‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 105 sur 211 · COUPS DE FEU DE L'OREILLE · texte numérisé non relu

COUPS DE FEU DE L'OREILLE

Les coups de feu qui lèsent le temporal et l'appareil auditif s'observent assez rarement en chirurgie de guerre (Chenu, Otis, Rapport allemand de 1S70); ils se montrent souvent, dans la pratique civile, consécutifs à des tentatives de suicide (-').

Les rapports anatomiques de la caisse du tympan créent la symplomatologie de ce genre de lésions, en même temps qu'ils nous en montrent toute la gravité : il est donc utile de rappeler brièvement ces rapports : en regard du tympan cl séparé de lui par une distance de lmm,5 à 2 millimètres se trouve la paroi labyrinthique de In caisse, sur laquelle nous notons le promontoire; au-dessus de lui, la fenêtre ovale, et au-dessous, la fenêtre ronde; en arrière de la fenêtre ovale, se trouve l'aqueduc de Fallope, qui contient le nerf facial et n'est séparé de la caisse que par une simple lamelle osseuse, quelquefois criblée de trous; la corde du tympan sort au-dessous de l'aqueduc de Fallope, pour pénétrer dans la caisse et la traverser horizontalement d'arrière en avant.

La voûte de la caisse sous-jacente à la cavité crânienne, à l'union de la portion écailleuse et de la portion pétrée du temporal, mérite bien le nom de paroi crânienne qui lui a été donné : elle est très peu épaisse cl n'a souvent guère plus de 1 millimètre; c'est à travers ce plafond qu'existent les communications vasculaires méningées entre la dure-mère et la muqueuse.

Le plancher de la caisse répond au golfe de lu veine jugulaire interne, et aux nerfs pneumogastrique , spinal et glosso-pharyngien, qui sortent en même temps que la veine du trou déchiré postérieur.

En avant, la caisse communique avec les fosses nasales par la I rompe d'Eustache; celte paroi tubaire a un rapport très important avec la carotide interne, dont elle n'est séparée que par une mince couche osseuse.

En arrière, se trouve la partie la plus interne de l'apophyse mastoïde, et sur celte paroi mastoïdienne existe l'orifice de communication de la caisse avec les cellules mastoïdiennes.

Symptômes et diagnostic. — Le projectile peut s'arrêter dans le conduit auditif externe sans produire de lésion (cas de Lamarque); mais le plus souvent

(') Katchassavsky, Des plaies de lu tête par armes ù feu. Saint-Pétersbourg, I8!tf>. (*) Binaud. Des blessures de l'oreille par armes à feu. (Arrh. île Méd., 1893). — Gouvernaire, De l'intervention primitive datif: les plaies du crâne par balle de revolver. Thèse de Paris, IS'.li.

IOÉRARD-MARCHANT ]

FRACTURES DU CRANE PAR COUP DE FEU

il pénètre dans la caisse, directement de dehors en dedans, après avoir brisé le tympan et la chaîne des osselets; lorsque, toujours dans le tir perpendiculaire, le projectile passe en arrière du conduit auditif, il vient se loger dans l'apophyse mastoïde, en produisant un enfoncement de la paroi externe des cellules mastoïdiennes : s'il pénètre au delà, il se perd dans le cerveau, après ouverture du sinus latéral. Entrant dans le rocher, le projectile le fait éclater (Thierry), et, si sa vitesse est assez grande, il peut encore broyer le temporal du côté opposé, et s'échapper à l'extérieur. Dans un cas de F. -G. Dennis, cité par Chauvel et Nimier, le choc causé par la balle, sur l'un des rochers, brisa l'autre par contre-coup.

Tantôt, au contraire, le coup de feu tiré à la face, en avant de la région temporale, peut briser dans son trajet antéro-postérieur le maxillaire supérieur, le malaire, la branche montante de la mâchoire, avant de venir léser une des parois de la caisse, le plus souvent la paroi mastoïdienne.

Otorragie et paralysie faciale, tels sont les deux symptômes importants qui, immédiatement, traduisent la fracture du rocher par coup de feu : leur valeur s'efface lorsque, dans des circonstances rares, il y a issue de matière cérébrale par l'oreille. Perte de connaissance, écoulement de liquide labynnthique, gêne des mouvements de la mâchoire inférieure, désordres de l'ouïe, toux incessante, tels sont les autres symptômes qui peuvent accompagner les fractures du temporal par coup de feu ; nous laissons de côté les lésions cérébrales.

Parmi les symptômes consécutifs, nous avons à étudier la suppuration du foyer de la fracture (car il s'agit de fractures ouvertes), les hémorragies secondaires, les paralysies faciales tardives.

Phénomènes primitifs. — h'Iiémorragie immédiate est constante, mais, à l'inverse des hémorragies secondaires, elle n'est jamais assez abondante pour nécessiter une intervention immédiate. Elle s'arrête spontanément, ou cède à un tamponnement; ce qui semble prouver que, dans ce cas, l'hémorragie prend sa source dans les artérioles du tympan, de la caisse ou du conduit auditif externe (').

La paralysie faciale est complète ou incomplète, suivant le point où le facial a été atteint : dans la paralysie complète, l'orbiculaire des paupières, la luette, sont paralysés; la corde du tympan peut être blessée, de là une perversion du goût; mais cette recherche, qui n'a qu'un intérêt physiologique, est rendue toujours difficile par l'état grave du blessé.

La perle de connaissance n'est pas constante après les coups de feu de l'oreille. Terrier et Rollin ont cité le cas de blessés pouvant se tirer deux coups de revolver successifs, ou un dans chaque oreille, avant de tomber évanouis; mais la station debout n'est plus possible, ce qu'on explique par la douleur résultant de la déchirure du tympan, par les vertiges que cause l'hémorragie dans le labyrinthe, enfin par la commotion cérébrale (Chauvel et Nimier).

Lorsque le projectile a pénétré dans le crâne, il cause des désordres de contusion, de compression cérébrale, qui interviennent dans l'état grave du blessé.

La perte de l'ouïe succède constamment aux lésions du rocher. Lorsque le projectile est logé dans l'apophyse mastoïde, l'abolition de l'ouïe n'aurait existé que 5 fois sur 9 cas (Otis), 1 fois sur 10 (Rapport allemand, 1870-1871).

L'écoulement du liquide céphalo-rachidien est un symptôme exceptionnel dans

(') Cependant dans le cas de Poirier, il y avait une lésion de la jugulaire interne. — Variot, Démons, Terrier, Reverdin, Rarrettc, Leclerc ont observé des hémorragies provenant de la carotide interne.

Page 1