HYPERTROPHIE, ÉBARBEMENT, MIGRATION ET LOCOMOTION DU LAMBEAU
Le lambeau qui répare un organe est sujet à des difformités, à des altérations, comme les autres parties du corps qui ont la même texture organique. On sait que sa vitalité est variable suivant l’époque de son implantation et la durée de ses adhérences. C’est
ainsi que, dans le principe, il offre beaucoup moins de vitalité que plus tard, ce qui fait qu’il est beaucoup moins sujet alors aux éruptions érysipélateuses et varioliques, aux inflammations; tandis que plus tard il est tout aussi bien le siège que les autres parties du corps, d’érysipèle, d’inflammation, d’ulcération. Nous avons observé, chez un homme auquel nous avons confectionné une paupière, tout ce que nous venons de dire. C’est ainsi que , dans le principe , l’érysipèle n’occupa pas le lambeau , et que plus tard, ayant eu une récidive, l’érysipèle s’en empara. Sur une femme, nous vîmes tout le corps être successivement envahi pnr une éruption de variole confluente et le lambeau respecté ; mais à la fin de l’éruption, lorsqu’il eut pris plus de vitalité il fut lui-même envahi quoique les pustules offrissent moins de volume.
Hypertrophie du lambeau. — Le lambeau prend quelquefois un énorme développement; il s’hypertrophie et devient si difforme que les malades réclament alors les soins du chirurgien pour les en débarrasser. Cette hypertrophie est rare, et cependant nous l’avons observée plusieurs fois. Lorsqu’un pareil état déforme la région, et lorsque la nutrition a acquis un grand développement, il est du devoir du chirurgien de s’en occuper et de tenter d’abord une compression modérée, afin d’affaisser le lunbeauet de rendre la nutrition languissante. Si la compression rationnellement exercée ne réussit pas, il convient d’ébarber le lambeau; c’est-à-dire qu’on enlève toute la portion excédante et
HVPËRTROPHIE DU LAMREAU. 405
qui dépasse la surface de la peau ou de la région où il a pris racine. Deux fois nous avons corrigé la difformité de cette manière sur un de nos malades, et sur un malade de M. Bcrard (Auguste). Voici comment nous pratiquons cette opération : les parties environnantes étant exactement tendues, nous enlevons avec un bistouri droit placé horizontalement et promené d’une extrémité à l’autre du lambeau, sa partie exubérante, en ayant soin de raser les tégumens environnans sans les intéresser. Le sang s’écoule en plus ou moins grande quantité, mais bientôt on l’arrête par la plus légère pression; une suppuration superficielle s’établit , une cicatrice se forme, et il existe un tissu inodulaire qui empêche de nouveau le développement du lambeau.
Le premier nous avons appelé l’attention des chirurgiens sur l’hypertrophie du lambeau, et le premier aussi nous avons conseillé l’ébarbement qui remédie à merveille à la difformité.
Locomotion du lambeau. — Par locomotion du lambeau nous eniendons le déplacement qu’il éprouve par suite de la section de son pédicule ou des mouvemens imprimés à la région. C’est là pour nous la véritable signification du mot, et c’est dans cette acception littérale que nous en parlons. Nous ne donnons donc pas à ce mot une extension inusitée.
Donc pour nous la locomotion du lambeau consistera dans un déplacement plus ou moins considérable. Comment après la section du pédicule le lambeau se
déplace-t-il? Il s’éloigne de son point d’insertion souvent en raison du degré de tiraillement exercé sur lui par suite de la distension qu’il éprouve. Mais il est bien plus fréquent de le voir changer de lieu par suite des mouvemens des parties environnantes, et surtout à mesure que les mouvemens de la région eux-mêmes s’agrandissent. Nous avons observé un écartement de plusieurs pouces entre le pédicule divisé et le corps du lambeau chez un homme auquel nous avions fait une autoplastie axillaire. Il est évident que c’est à la faveur de ce déplacement que les mouvemens cessent d’être douloureux, et que c’est par lui qu’ils deviennent aussi complets que possible.