III. — TRAITEMENT DES TUMEURS OSSEUSES DU BASSIN
Les exostoses et les petits enchondromes, faciles à extirper, ont plusieurs fois été enlevés avec succès (Regnoli, Duplay).
Dolbeau conseillait de ne pas toucher aux enchondromes intérieurs et d'enlever les enchondromes extérieurs seulement lorsqu'ils augmentent de volume. Depuis, différents chirurgiens, notamment à l'étranger, ont attaqué avec des résultats divers des enchondromes volumineux. Marcuse ('), sur une jeune fille de seize ans, a enlevé avec succès un enchondrome du volume d'une tète d'adulte, implanté sur la branche ischio-pubienne. Bergmann a extirpé un enchondrome adhérent aux vaisseaux iliaques; il dut lier l'artère et les veines iliaques primitives. La guérison eut lieu, de même que dans un cas observé par Israël sur un homme de vingt-trois ans. Chez un sujet de vingt-sept ans, Billroth ('-) a enlevé un enchondrome partant du pubis, remplissant toute la moitié gauche du bassin et comprimant la vessie et le rectum; la mort survint par anémie post-opératoire; la transfusion fut faite sans résultat. Chez une femme de quarante-six ans, atteinte d'un enchondrome implanté sur l'ilion s'étendant de l'épine iliaque antéro-supérieure à la symphyse sacro-iliaque et saillant dans la région fessière, Gussenbauer fit sur la convexité de la tumeur une incision de 25 centimètres, réunissant les deux extrémités de la crèle iliaque. Sur cette incision, il en fit tomber une seconde allant de la symphyse sacro-iliaque à la grande échancrure sciatique. Il décolla de la tumeur le périoste des fosses iliaques interne et externe et réséqua toute la portion de l'ilion sur laquelle était implanté l'enchondrome. La malade au bout de deux ans n'avait aucune récidive, elle portail seulement une hernie iliaque.
J'ai cité plus haut le cas de chondromyxome enlevé avec succès par Berger.
(') Marcuse, Deutsche Zeit. fur Chir., 1876, t. VII, p. 546. (-') Billroth, Wiener med. Woc/u, 1875, p. 26.
[CH WALTHER
MALADIES DES OS DU BASSIN
Roux (de Lausanne) a obtenu un très beau succès chez un malade auquel il a pratiqué la résection de l'os iliaque pour un chondrosarcome. Ce sujet portait depuis deux ans une tumeur lisse, unie, complètement indolente, de l'os iliaque droit. Par deux incisions, Tune antérieure verticale, près de la symphyse, l'autre,
énorme, postérieure, circonscrivant l'os iliaque, Roux sépara complètement cet os de ses connexions, en ne conservant qu'un fragment de l'ischion. Le seul temps difficile de cette opération, qui dura trois heures, fut la séparation de la tête fémorale, qui fut dénudée de son cartilage et «ectionnée obliquement. L'opéré put se lever au bout de deuxmois, et actuellement la marche s'effectue d'une façon assez satisfaisante. Suivant Roux ('), « le malade peut vaquer facilement à ses affaires » (fig. 17).
Les kystes hydatiques dont la marche est essentiellement envahissante, doivent immédiatement être incisés et drainés. Dans le cas de Rardeleben, la cavité s'éten dait à 6 centimètres au-dessus et à 6 centimètres au-dessous de la crête iliaque; le chirurgien fit une longue incision à la partie postérieure de la crête iliaque, détacha avec le ciseau un segment osseux triangulaire de 6 centimètres de base, put enlever la plus grande partie de la poche kystique et abraser le reste avec la curette.
Lorsque la hanche est envahie, on devra se décider suivant les cas pour la résection ou la désarticulation coxo-fémorale. Dans un de ces cas, Trendelenburg enleva toute l'extrémité supérieure du fémur jusqu'au petit trochanler inclusivement, Au bout de cinq mois, les hydatides ayant repullulé, il pratiqua la désarticulation de la hanche; le malade succomba sept heures après l'opération.
Le traitement des ostéosarcomes doit se borner le plus souvent à combattre certaines complications.
Fi3. 17. — Ablation totale de l'os iliaque droit. (Roux, de Lausanne). — D'après une photographie prise trois ans et cinq mois après l'opération. (Figure empruntée à Ollier, Traité des résections, t. III, P- 941, fig. 497.)
(') Roux, Congrès français de chir., 1889, p. 306.
TUMEURS
Les phénomènes de compression nécessitent parfois des ponctions qui sont loin d'être inoffensives. Dans quelques cas, on a dû pratiquer l'entérotomie pour parer aux accidents d'occlusion intestinale. Les résultats désastreux obtenus par l'ablation radicale ont fait ériger en méthode thérapeutique générale l'expectation et le traitement palliatif. Cependant quelques tentatives isolées ont été faites. Eugène Bœc-
kel ('), pour un sarcome ostéoïde, a réséqué dans ... ^
de bonnes conditions la plus grande partie de l'iléon ; néanmoins, au bout de trois mois l'affection était en pleine récidive.
Volkmann (2) aurait enlevé, avec succès durable, un sarcome central du sacrum propagé à l'os coxal gauche. Krœnlein (3) n'a pu terminer l'abation d'un myxo-sarcome du bassin et de la région inguinale. Jaffé (l), dans son travail sur les sarcomes vasculaires, rapporte un cas de tumeur pulsatile de l'iléon extirpé sans succès. Simon (s) a perdu de récidive, au bout de deux mois, une malade à laquelle il avait enlevé avec succès un sarcome du bassin. Trendelenburg (r>) a opéré un cas analogue et a obtenu une guérison. Gussenbauer, n'a pu enlever complètement un sarcome mêla nique de l'iléon, il dut se contenter de faire le raclage avec la curette; la malade mourait deux mois après d'une récidive rapide. Il put extirper un sarcome chez un jeune homme de vingt-cinq ans en réséquant l'os iliaque ; mais, en moins de trois mois, le néoplasme était en pleine repullulation. Même résultat sur la malade qui lit le sujet de la sixième observation du mémoire de Gussenbauer.
Dans un autre cas, le chirurgien a réséqué le sacrum pour un myxo-sarcome; il dut enlever plusieurs récidives successives et le malade mourut au bout de vingt-trois mois. Enfin, dans le dernier cas (sarcome du sacrum), le malade mourut pendant l'opération.
On voit que ces résultats ne plaident guère en faveur des tentatives opératoires. Mais d'autre part, Ollier rapporte un cas inédit de Kocher dans
lequel tout l'os iliaque droit fut enlevé avec succès pour un ostéosarcome. Il n'y eut pas de récidive. Il est donc possible qu'une intervention large et précoce modifie le pronostic. La question reste tout entière à l'étude.
Fig. 18. — Houll.it de rc.\lirpntion lolale de l'ilium droil, praliquée en décembre 188o, par le professeur Kocher, de Berne. (In Ollier. Traite des résections, t. III, p. 939, Iig. 496.)
(*) Boeckel. in Weis. Thèse de doct., 1880, p. 57. (3) Volkmann, Deutsche med. Woch., 1870, nu l2i.
(5) Krœnlein, Arch. fur klin. Chir., 1877, t. XXI (Supplément), p. 197.
(*) Jaffé, Arch. fur klin. Chir., 187 i, p. 91.
(3) KoELER, Charité-Annalen. 1886. Berlin. 1888, p. 507.
(°) Trendelenburg, in Braunstein. Dissert, inaug. Bonn, 1888.
[CH. WALTHER
MALADIES DES ARTICULATIONS DU BASSIN