LUXATIONS EN AVANT
rompus. Quelquefois un seul des ligaments croisés est lésé, c'est alors l'antérieur, quelquefois aussi le ligament latéral interne reste intact.
Quant aux vaisseaux et nerfs poplités, ils échappent le plus souvent aux effets d'une distension trop grande en se logeant dans l'espace intercondylien. Néanmoins l'artère poplilée, surtout si elle est athéromateuse, peut présenter des lésions sérieuses. Malgaigne, Lamblin, ont constaté des éraillures de sa tunique interne. La rupture des deux tuniques internes, avec étirement de la tunique externe, a été observée, Stimson rapporte plusieurs exemples de semblables ruptures appartenant à Annandale, Gotton, Knichynicki, Lowe, Vevers, Turncr, Stewart et Adam.
Ailleurs l'artère est simplement comprimée par l'os déplacé et redevient perméable lorsque la réduction est effectuée. La distension de la veine poplitée suivie de la formation d'un thrombus dans sa cavité est beaucoup plus rare, il en est de même des lésions nerveuses qui ne sont pas mentionnées dans les autopsies, mais que quelques observations cliniques rendent incontestables.
Nous serons brefs sur les désordres anatomiques de la luxation incomplète; ils sont toujours décrits d'après l'unique dissection de Desormeaux ('). Le tibia et le fémur se correspondent encore dans une grande étendue, la capsule articulaire est intacte, les ligaments aussi, sauf le croisé antérieur.
Symptômes. — La jambe est dans une extension] presque complète, exceptionnellement, on l'a trouvée dans la demi-flexion. Elle est habituellement fixe dans sa position, tout mouvement étant empêché par la douleur; exceptionnellement on a constaté une mobilité étendue.
La déformation est considérable et la face antérieure du genou présente un coude brusque dû à la saillie formée eu avant par la tubérosité du tibia. Au-dessus de celle saillie, est un enfoncement dans lequel on sent le ligamenl rotulien cl la rotule appliquée par sa face articulaire sut1 les cavités glénoïdes du tibia; un pli cutané à concavité inférieure surmonte cet enfoncement.
En arrière le creux du jarret a disparu et les condyles fémoraux font relief. Quelquefois la peau distendue outre mesure a cédé et il exisle en arrière une plaie par laquelle on voit les condyles.
Si on regarde le membre de face, la cuisse semble rac
Fie. 110. — Luxai ion incomplète ilu tibia c»
avant. (Bcnj. Anger.)
courcie, la jambe allongée; en arrière, au contraire, c'est la cuisse qui parait plus longue. Le diamètre antéro-postérieur du genou est augmenté.
Les lésions des vaisseaux et des nerfs lorsqu'elles existent s'accusent : les premières par la suppression des pulsations des artères tibiales, par de l'œdème et par la production de plaques de sphacèle plus ou moins étendues, les secondes par des douleurs intenses, par des troubles trophiques du membre lésé (Ledentu) ('), ou des paralysies partielles (Poinsot) (3).
Les symptômes de la luxation incomplète seraient moins accusés que ceux de
(') Desormeaux, Mâm. de la Sur. de chir., 185.", t. (2) Ledentu, Bull, de lu Sur. de chir., 1880, p. 591. (r') Hamilton, p. 1142.
[CH NÉLATON
LUXATIONS DE L'ARTICULATION FÉMORO-TIBIALE.
la variété complète que nous venons de décrire. La saillie antérieure du tibia serait moindre et il n'y aurait pas de chevauchement de cet os sur les condyles; la rotule ne reposerait pas à plat sur le tibia, comme dans la luxation complète elle aurait une direction légèrement oblique (Malgaigne). Ces distinctions entre les deux variétés de luxations paraîtront toutefois bien peu sûres si l'on réfléchit que les symptômes de la luxation incomplète n'ont guère été relevés qu'une fois dans le cas de Désormeaux.
Pronostic. — La luxation simple ne présente pas de gravité. La réduction est facile et dans le plus grand nombre des cas, les fonctions se rétablissent bien.
Il n'en est pas de même lorsque les complications que nous avons signalées plus haut existent. Les lésions des vaisseaux et des nerfs peuvent en effet nécessiter une amputation.
Traitement. — La réduction s'obtient d'ordinaire très simplement, en exerçant une traction sur la jambe pendant qu'une pesée est faite sur la tubérosité antérieure du tibia. On a conseillé aussi la flexion forcée de la jambe sur
la cuisse (Stève) (').
Lorsque la luxation est compliquée de plaie communiquant avec la cavité articulaire, il n'y a plus aujourd'hui à songer à une amputation immédiate, il faut soigneusement désinfecter la plaie, l'agrandir pour permettre la réduction et la rentrée de l'extrémité articulaire déplacée, drainer la jointure, panser antiseptiquement et immobiliser le membre à l'aide d'un appareil plâtré placé par-dessus le pansement.
Si les lésions vasculaires provoquent ultérieurement du sphacèle, si l'étendue des parties mortifiées est grande, si la marche de la complication est rapide, l'amputation est indiquée.
LUXATION EN ARRIÈRE
Beaucoup plus rare que la luxation en avant, la luxation en arrière [est presque toujours incomplète.
Causes. — Elle est produite soit par un choc direct portant sur la face antérieure de la jambe demi-fléchie, soit par une violence exercée sur la face postérieure du fémur.
Le type du premier mécanisme se trouve dams une observation de Robert, rapportée par Malgaigne (2). Une femme fait une chute en avant, la jambe demifléchie, de telle sorte que la partie supérieure et antérieure du tibia porte contre l'angle d'un trottoir, la luxation se produit.
L'exemple classique de la luxation succédant à une violence portant sur la face postérieure du fémur, est celui de Blanchard : « Une femme fuyant un embarras de voitures et voulant se réfugier dans une maison voisine, engagea son pied sous un décrottoir en fer assez élevé, contre lequel le tibia vint s'ar-
(') Stève, Thèse de Verrollot, 1867.
(*) Malgaigne, Loc. cit., p. 941.
LUXATION EN ARRIÈRE. 17.-
rêter; à ce moment une petite voiture à bras vint heurter en arrière l'extrémité inférieure du fémur qui fut ainsi luxé en avant. » Vast (') a rapporté un exemple analogue.
Anatomie pathologique — Luxation complète. — Dans l'autopsie faite par Robert, on trouva tous les ligaments intacts. La capsule seule offrait en arrière des condyles fémoraux deux déchirures de 3 centimètres d'étendue, par lesquelles sortaient les condyles du tibia et une autre déchirure d'une largeur égale au-devant de l'insertion fémorale du ligament latéral externe. Dans le cas de Vast les ligaments latéraux étaient intacts, le ligament rotulien avait arraché son insertion libiale, la partie postérieure de la capsule ainsi que les ligaments croisés étaient déchirés.
Dans les deux cas, l'artère poplitée était rompue et le malade de Vast, présentait égale- F ment une rupture de la veine poplilée.
Stimson a relevé comme complication de ce déplacement la fracture du fémur au-dessus des condyles, la fracture du tibia au-dessous du genou et la rupture du tendon du triceps.
Fie m.
Fio. 112.
iG. 111 et 112
— Luxation incomplète du tibia en arrière. (Foliin.)
Symptômes. — La jambe est dans l'extension complète ou légèrement fléchie. Les condyles fémoraux proéminent à la partie antérieure du genou, les plateaux du tibia en arrière sont facilement reconnaissables à la palpation. La rotule obliquement dirigée en bas et en arrière appuie sur la face inférieure des condyles; elle est quelquefois luxée en dehors. Lorsque la jambe est étendue, le diamètre an téro- postérieur du genou est notablement augmenté.
Tels sont les symptômes communs à quelque différence près, aux luxations complètes et incomplètes, mais dans la luxation incomplète il n'y a point de raccourcissement, tandis que dans la luxation complète, le raccourcissement existe toujours.
Pronostic. — Lorsque la luxation n'est pas compliquée de déchirures vasculaires, le pronostic ne présente pas une bien grande gravité. La réduction est en général facile et le rétablissement des fonctions du membre se fait bien.
Lorsque la réduction n'a pas été obtenue, la marche est néanmoins possible et même facile au bout d'un certain temps, ainsi que le prouvent les faits récents rapportés par Bagnall-Oakeley Karewsky (3) et Lossen (').
(') Vast, Bull, de la Soc. de chir., 1877, p. 688.
(4) Bagnall-Oakeley, Lancet, 1882, t. I, p. 53.
(r>) Karewsky, Arrl,. fur klin. Chir., 1886, t. XXXIII, p. 525.
(4) Stimson, p. 475.
[CH. NÈLATON ]
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Malgaigne a du reste montré depuis longtemps que la luxation incomplète en arrière non réduite, ne s'opposait point à l'usage du membre.
Traitement. — ■ La réduction généralement simple se fait par des pressions exercées directement sur les os déplacés, pendant qu'un aide pratique l'extension.
Spence ('), n'ayant pu corriger un semblable déplacement par les manœuvres ordinaires, pratiqua avec succès l'arthrotomie.