MÉTHODE PAR RENVERSEMENT OU PAR INFLEXION
Aux trois méthodes précédentes, j’en ajouterai une quatrième à laquelle j’ai donné le nom de méthode par renversement ou par inflexion.
Nulle part il n’a été question de cette méthode ; par conséquent elle est essentiellement différente du procédé par déplacement dont MM. Dieffenbach et Serre de Montpellier ont parlé. On sait que ces chirurgiens ont conseillé de déplacer la membrane muqueuse afin de s’opposer à l’aihrésie de l’ouverture de la bouche. M. Dieffenbach taille un lambeau buccal, et attire la muqueuse qui le forme sur les commissures.
M. Serre s’oppose à la fermeture de la bouche après la restauration des lèvres, en ayant soin , avant d’enlever la tumeur cancéreuse, de disséquer la membrane muqueuse avec laquelle il forme le bord libre (le la nouvelle lèvre.
442 DES ftlÉTIIOI^ES 4.UT0PLASÏÏQUES.
Yoiqi les propres paroles de M. Serre :
« Il en, est à-peu-près ainsi de la cheiloplastie ; nous n’en sommes plus, en effet, aq temps où l’on se contentait de prendre un lambeau sqr la peau du cou ou du bras et de l’appliquer coplre l’os maxillaire, saqf à le voir se recoquiller bientôt après et à laisser les dents à découvert. Depuis que j’ai prouvé que l’on pouvait disséquer la muqueuse buccale à la surface même des tumeurs cancéreuses, et la conserver en assez grande quantité pour ourler le bord libre de la nouvelle lèvre , la cheiloplastie a changé de face et est devenue l’une des opérations les plus importantes et les plus parfaites de la chirurgie plastique. »
Outre que ce procédé n’est pas applicable à tous les cas d’athrésie buccale, puisque la membrane muqueuse est fréquemment altérée en même temps que les autres tissus, la dissection de cette membrane, dans les circonstances où il ne s’agit pas d’enlever la totalité de la lèvre, serait très douloureuse et exigerait que l’on fit l’ablation d’une certaine épaisseur de l’ouverture de la bouche : or, pour les oblitérations par brûlure, par gangrène, par ulcération, et les vices de conformation congéniaux, la mélho4e par inflexion est préférable ; elle est, en effet, beaucoup plus sûre dans ses résultats et beaucoup plus simple quant au procédé opératoire; j’ajoute que c’est là une méthode qui cherche à se généraliser et non un procédé opératoire.
MÉTHODE PAR RENVERSEaiENT. i4^
D’après ce qui précède, il pst évident qu’il s’agit ici d’une autoplastie qui se pratique sur les poinU où il y a une surface muqueuse, unie à la membrane cutanée, et par conséquent cette méthode esj; applicable aux alhrésies des ouvertures naturelles.
En parlant de l’autoplaslie par régions , nous verrops combien on peut retirer de prolit de ce genre autoplastique. Nous en avons fait un fréquent usage pour la bouche, les voies génitales, les anits coptre nature.
Cette méthode peut servir à oblitérer le§ oqvertures accidentelles et à conserver Ips ouvertures naturelles en raison de la structure des membranes muqueuses et cutanées, qui ne permet pas l’oblitération par fusion.
Ainsi , on peut avoir recours à celte méthode , lorsque, après une opération, on craint le rétrécissement ou l’oblitération d’une ouverture naturelle ; ou lorsque le rétrécissement existe , ou bien encore lorsque le rétrpeissement est congénial.
Procédé opératoire.
Dans cette opération , on distingue deux temps : 1° le ravivement; 2" la réunion.
Premier temps. — Lorsque les lèvres de la plaie ou de l’ouverture accidentellement rétrécie, ont été élargies, il faut tailler les surfaces de la manière suivante pour pouvoir les mettre en contact et les maintenir en rapport par la suture.
444 DES MÉTHODES AUTOPLASTIQUES. '
On doit toujours tailler en biseau un point ou toute la circonférence d’une ouverture naturelle aux dépens de la surface cutanée, sans toucher aux parties molles qui soutiennent la membrane muqueuse. Ce premier temps peut se faire avec le bistouri ou des ciseaux. Il résulte de là une saillie correspondant à l’ouverture naturelle et une dépression excentrique plus ou moins profonde.
Deuxième temps. — Cette perte de substance étant opérée, et l’ouverture naturelle agrandie , il suffit, pour maintenir les parties en cet état , de renverser en dehors le bord saillant et de le fixer sur le bord concave; c’est-à-dire, surface saignante contre surface saignante. Ce temps de l’opération s’exécute avec les doigts, avec une épingle, ou avec une aiguille armée d’un fil. Cela veut dire que le tout est maintenu en place par la suture entortillée ou entrecoupée.
La suture étant terminée, on a un rebord arrondi, formé par le roulement de l’ouverture que l’on veut dilater. Par ce mode opératoire la muqueuse devient apparente et d’interne externe; et seule elle forme la circonférence d’une ouverture par son renversement.
Les fils doivent être coupés au bout de trois ou quatre jours.
Plusieurs fois j’ai fait usage de cette méthode pour la bouche, l’anus, et les organes génitaux de la femme ; toujours le résultat a été satisfaisant et la difformité peu prononcée.
MÉTHODE PAR RENVERSEMENT. i45
On n'est jamais exposé par celte méthode à la gangi'ène ou à des insuccès, puisque la réunion s’obtient sans difficultés , un excès d’inflammation n’étant pas à craindre, des fusées de pus ne pouvant avoir lieu, et toutes les conditions de vitalité se rencontrant au plus haut degré dans les surfaces saignantes.
TROISIËME PARTIE.
De Fautoplastie dans ses applications particulières à la réparation des diflormités des diverses régions ilu corps.