TRAITEMENT DU CANCER
plasique. Ces hybrides auraient une marche plus lente, causeraient des douleurs moins vives, saigneraient moins facilement. Ces particularités cliniques ne sont pas hors de contestation. La seconde variété est même douteuse. Mais la première existe certainement et l'aspect objectif est alors, pendant quelque temps, à la fois celui de la gomme et celui du cancer : le problème est donc le même que pour les transformations malignes de la leucoplasie, de l'ulcère dentaire. C'est dans ces conditions qu'est indiqué le traitement pierre de touche, pour bien déterminer si dans la lésion examinée existe un élément contre lequel, après amélioration initiale, il reste impuissant.
A titre de faits curieux je citerai deux observations.
A. Desprès (') a vu une ulcération arsenicale ressemblant à un cancer chez une femme qui mettait constamment dans sa bouche des fils de soie teints au vert de Scheele.
Rappeler (*) a observé un homme de vingt-six ans, chez qui une myosite sclérosante de la base de la langue, liée sans doute à l'existence de calculs du canal de Wharton, ressemblait à un cancer et fut extirpée comme telle par la voie sus-hyoïdienne.
Le diagnostic différentiel une fois établi, ce n'est qu'une partie de la besogne. Il est indispensable d'explorer par la vue, le toucher, l'exploration bimanuelle, la langue, le voile du palais, le plancher buccal, les ganglions cervicaux; il faut déterminer avec soin si la base de la langue est envahie, si la ligne médiane est franchie. De là résulteront les indications opératoires que j'ai résumées précédemment ; de là résultera aussi le choix du procédé opératoire.
Traitement. — La seule chance de cure radicale est dans l'extirpation du néoplasme. Mais il y a des indications au traitement palliatif. Quant au traitement médical, on y a à peu près complètement renoncé. Autrefois Cloquet, Larrey, Richet, puis Verneuil ont dit avoir eu quelques résultats palliatifs par l'administration de l'arsenic ; plus récemment, Verneuil a conseillé de soumettre les opérés à cette médication, qui préviendrait, jusqu'à un certain point, la récidive (*). En tout cas, on ne connaît pas d'inconvénient à cette manière de faire.
J'en arrive, maintenant, au traitement chirurgical, palliatif et curatif.
A. Traitement palliatif. — Un traitement palliatif bien dirigé rend de réels services dans les cancers inopérables.
Toujours on aura soin d'arracher les dents cariées et pointues, d'ordonner des aliments mous et non irritants, de prescrire des lavages buccaux fréquents, d'appliquer sur les ulcérations détergées des poudres antiseptiques et narcotiques. Butlin, par exemple, préconise une poudre où il associe riodo forme, le borax et le chlorhydrate de morphine.
A côté de ces moyens, toujours indiqués, il en est d'autres qui ont des indications spéciales.
La douleur sera combattue par les narcotiques appliqués directement sur
(') A. Desprès, Bull, et mém. de la Soc. de cliir., Paris, 1880, n. s., t. IV, p. 624. (*) Rappeler, Deutsche Zeitschr. f. Chir., Leipzig, 1882, t. XVI, p. 309. (*) Verneuil, Troisième congrès franc, de chir., Paris, 1888, p. 206.
l'ulcération ou administrés en injections hypodermiques. Certains auteurs anglais ont tenté, lorsque les souffrances sont vives, de les faire cesser par b section du nerf lingual : mais les faits de Hilton, Moore, Collin ne sont pis bien encourageants et la névrotomie n'a donné, tout au plus, que des améliorations passagères.
L'asphyxie peut nécessiter la trachéotomie ; contre la dysphagie on s'adressera au cathétérisme œsophagien répété ou même on mettra une sonde à demeure, introduite par une des narines.
Les hémorrhagies s'arrêtent par les styptiques, la glace, la compression sur l'ulcération ou sur la carotide. Au besoin, et cela surtout quand on estes présence d'une ulcération vasculaire, on liera une des linguales, les deux si c'est nécessaire, ou la carotide externe.
Peut-on espérer mieux encore de ces ligatures à distance ? Après un succès de Mirault (d'Angers) on a cru, pour un instant, qu'elles étaient susceptibles d'avoir une action atrophiante heureuse. Mais le succès de Mirault a trait à une femme de vingt-trois ans : sexe et âge bien rares ; et depuis, on n'a plus enregistré de guérison semblable. C'est tout au plus si Roux, Demarquay. P« Broca ont vu la tumeur s'affaisser, d'où une facilité plus grande de la respiration et de la déglutition (f).
Je ne parlerai des flèches caustiques, des injections interstitielles au nitrate d'argent, à l'acide acétique que pour constater leur complet abandon. Peut-être, les injections de chlorate de potasse procurent-elles quelques améliorations.
B. Traitement enratif. — L'ablation, ai-jc dit, est le seul traitement curatif. Elle se pratique par des procédés opératoires très nombreux, avec ou sas opérations préliminaires pour frayer une voie d'accès artificielle. Je me garder* bien de décrire en détail tous ces procédés, mais je vais tâcher de montrer quelles sont les indications des principaux.
Lorsqu'on est en présence d'un épithéliome petit, récent et limité, occupait la pointe de la langue et n'ayant pas encore, presque à coup sûr, provoqié d'engorgement ganglionnaire, de tout temps la conduite chirurgicale a été bien simple : d'un coup de ciseaux ou de bistouri on abat la partie malade et après ablation de ce fragment en V on suture les bords de la plaie. Poar ces petits épithéliomes, on a quelquefois employé d'autres procédés, dm» aujourd'hui le doute n'est plus permis et l'indication de l'instrument trancha*** est absolue.
C'est surtout pour les cancers plus étendus que l'on a discuté, principale — ment pour ceux qui tendent à gagner la base de l'organe ou le plancher buccal — Dans ces conditions, les hémorrhagies primitives et secondaires étaient naguère fréquentes, étaient même la règle et on s'ingéniait à trouver des procédés q»3 missent en garde contre ces accidents. De là les ligatures lentes préconisé©"* par Mayor, Récamier, Blandin ; Cloquet et Arnott ont passé leurs anses par ^* voie sus-hyoïdienne. De nos jours, on a tenté de recourir à la ligature élastiq»^ et je mentionnerai quelques essais de Delens, Gosselin, Verneuil, TrélatÇ*)
(') Voy. sur ce sujet: Mauvoisin, Thèse de Paris, 1873, n° 172. — Larrieu, Thèse de Pmrï=^ 1882, n« 242.
(*) Voy. Quinot, Thèse de Paris, 1876, n° 61. —Gaillard, Thèse de Paris, 1880, n*«-