VICES DE CONFORMATION ET DIFFORMITÉS DU PAVILLON DE L'OREILLE
Les difformités congénitales ou acquises du pavillon de l'oreille ne soni pas extrêmement rares. Les unes sont entièrement au-dessus des ressources de l'arl ; les autres, au contraire, sont susceptibles d'être corrigées et inléressenl plus particulièrement le chirurgien.
a. Les difformités par excès de développement, qu'elles soient congénitales ou acquises, affectent tantôt la totalité, tantôt une partie seulement de l'organe.
On a signalé quelquefois un développement tellement exagéré du pavillon que cette anomalie constituait une difformité des plus choquantes. D'après un fait rapporté par le docteur di Martino (3), il semble que l'art puisse intervenir avec succès. Dans ce cas, en effet (fig. 267), le chirurgien enleva à la partie postérieure du pavillon un lambeau triangulaire, puis réunit par la suture les incisions A et B, et corrigea la difformité.
(') Kuhn, Annales de la Société allemande d'otologie, juin ,1895. — Ferreri, De Vépithélioma du pavillon. Arch. Uni. di olol., fasc. 2, 1894. {-) Campbell, Cité par Demarquay (Gaz. des hup., 1869, n" 11 1). (3) Triquet, Maladies des oreilles, p. 140.
TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2e édit. — III. 50
[S DUPLAV ]
MALADIES DE L'APPAREIL AUDITIF
Fie. 267. — Opération dans un cas de difformité par excès de développement du pavillon. (Di Martine)
L'excision conviendrait parfaitement s'il s'agissait du développement excessif d'une partie du pavillon. L'anomalie porte alors plus généralement sur le lobule qui peut offrir une longueur démesurée. Boyer, ayant eu à traiter un jeune homme chez qui le lobule, anormalement développé, se portait sur la joue d'une
manière désagréable, en fit l'excision avec les ciseaux et détruisit la difformité.
b. Les difformités par défaut sont plus communes que les précédentes.
L'absence congénitale du pavillon de l'oreille a été quelquefois observée. Lorsqu'elle ne coïncide pas avec d'autres vices de conformation de l'organe de l'ouïe, il ne paraît pas en résulter une grande gène dans l'exercice de la fonction auditive. Chez un enfant de deux mois observé par Knapp, il existait à la place du pavillon droit un rudiment déformé, en arrière duquel on voyait une dépression indiquant le siège du conduit obturé. Ce pavillon était à 55 millimètres de l'angle de l'œil, alors que le pavillon gauche normal en était à 49 millimètres; il y avait également une asymétrie très marquée de la face avec atrophie du temporal, du malaire et du maxillaire supérieur ('). Il en est de même de la destruction totale du pavillon à la suite de brûlures, de plaies, de gangrènes. Dans l'un et l'autre cas, la difformité doit être regardée comme incurable, et peut seulement être masquée par certains appareils prothétiques, qui remplacent le pavillon absent.
Mais si la perte de substance n'atteint qu'une partie du pavillon, quels que soient la cause et le siège de la difformité, on peut espérer quelquefois corriger celle-ci par une opération autoplastique, en empruntant un lambeau de forme et de dimensions convenables, sur la tempe, la région mastoïdienne. Le lambeau disséqué est ensuite fixé au niveau de la perte de substance préalablement avivée; puis, lorsque la réunion est opérée, on sépare le lambeau resté adhérent au crâne. Quoique celte opération ait été conseillée par Dieffenbach, je pense qu'elle est rarement appelée à fournir de bons résultats.
c. Les difformités par altérations de forme de la conque sont extrêmement fréquentes. La plupart ne constituent que des variétés individuelles sans importance. Je signalerai une disposition vicieuse du tragus et de l'antitragus qui sont accolés l'un à l'autre et ferment hermétiquement le méat auditif, de manière à gêner l'entrée des ondes sonores. L'excision de l'une ou de l'autre de ces parties, ou même des deux à la fois, a été conseillée par Boyer. A défaut d'opération, on pourrait obvier à la gêne de l'audition en maintenant l'ouverture du méat dilatée par le moyen d'un petit tube introduit dans le conduit.
d. Les difformités par adhérences vicieuses du pavillon avec les parties latérales du crâne, que l'on observe quelquefois à la suite de plaies, de brûlures mal
(') Knapp, Archiv fur Otol., vol. XXI, n° A. — Voy. également Politzer, Monatschr. fur Ohr., novembre 181)5.
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE
soignées, peuvent être corrigées par la division de ces adhérences que Ton empêcherait de se reproduire, soit en surveillant attentivement la cicatrisation, soit en interposant un lambeau autoplastique sur la surface saignante du crâne. Dans un travail récent, Corradi (') a étudié les sténoses rebelles de la portion cartilagineuse du conduit auditif externe et leur traitement.
e. Parmi les vices de conformation du pavillon, il faut signaler l'existence de fistules congénitales dont Betz (2) (de Heilbronn) a rapporté un exemple. Chez une petite fille de dix: ans, il existait sur le lobule de l'oreille gauche une ouverture fistuleuse qui conduisait dans un trajet de 2 millimètres de long, horizontalement dirigé en arrière du cartilage de la conque, entre celui-ci et la peau, et se terminant en cul-de-sac. Les parois étaient indurées, en sorte qu'à travers la peau on sentait un cordon de l'épaisseur d'une aiguille. L'ouverture fistuleuse était habituellement recouverte par une croûte.
Betz considère avec raison celte anomalie comme résultant d'un trouble dans l'occlusion de la première branchie qui se ferme à la partie moyenne et forme ainsi deux ouvertures, dont la supérieure donne naissance au conduit auditif externe et dont l'inférieure disparaît bientôt. La persistance de cette dernière serait l'origine de la fistule (3).
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ARTICLE PREMIER