SECTION II
DES PRÉPARATIONS AUXQUELLES IL CONVIENT DE SOUMETTRE LES PARTIES INTÉRESSÉES DANS L’OPÉRATION ET L’ORGANISME TOUT ENTIER AVANT DE PRATIQUER L’aUTOPLASTIE.
Si une opération exige des préparations particu» Hères, c’est sans contredit l’autoplastie, car ce n’est qu’à ces conditions que l’on peut compter sur le succès.
La préparation est locale et générale, c’est-à-dire que dans le premier cas on s’occupe de disposer la région qui doit être le théâtre de l’opération, et dans le second on prépare l’organisme tout entier.
Avant de soumettre un malade à une opération de ce genre, il faut bien connaître les modifications qu’elle apporte instantanément dans le lieu où elle est pratiquée, et la perturbation qu’elle jette violemment dans l’économie entière. C’est pourquoi les personnes irritables devront être préparées moralement et physiquement. Les bains, les caïmans, les dérivatifs sur le canal intestinal et les opiacés rendent le travail inflammatoire et le traumatisme moins intenses. Il est fort utile de faire comprendre au malade
de quel intérêt il est pour lui qu’il se calme en prenant de l’empire sur lui-même, et de lui faire connaître combien une résignation soutenue est nécessaire pour le succès de l’opération.
Lorsque les malades sont vigoureux, pléthoriques, il faut pratiquer des émissions sanguines et avoir recours à un régime diététique convenable pour arriver à un certain degré d’amaigrissement. Quand on opère, en effet, sur une région trop graisseuse, on s’expose à l’inflammation, à la suppuration et à avoir un lambeau trop fourni de graisse. Cette circonstance serait particulièrement défavorable pour la réparation d’une paupière.
La partie malade réclame elle-même certaines précautions pour assurer la réussite de l’opération. Par exemple, on rasera la peau qui peut être velue par nature ou accidentellement. Cette préparation permet de promener plus facilement le bistouri et d’opérer la dissection sans obstacle; d’ailleurs la suture se pratiquera plus sûrement , et les pansemens consécutifs pourront être faits sans tiraillemens douloureux.
Mais c’est principalement sur l’état des tissus voisins qu’il faut porter l’attention avant de pratiquer l’opération. Ces tissus sont-ils sains, exempts d’inflammation, on peut de suite opérer sans avoir besoin de préparation autre que celle dont nous venons de parler. Si au contraire il y a engorgement, inflammation, callosités, duretés, ramollissement des tissus
qui environnent la lésion, il est urgent et indispensable de soumettre le malade au repos, aux bains, aux lotions émollientes, aux applications de cataplasmes adoucissans, aux injections, aux diurétiques lorsqu’il s’agit, par exemple, d’une fistule urinaire, cas dans lequel il faut diminuer l’âcreté des urines. Ces moyens doivent être mis en usage jusqu’à ce que le dégorgement soit complet ot que l’inflammation ail disparu. En agissant autrement, on s’expose à rendre l’opération inutile, et à échouer tantôt parce que l’agglutination se fera mal, le travail morbide et l’engorgement s’y opposant, et tantôt parce qu’ayant perdu leur consistance, les tissus se laisseront couper trop promptement par le fil ou les aiguilles. Combien d’opérations autoplastiques ont échoué ainsi, les malades ayant été opérés dans des conditions peu favorables, et le chirurgien ne s’étant pas donné la peine de les préparer d’une manière suffisante. Ne voyonsnous pas les opérations autoplasliques pratiquées à un intervalle trop rapproché d’une autre opération être suivies d’insuccès ?
Ce n’est pas tout que de préparer un malade et de disposer son moral à l’opération ; il faut encore se demander s’il n’existe pas dans sa constitution quelque affection spécifique, telle que la syphilis qui a tant d’influence sur la réunion des plaies et le résultat des opérations. L’expérience nous a démontré que la réunion ne se fait qu’incomplélement ou n’a pas lieu lorsqu’on opère dans de semblables circonstances.
Des malades sur lesquels nous avons pratiqué l’autoplastieont, plusieurs fois de suite, été soumis à la même opération , parce qu’il existait chez eux une cause syphilitique occulte. Ce n’est qu’après les avoir soumis à un traitement général que nous avons obtenu la guérison. Le virus syphilitique paraît enlever, en effet, aux produits du sang leur plasticité. Cette opinion a été dans ces derniers temps encore fortifiée par une observation qui concerne un homme affecté de fistule uréthrale, située au-devant de la racine des bourses, et que fautoplastie n’est venue à bout de guérir qu’après qu’il a eu subi un traitement syphilitique complet.
Quelques médecins ont conseillé, avant de pratiquer l’autoplastie, d’augmenter la vitalité du lambeau par des manœuvres particulières. Ainsi , c’est sans doute dans l’intention d’augmenter la circulation, de rendre la nutrition des parties plus active, que l’on a conseillé de percuter la région où le lambeau doit être emprunté, à différentes reprises et comme si l’on voulait meurtrir les tissus sur lesquels on agit. Ce procédé, comme je fai dit déjà, paraît avoir été employé communément dans l’Inde.
M. Graefe a soumis un malade pendant un certain temps à des frictions d’huile éthérée faites sur le bras, dans l’intention de donner au lambeau plus d’épaisseur, d’élasticité et de flexibilité.
Ces modes de préparation par percussion, par friction n’ont été employés que dans le cas où l’on a fait
usage de la méthode par ente animale ou transplantation ; ils ne paraissent convenir que quand l’on opère sur une peau fine, délicate, et dont la vascularité est peu considérable.
Enfin, dans les cas où l’on voudrait faire usage de la méthode tagliacosienne, il conviendrait d’habituer le malade à la position forcée et fatigante dans laquelle il devra se trouver pendant le temps qui s’écoulera depuis l’opération, jusqu’à la séparation du lambeau.
Comme l’autoplastie est douloureuse, on se trouverait peut-être bien de chercher à éteindre la douleur en rendant le malade insensible par les inspirations éthérées. Je crois que dans ce cas les inspirations d’éther auraient des inconvéniens à cause de la longueur de l’opération, du soin qu’elle exige, de la nécessité où l’on se trouve de faire intervenir la volonté du patient, et parce qu’ enfin il arrive qu’après l’opération les malades soumis à l’influence de l’éther s’agitent beaucoup et défont leurs appareils sans en avoir conscience. Je crois donc que l’éther ne convient pas en général pour l’autoplastie, et qu’il faut en borner autant que possible l’usage pour les amputations des membres, du sein et quelques extirpations de tumeurs. D’ailleurs comme l’éther me paraît diminuer la plasticité du sang et de ses produits, je vois là une raison pour en rejeter ici l’emploi, car c’est dans ce cas surtout qu’il importe d’obtenir une réunion par première intention. Le chloroforme étant dépouillé de tous ces inconvéniens puisqu’il n’altère
ni la couleur ni la consistance du sang, puisqu’il calme sans agiter, sans exalter, doit être admis comme moyen de procurer cette insensibilité si désirable quand il s’agit de pratiquer des opérations qui sont horriblement douloureuses et qui tendent à épuiser les sujets.