KYSTES DERMOÏDES DU CRANE
partagent avec toutes les tumeurs congénitales; petit volume à la naissance, ne se révélant souvent que plus lard à l'occasion d'un traumatisme, auquel les parents attribuent le méfait, accroissement lent, graduel, ou par poussées actives (influence quelquefois réelle de la première enfance ou de la puberté, Heurleaux). Mais il y a cependant un rapport à établir entre l'âge du sujet et le volume de la tumeur; si, chez les enfants, la tumeur a la dimension d'une amande, d'une noix, d'un œuf de pigeon, les comparaisons ne sont plus les mêmes chez l'adulte, où le kyste est comparé à une grenade (Spring), au poing (Picard), à un œuf d'oie.
Le kyste forme une tumeur arrondie, sphérique ou ovoïde, à surface uniforme, caractère commun à toutes les productions île ce genre. Ce kyste, libre dans ses deux tiers, s'applique par son troisième tiers sur la calotte crânienne à laquelle il adhère sans mobilité latérale, et dans laquelle il semble s'enfoncer, sans avoir aucune tendance à se pédiculiser (Lannelongue).
En explorant avec le doigt celte base adhérente, on sent au pourtour un bourrelet osseux.
Cette tumeur, sur laquelle la peau normale glisse facilement, est île consistance molle, tantôt fluctuante, tantôt rénitente, suivant la distension plus ou moins grande de la poche; transparente lorsque son contenu est liquide, plus souvent opaque (7 fois sur 12), — elle est constamment et complètement irréductible, et il faudra rechercher ce caractère avec d'autant plus de soin, qu'il servira à séparer les kystes dermoïdes, tumeurs indépendantes des méninges, des mêningocèles.
Les kystes dermoïdes ne présentent pas de pulsations après nix mois, c'est-àdire après le rétrécissement ou la fermeture de la fontanelle antérieure, qui les isole de la dure-mère. Avant cette période, ils peuvent être soulevés par les pulsations de la fontanelle antérieure (cas d'Arnolt, de Lannelongue), qui sont la règle dans les premiers temps qui suivent la naissance.
Cette interprétation judicieuse appartient à Lannelongue.
Ces kystes n'occasionnent jamais de troubles cérébraux, et les douleurs locales ne se montrent qu'au moment des poussées d'accroissement, ou à l'occasion de complications inflammatoires.
Au contraire, les kystes endo-craniens peuvent se présenter avec les caractères de tumeur cérébrale, de méningite, ou même de; démence (cas de Bathurst, loc. cit.). Le malade observé par Tillaux et Walther accusait des vertiges, des troubles passagers de la vue, des hourdonnements d'oreille, une diminution de la mémoire, une certaine difficulté à parler.
Diagnostic. — Il faut éviter de confondre un kyste dermoïde avec une méningocèle ; les principaux éléments du diagnostic se tirent :
a. Du siège de la tumeur : les encéphalocèles et les méningocèles s'observent sur la ligne médiane, en arrière depuis l'inion, jusqu'au trou occipital, et assez souvent en avant, au niveau de la racine du nez : mais ils sont exceptionnels au vertex, soit sur la suture sagittale, soit au niveau du bregma et à la partie supérieure du frontal, siège d'élection des kystes dermoïdes ;
b. De l'irréductibilité absolue de la tumeur et de l'absence complète de phénomènes cérébraux, sous l'influence de la compression, caractères propres, au contraire, aux tumeurs en communication avec la cavité crânienne;
c. Du volume de la tumeur au moment de la naissance : les kystes der-
[GÉRARD-MARCHANT
TUMEURS DES OS DU CRANE
moïdes peuvent passer inaperçus pendant longtemps, tandis que la méningoencéphalocèle est presque toujours évidente eliez le nouveau-né, et s'accompagne d'adhérences et d'amincissement cutané;
d. De là ponction exploratrice : Heurteaux put reconnaître, par ce moyen, le contenu sébacé du kyste; mais Giraldès, retirant d'une tumeur crânienne un liquide contenant une quantité notable de chlorure de sodium, conclut à l'existence d'une méningocèle, alors qu'il se trouvait en présence d'un kyste.
La ponction exploratrice est donc ici un moyen infidèle et qui, en cas de méningocèle, n'est pas inoffensive.
Le malade de Tillaux et Walther présentait un trajet fistuleux au niveau de la poche extra-cranienne, qui avait été vidée; par ce trajet "fistuleux occupant la région de l'inion, on pénétrait à travers un orifice osseux dans la poche intracranienne. Ce qui permit de faire le diagnostic de ce kyste de l'inion.
Traitement. — Le seul traitement à appliquer à ces kystes est leur ablation totale.
A quel moment faut-il intervenir?
Il y a tout avantage à attendre la diminution de l'espace fonlanellaire, et que l'enfant se soit développé; Giraldès a opéré à dix mois, sans aucun inconvénient; nous dirons donc que le kyste peut être enlevé de très bonne heure, mais qu'il vaut mieux attendre, pour intervenir, que l'enfant ait un an environ.
Lorsque le kyste est extra et intra-cranien l'ablation totale n'est pas toujours possible, sans danger; c'est ainsi qu'Atkol Johnson, craignant de blesser la dure-mère, qui était à nu et adhérente au kyste, laissa une petite partie de la paroi, au centre de la dépression crânienne. Tillaux et Walther, après une large brèche osseuse faite à l'occipital, renoncèrent à l'extirpation complète du fond de la poche, parce que la paroi dermoïde et la dure-mère étaient si intimement unies, qu'il était impossible de les séparer, parce qu'il aurait fallu réséquer une portion étendue du sinus latéral adhérent à cette même poche; ils craignirent, en effet, que le cervelet, déprimé dans son lobe droit, arrêté dans son développement, ne reprît aucune expansion. La poche intra-cranienne était infectée et aurait pu causer une infection méningée.
Certainement la cicatrisation est, dans ces conditions, sinon impossible, du moins difficile à obtenir. L'opéré de Tillaux et Walther a conservé une cavité dermoïde intra-cranienne, mais facilement nettoyable.