‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 127 sur 211 · A. — TUMEURS DÉRIVÉES DU TISSU CONJONCTIF · texte numérisé non relu

A. — TUMEURS DÉRIVÉES DU TISSU CONJONCTIF

a. Hypertrophie de la peau (éléphantiasis). — La région occipitale est quelquefois le siège d'une sorte d'hypertrophie de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, pouvant acquérir un volume énorme.

Cette affection est rare; Bôhm, Al. Auvert, Robert (de Chaumont), Thirion, eu ont rapporté des exemples. Bœckel lui donne le nom d' éléphantiasis du cuir chevelu.

Robert (de Chaumont), Hypertrophie du cuir chevelu. Journal de chirurgie, 1843, p. 125. — Thirion, Tumeur formée chez la femme. Médico-chirurgie, 1852, t. XI, p. 100. — Bohn, Bruns Hypert. der Kopfhaut. Handb. der prakt. Chir., Bd. I, S. 00. Tubingue, 1854. — Follin el Duplay, Traité, t. III, p. 569. — W. Heinecke, Jâsergeschwùls, Fibrome. Handb. der allgém. u. spec. Chir. von Pitha u. Billroth, Bd. III, Abth. 41, H. n, S. 53. Erlangen, 1873. — Terrier, Manuel de pathologie et de clinique, p. 218. — Koentg, Traité de pathologie chirurgicale spéciale, 1888, t. I, p. 172.

Pour Kœnig, sa lésion initiale consisterait, tantôt en un œdème du tissu souscutané avec allongement des téguments, tantôt principalement en une dégénérescence éléphantiasi forme de la peau; cette hypertrophie s'observe surtout chez la femme, et le poids de la chevelure, les manipulations de la frisure ont été invoqués (Kœnig).

« La maladie débute ordinairement à la région occipitale par une tuméfaction des téguments, qui augmente graduellement, de manière à former une espèce de bourrelet divisé par des plis transversaux, se continuant insensiblement en avant et latéralement avec la peau du cuir chevelu, et retombant en arrière, comme une sorte de besace, sur la peau environnante. Cette tumeur est molle, pâteuse, elle est mobile et peut être prise à pleines mains. Elle est complètement indolente et ne gêne que par son volume, et par la difformité qu'elle occasionne » (Duplay).

Le traitement consiste à exciser transversalement un large lambeau de la tumeur, et à réunir les bords de la plaie ; cette opération, qui devint nécessaire

TUMEURS DES TÉGUMENTS DU CRANE. .513

dans les cas de Bôhm et de Robert (de Chaumont), nous semble supérieure, surtout avec l'antisepsie, aux injections de teinture d'iode, à la compression,' qui cependant a donné un succès entre les mains de Tbirion.

b. Productions cornées. — Fibromes. — Lipomes. — Ces tumeurs ont été décrites dans une nuire partie de cet ouvrage ; il suffit de faire ressortir les particularités inhérentes à leur siège crânien.

Les tumeurs fibromateuses sont très rares. Le fibrome peut être simple, unique, comme dans les observations de Richerand, de Bruns, Siokes. Lucke,' Van Engeler.

Christiani a décrit un névrome constitué par cinq tumeurs siégeant sur les grands nerfs occipitaux.

Chipault signale encore un neuro-fibrome cutané, dans lequel les petites tumeurs du cuir chevelu coexistent avec des tumeurs analogues disséminées sur toute la surface du corps : ils sont développés aux dépens des terminaisons dermiques des nerfs et sont assez difficiles à distinguer des lipomes multiples de même siège.

A côté de ces tumeurs multiples fibromateuses, il faut mentionner les tumeurs diffuses, la neuro-fibromatose plexiforme et la lymphangio-fibromatpse diffuse.

Chipault a pu réunir '29 observations de névrome plexiforme du cuir chevelu : il occupe généralement les parties latérales du crâne, depuis une ligne allant de l'angle interne de l'orbite à la protubérance occipitale externe. Il se présente sous la forme d'une masse de volume variable, mamelonnée, ou bien pédiculisée en bourrelets superposés. Cette tumeur est mobile sous la peau et sur les parties profondes, pâteuse, mollasse, et contient, signe pathognomonique, des cordons enchevêtrés et des noyaux plus abondants au niveau de son insertion que dans ses parties périphériques : elle est indolente : elle coexiste avec d'autres tumeurs similaires. Son origine est congénitale.

La lymphangio-fibromalose est constituée par l'hypertrophie du tissu fibreux dermique et sous-cutané, ainsi que des espaces lacunaires lymphatiques qu'il contient : elle se distingue du névrome plexiforme par l'absence d'altération des nerfs, et par l'envahissement immédiat de la peau. Elle se localise le plus souvent au vertex ou à la région occipitale supérieure. Elle forme au début une ou plusieurs saillies verruqueuses : plus lard, lorsqu'elles se pédiculisenl. elles présentent l'aspect d'anses intestinales ou de circonvolutions cérébrales : il semblerait à les voir, suivant la comparaison très juste de Lisfranc, qu'on ail sous les yeux le cerveau mis à nu (Chipault).

Les verrues du cuir chevelu s'observent surtout chez les gens âgés : ce sonl de vrais papillomes, qui tantôt revêtent la forme de verrues molles et saignant très facilement, tantôt présentent à leur surface des excroissances m forme de corne, dues à une hypertrophie de l'épithélium ; ces papillomes sont parfois le point de départ de tumeurs volumineuses (Kœnig, Virchow, Chipault).

Les lipomes sont multiples ou solitaires, pédicules ou étalés : le lipome pédiculé est rare; le lipome étalé s'observe sous Y aponévrose temporale ou dans la région frontale : dans ce dernier cas, il occupe la partie la plus élevée et externe de la bosse frontale, et la pression du chapeau a élé incriminée, comme favorisant son apparition (lipome du chapeau).

Lorsqu'il occupe la région temporale, le lipome se présente sous la forme d'une tumeur large qui, grâce à l'aponévrose fortement tendue qui la recouvre, est très élastique, et peut même donner la sensation de fluctuation (Kœnig).

TRAITÉ DE CHIRURGIE, '2' édît. — III.

[GÉRARD-MARC.HANT ]

TUMEURS DES TÉGUMENTS DU CRANE

Dans une étude intéressante Chipault a réuni 55 observations de lipomes sous-épicraniens. Six étaient congénitaux. Leur moment d'apparition est surtout de quarante à soixante ans chez l'homme. Chez une malade de Rosser la tumeur tombait jusqu'aux genoux.

Page 1