B. — TUMEURS PROVENANT DE L'ÉPI T HÉLIUM
1. Kystes du cuir chevelu. — Sous ce nom, les auteurs classiques distinguent les kystes séreux, les kystes dermoïdes et les kystes sébacés ou loupes. Dans ce chapitre nous n'étudierons que les loupes ; en voici les raisons :
Les kystes séreux se rattachent pour la plupart à l'histoire de la méningocèle : le fait rapporté par Billroth d'un kyste séreux occupant l'occiput d'un nouveau-né, et situé dans le tissu cellulaire sous-cutané, sans connexion avec les os (qui n'étaient ni perforés ni amincis), reste toujours comme une exception, et nous sommes disposé à accepter l'hypothèse de Terrier, qui considère ce cas comme un épanchement traumatique de sérosité, peut-être en rapport avec le traumatisme de l'accouchement.
Les kystes dermoïdes, étant liés à l'évolution de la paroi crânienne, et présentant des adhérences plus ou moins étendues avec les os, rentrent pour nous dans la catégorie des tumeurs des os du crâne.
Les kystes glandulaires du cuir chevelu ou loupes sont produits par l'oblitération du conduit excréteur des glandes sébacées, et par l'accumulation clans la cavité de la glande du produit de sécrétion. Sous l'influence de cet apport incessant de matériaux épidermiques, le kyste sébacé se développe et peut acquérir de grandes dimensions. Rien de plus divers que le volume de ces kystes, qui varie depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'un gros œuf de poule. Gooper cite un malade qui portait au vertex une loupe des dimensions d'un chapeau.
Les dimensions sont en rapport avec l'âge du kyste, et il est de règle, dans les cas de kystes multiples, de rencontrer de petites tumeurs, à côté de tumeurs moyennes et de loupes volumineuses. Le nombre de ces kystes est très variable : nous en avons enlevé 28 sur une même malade. Il résulte de nos observations que ces loupes sont surtout fréquentes chez la femme.
Toutes les questions relatives à l'anatomie et à la physiologie pathologique de ces tumeurs, à leurs transformations, à leurs symptômes et à leur diagnostic, ont été étudiées par notre collègue Broca. Nous renvoyons donc au tome I, page 605.
Un seul mot sur le traitement. Avant l'avènement de la méthode antiseptique, la crainte de l'érysipèle arrêtait les chirurgiens, et ces tumeurs étaient ouvertes au moyen de caustiques (acide nitrique, pâte de Vienne, etc., etc.). Ces procédés sont abandonnés aujourd'hui, et l'énucléation après incision est devenue la méthode courante. Ne laisser dans la pilaic aucun débris du sac est une règle absolue.
Dans les kystes non enflammés, il n'existe pas d'adhérence, et, avec une spatule ou une curette, il est aisé de circonscrire la tumeur, de la séparer du tissu cellulaire lâche qui l'entoure, et de l'enlever sans l'ouvrir ; une dissection minutieuse est nécessaire dans les kystes adhérents.
Un procédé rapide consiste à plonger un bistouri à la base de la tumeur, à la
TUMEURS VASCULAIRES DES TÉGUMENTS DU CRANE
transpercer, et à la diviser en deux moitiés (des parties profondes vers la peau), qui sont successivement énucléées; l'inconvénient de ce procédé esl de souiller le lit du kyste par des produits de rétention et de nécessiter un lavage soigné.
Dans- les kystes volumineux, il est bon de circonscrire, dans deux incisions elliptiques, un lambeau de peau qui restera adhérent au sac enlevé; de cette façon, on supprime l'excès de tégument qui, par suite de la distension qu'il a subie, se froisse, se ride et laisse après la suture une poche. Il ne faut pas ignorer cependant que cette peau qui parait si lâche revient peu à peu sur ellemême, se rétracte et s'affronte définitivement bien.
La suture au catgut convient dans la plupart des cas.
Le pansement sera occlusif ou contentif. Vocclusion par du collodion iodoformé ou salolê suffit dans les cas de kystes isolés, de petit ou de moyen volume, c'est-à-dire permettant un affrontement exact de la peau, sans vide sous-jacent. Dans les conditions contraires, un pansement antiseptique compressif cet nécessaire; l'iodoforme appliqué à proximité des fosses nasales gène souvent les malades par son odeur; et une de nos opérées ne put supporter que le pansement au salol.
2. Epithélioma ou caxcroïde du cuir chevelu. — L'épithélioma primitif diffus ou circonscrit des téguments du crâne est rare, comparé à sa fréquence sur la face ('); il succède le plus souvent à un papillome ou bien à une loupe qui, sous l'infiuence de l'irritation (dents du peigne), se transforme en cancroïde.
Le cancroïde s'observe chez des personnes âgées, bien que Lusse n en ail rapporté un exemple chez une jeune fille de dix-huit ans.
L'ulcération (forme végétante ou serpigineuse) ne reste pas toujours limitée aux téguments, et peut se propager à l'os sous-jacent, amenant plus ou moins rapidement une perforation de la paroi crânienne (variété perforante).
Le docteur Alfred Pousson, agrégé de la Faculté de Bordeaux, a l'apporté une observation intéressante ^épithélioma perforant du pariétal gauche, chez une femme de soixante et onze ans (Soc. de chir., 1889); l'os était perforé dans toute son épaisseur, mais la dure-mère était saine au-dessous de la tumeur (*).
Pour l'anatomie pathologique, les symptômes, le diagnostic, le pronostic de ces tumeurs, nous renvoyons au tome I de cet ouvrage (Épithélioma, p. 561).