CHAPITRE I
AUTOPLASTIE AURICULAIRE OU OTOPLASTIE.
Je ne parlerai que des réparations partielles, et ne m’occuperai que d’une manière très succincte de la réparation de l’oreille externe dans son entier. D’abord le pavillon de l’oreille peut manquer dès la naissance, et il est bien certain que jusqu’à présent on n’a trouvé aucun procédé pour obvier à ce vice de conformation, et qu’il est impossible de refaire un fibro-cartilage, véritable squelette de l’oreille. Ce ne serait d’ailleurs que dans l’intention de remédier à la difformité choquante qui résulte de l’absence du pavillon que l’on pourrait recourir à l’autoplastie, puisqu’il suffît de l’oreille moyenne et de l’oreille interne pour que l’audition ait lieu quoique d’une manière imparfaite.
Cette difformité se produit soit par un vice congénial , soit accidentellement chez divers animaux , et alors l’audition est, dit-on, perdue ou diminuée. Le pavillon de l’oreille est, en effet, nécessaire pour rassembler les ondes sonores et les diriger vers le conduit auditif; mais il n’est pas absolument indispensable à l’accomplissement de l’audition, et même il est prouvé que, dans un assez grand nombre de cas, l’ouïe n’a rien perdu de sa finesse et de sa sensibilité.
J’ai vu un homme qui avait eu une oreille entièrement enlevée par une roue de voiture, conserver l’audition intacte de ce côté, quoiqu’il n’eût plus que ce
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conduit auditif très rétréci à son orifice externe par le travail inodiilaire qui formait la cicatrice.
11 est commun de voir des décollemens de l’oreille et des pertes de substances de la peau survenus à la suite de suppurations abondantes, de phlegmon diffus du cuir chevelu et de gangrène. Si le recollement ne s’obtient pas par des compressions régulières et par le bourgeonnement, il est utile de raviver le trajet organisé et de réunir par la suture après avoir, en dehors de celle ci, fait des incisions plus ou moins profondes pour permettre l’agglutination; on fait alors de l’autoplastie par déplacement.
Mais lorsqu’il existe une perte de substance, on est (juclquefois forcé de disséquer la peau pour la déplacer, et d’aider à ce déplacement par des incisions latérales.
Quelquefois le lobule de l’oreille est partagé en deux avec ou sans perte de substance , et il existe alors une division choquante que l’on peut comparer à celle du bec de lièvre. Celui-ci seulement tient le plus souvent à un vice de conformation congénial, tandis que l’autre est principalement dù à un accident, à l’action des boucles d’oreilles ou des crochets qui ont été placés dans un but d’agrément. Lorsque ces objets sont d’un trop grand poids, ou lorsqu’on les tiraille trop, il en résulte de petites déchirures partielles qui se cicatrisent isolément; enfin deux lèvres lorsque la déchirure est devenue complète. Il n’y a pas long-temps que j’ai dû remédier à une difformité de ce genre survenue chez une jeune fille^
AUTOPLASTIE APPLIQUÉE.
baigneuse à Tivoli, qui avait eu le lobule traversé par un corps métallique dans l’inlcnlion de guérir une autre maladie. Les deux lobules étant complètement divisés, j’ai ravivé comme pour le bec de lièvre avec Tinstrument tranchant les lèvres de la double division, et je les ai maintenues en contact par plusieurs points de suture. Des incisions latérales ont été pratiquées de chaque coté de la suture pour permettre le rapprochement. En peu de jours, la guérison a été complète.
Une perforation du pavillon de l’oreille, une perte de substance de son lobule doivent être traitées par le ravivement de la circonférence de l’ouverture, la suture et des incisions latérales profondes ou superficielles. Ce mode opératoire réussit à merveille.
Au contraire quand le lobule a été complètement détruit, ou lorsqu’une perte de substance ou une échancrure considérable existe au pavillon de l’oreille, on ne peut réparer les difformités qu’en rafraîchissant ces surfaces et en empruntant un lambeau avec ou sans torsion, suivant qu’il a peu de chemin à faire ou beaucoup pour être appliqué sur les parties déformées : dans le premier cas, c’est la méthode française, dans le second, c’est la méthode indienne.
Galien, Celse, P. d’Egine ont indiqué plutôt qu’ils n’ont décrit les réparations de l’oreille; et rien dans ce qu’ils ont dit ne peut servir à diriger les praticiens. 11 n’en est pas de même de Tagliacozzi qui parle d’un moine Bénédictin chez lequel la réparation d’une oreille fut si parfaite que l’on ne pouvait la dis-
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tinguer de l’autre tant le succès avait été complet {').
Depuis ce célèbre autoplaste, les restaurations de l’oreille étaient tombées dans l’oubli, et c’est M. Dieffenbach qui a tenté de les en retirer.
11 résulte des expériences faites sur l’homme, que la reconstruction de l’oreille peut être essayée avec quelque espoir de succès, toutes les fois qu’un pavillon n’a pas été complètement détruit et qu’il en reste assez pour servir de soutien au lambeau réparateur. Tant que la destruction ne dépasse pas l’anthélix, on peut espérer de réparer la perte de substance avec assez d’exactitude pour que la difformité ait perdu de ce qu’elle avait de choquant.
Pour réparer l’oreille, tantôt on se sert de la peau qui entre dans sa structure et tantôt on fait usage des tégumens qui l’environnent. Les méthodes indienne et par transplantation sont celles que l’on emploie habituellement, et ce ne serait que pour réparer le tragus que l’on pourrait recourir à la méthode française.
(') Tumvero Iraducem aclducere convenit et suturis cum auribus committere. Has aurium figura reget, et qua vel depressa, vel excelsa, designandæ etafïligendæ sunt. Id autem non solum ad coalitum confert maximè, sed multo magis ad auris novæ conformationem, dum cartilagini annexus tradux , illabente desiiper virtute, gyros eos et aurium flexus non inscite dixit annulari. Attestatur hoc monachus quidam ex familia D. Benedicti, cui medi aiiriculæ pars ea quæ inferior, tam eleganter, tam venuste resliluta fuit ut id et nostram , et aliorum qui adstabant, captum excederet. Cum itaque totius conformationis summæ in suturis, ut recte fiant vertatur, quam poterit diligentissimi tractandæ sunt (liv. n, t. xx de Curlonm chirurçjia per incisionem ).
AUTOPLASÏIE APPLIQUÉE.
Procédé opératoire.
Dans un premier temps on dissèque la peau en ayant soin de ne pas la dépouiller de son tissu cellulaire et de faire bien attention à son excessive minceur qui permet de la trouer et d’y interrompre la circulation par la plus petite cause, par exemple, par une torsion exagérée ou une compression trop forte.
Le second temps consiste à appliquer la surface saignante du lambeau sur la surface rafraîchie de l’oreille et à maintenir ces deux parties en contact par les sutures entortillée ou entrecoupée. Je préféré ces dernières.
Lorsque l’agglutination est complète on coupe les fils et on divise le pédicule afin d’éviter les tiraillemens et de donner au lambeau la forme la plus convenable et le plus de régularité possible. .
Le lambeau de l’oreille demeure, dit-on, plus rouge dans le principe.
Lorsque le pavillon de l’audition a été complètement désorganisé, la chirurgie plastique ne peut plus rien, et il faut en appeler à la prothèse artificielle pour remédier à un pareil accident. Cette espèce de cornet acoustique était mis en usage du temps d’Ambroise Paré (’ ). 11 est évident que cette partie mécanique a subi depuis d’importans changemens et son degré d’utilité d’ailleurs est en rapport avec sa perfection.
(') OE livres complètes, nouvelle édition. Paris, 1840, t. ii, p. 610.
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