYSTES SPERMATIQUES
rition chez les vieillards à l'époque où commencent les dégénérescences séniles, leur existence au milieu d'un tissu sclérosé. Les restes du corps de Wolff n'ont plus aucun rôle à jouer dans les petits kystes. Tout au plus l'hydatide sessile et le vas aberrans de Haller subissent- ils, eux aussi, le même travail de sclérose; ils deviennent kystiques par desquamation de la couche épithéliale, accumulation des débris cellulaires, exsudation d'un liquide albumineux et colloïde. Mais la question reste, de savoir si les kystes sclérosiques sont toujours lenticulaires, comme l'affirme Gosselin, ou si, comme le pense Kocher, ils peuvent grandir et ne sont qu'un premier degré des grands kystes séreux ou spermatiques.
Voici que, dans un travail récent, Poirier divise ces kystes en deux variétés : les kystes de régression d'Arthaud et Monod, placés sur la face convexe de la tête de l'épididyme, puis les kystes séreux qui ne sont pas plus fréquents chez les vieillards que chez les adultes; ils siègent dans la séreuse et le tissu sousséreux et abondent aux points de soudure de l'épididyme avec le testicule.
Cette soudure est tardive : « elle se fait par de fortes adhérences qui s'avancent assez loin sur la surface de l'organe et
cloisonnent l'espace compris autrefois entre la glande et son conduit, enfermant ainsi de larges surfaces séreuses », origine de ces kystes particuliers; ils sont tapissés, non par un épithélium vibralile, mais par des cellules pavimenleuses. D'après Poirier, ces kystes peuvent grandir et seraient l'origine des kystes spermatiques.
Fig. 285. — Kystes épididymaires dus à la coalescence de la séreuse de l'épididyme avec celle du testicule. (Paul Poirier.)
b. — KYSTES SPERMATIQUES
On nomme kystes spermatiques des tumeurs des bourses renfermant un liquide opalin où nagent des spermatozoïdes.
Historique. — Brodic en fait mention, mais ses recherches restent sans écho. Velpeau, en 1844, prétend avoir constaté, dès 1840, la présence des spermatozoïdes dans une tumeur des bourses, comme en témoigne, dit-il, la thèse de Letellier. Si l'on se reporte à ce travail, on constate qu'il s'agissait d'une orchite traitée par des ponctions multiples; la pointe de la lancette ouvrit les voies spermatiques dont les animalcules furent retrouvés dans les gouttes de sang échappées des mouchetures. Il peut d'autant moins revendiquer une part dans la découverte de ces tumeurs que, un an après les recherches des Anglais, il se demande si les éléments en suspension, « ne sont pas des monades ou autres corpuscules des liquides animaux ».
[P RECLUS
CORDON SPERMATIQUE ET VÉSICULES SÉMINALES
Liston, le 25 mai 1845, signale les kystes spermatiques dont il avait recueilli 2 observations. Vingt et un jours plus tard, le 15 juin, Lloyd en publie un fait. Le 25 juin 1844, James. Paget disséqua une pièce où, parmi plusieurs kystes, on en trouve un dont le liquide blanchâtre est rempli de spermatozoïdes. En 1848, Gosselin décrit les grands et les petits kystes. Quekett et Curling proposent une théorie pathogénique nouvelle. Sédillot, en 1859, adressa à l'Académie des sciences une note sur « l'hydrocèle spermatique ». On confond encore les kystes spermatiques avec les kydrocèles chyleuses, et la communication de Sédillot soulève une discussion où Vidal de Cassis et Grassi doivent se défendre d'avoir pris des spermatozoïdes pour des globules de graisse. La thèse de Marcé, en 1856, résume les travaux antérieurs. Verneuil, l'année suivante, publie une note où il développe une théorie ancienne, mais appuyée sur une constatation anatomique nouvelle. Broca, dans son Traité des tumeurs, apporte à l'hypothèse de Curling l'appui de son autorité. Depuis, nous n'avons guère à signaler que le travail de Kocher, une thèse récente de Bardot qui vulgarise les opinions de Vautrin de Nancy.
Liston, Med. chir. Trans., mai 1843, t. VIII, p. 216. — Lloyd, Med. chir. Trans., juin 1847, t. VIII, p. 368. — Gosselin, Arch. gén. de méd., 1848, t. XVI, p. 24. — Marcé, Des kystes spermatiques ou hydrocèles enkystées spermatiques. Thèses de Paris, 1856. — Curling, Maladies des testicules, traduction et annotation de Gosselin, 1857. — Giraldès, Bull, de la Soc. de chir., 1858. — Verneuil, Bull, de la Soc. de chir., 1857, t. IV, p. 58. — Dolbeau, Gaz. hebdom., 1862. — Steudener, Arch. fur klin. Chir. Berlin, 1869, t. X, p. 362. — Rosendacii, Arch. f. klin. Chir. Berlin, 1871, t. XIII, p. 220. — Boni, Virchow's Arch. Berlin, 1876, t. XLVIII, p. 101. — Villegente, Thèse de Paris, 1874. — Monod et Artaud, Pathogénie et structure des petits kystes de l'épididyme. Arch. de physiol., 17e année, n° 5, 1er avril 1885. — Hochensegg, Ueber Cysten am Hoden, etc. Wien med. Jahrb. Vienne, 1885, p. 149. — Paul Reclus, art. Kyste de l'épididyme du Dict. encycl. des sciences méd., 1887, lre série, t. XXXV, p. 91. — Poirier, Pathogénie des kystes de l'épididyme. Revue de chir., nov. 1890. — Vautrin, Thèse de Barbot. Thèse de Nancy, 1887, et Revue méd. de VEst, A" février 1889. — Gross, Kystes du cordon spermatique et leur traitement, Semaine méd., 9 déc. 1891.
Pathogénie. — On peut réduire à six les théories invoquées pour expliquer le développement des kystes spermatiques. Encore n'en citerons-nous une que pour mémoire : Velpeau, Lloyd, Childes ont pensé qu'il s'agissait non d'un kyste, mais d'une hydrocèle : un heurt, une violence quelconque, un coup de trocart dans la collection rompt un cône qui s'ouvre dans la séreuse et y verse les animalcules. Et, de fait, Curling et Reverdin ont publié des observations dont la lecture ne laisse aucun cloute; les cas de Luschka et de Krauss sont aussi indiscutables, mais, comme doctrine générale, l'opinion de Velpeau ne peut être soutenue, et les discussions de Paget, celles de Gosselin en ont depuis longtemps fait justice.
Une deuxième théorie, celle de James Paget, ne supporte pas l'examen : le voisinage des tubes séminifères communique aux kystes de l'épididyme la propriété de sécréter des animalcules. Cette « hétérotopie » serait un phénomène trop insolite pour qu'on l'admît sans preuves évidentes. On connaît la troisième hypothèse proposée par Gosselin : un traumatisme provoque la déchirure d'un tube droit ou d'un cône afférent; quelques gouttes de sperme s'épanchent dans le tissu cellulaire et y déterminent une irritation dont la conséquence est la formation d'une néomembrane qui enveloppe la semence; cette paroi nouvelle sécrète de la sérosité où nagent les animalcules, et le kyste est constitué. Cette théorie a le mérite de tenir compte d'une notion retrouvée dans nombre d'observations : l'apparition du kyste précédée par une violence.