‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892 (volume 2)Chapitre 115 sur 237 · A. — ANGINES · texte numérisé non relu

A. — ANGINES

Les anciens désignaient tous les maux de gorge sous le nom d'angine et d'esquinancie ; et ils en rapprochaient même des troubles fonctionnels n'ayant rien à voir avec la gorge, tels que l'angine de poitrine, par exemple. Peu à peu le sens du mot s'est restreint et, lorsqu'il n'est pas accompagné d'un qualificatif, le terme angine ne s'applique qu'aux affections inflammatoires, totales ou partielles, de l'isthme du gosier, c'est-à-dire du voile du palais et de ses piliers, de la base de la langue, des amygdales surtout et du pharynx buccal. C'est au pharynx buccal qu'appartiennent, en partie au moins, les replis aryépiglottiques,dont le gonflement inflammatoire constitue une forme de l'œdème de la glotte ou angine laryngée^œdémateuse ; mais ici les troubles dyspnéiques dominent la symptomatologie et la thérapeutique, en sorte que l'usage justifié est de ranger cette maladie parmi celles du larynx. Quant à l'angine linguale, j'en ai déjà dit quelques mots(*).

Étiologie générale. — Il y a deux espèces principales d'angines, les unes non infectieuses, et les autres infectieuses.

Les angines non infectieuses, de cause exclusivement locale, sont celles qui relèvent d'irritations alimentaires ou médicamenteuses; et parmi les médicaments il faut distinguer ceux qui agissent par contact direct et ceux qui doivent être d'abord absorbés et transportés par le sang, puis viennent exercer sur la gorge une action élective. C'est par ce dernier mécanisme

(*) Morrant Baker, St-Barthol. hosp. rep., London, 1870, t. XII, p. 163. n Voy. t. V, p. 208.

que sonl produites les angines causées par l'iode, la belladone, le dalura, par exemple.

Ces faits intéressent le médecin el non le chirurgien. Je m'en tiendrai donc à celle courte mention, el j'en viens aux angines infectieuses qui sont, de beaucoup, les plus fréquentes cl les plus importantes.

Y a-l-il ici plusieurs microbes pathogènes? Ces divers microbes provoquentils des formes symplomaliques spéciales? Ces questions, abordées seulement depuis peu, n'ont pas encore reçu de solution. Je ne m'occuperai donc que du mode d'infection.

Il est des angines qui sont simplement une lésion infectieuse locale, provoquée par des microbes qui ont trouvé une porte d'entrée et un terrain favorable. Cette porte d'entrée peut être Iraumaliqnc, cl de la les accidents inflammatoires consécutifs à certaines plaies superficielles, surtout lorsqu'il y a pénétration d'un corps étranger; ainsi, quelquefois, lorsqu'une aréle de puisson se fielie dans l'amygdale.

Il y a encore, jusqu'à un ccilain point, une provocation traumalique pour ces amygdalites a répétition liées à l'existence de calculs ou d'amas easéeux retenus dans les cryples de l'amygdale où pullulent les microbes les plus divers. Mais ici l'elTraclion est, à vrai dire, à peu prés nulle, souvent même nulle, el l'éliologie se rapproche de celle des angines dites spontanées.

Même sans ces causes adjuvantes, en effet, les cryptes amygdalienncs cl celles de tous les amas lymphatiques du pharynx sonl habitées, chez les sujets sains, par des microbes variés, dont quelques-uns seulement sont déterminés. A un moment donné, la défense de l'organisme devient insuffisante, il en résulte une réaction inllammatoire et l'angine csl constituée. Mais l'infection ne reslc pas toujours exclusivement focale; elle esl susceptible de se généraliser, el l'on se trouve, en somme, en présence d'unc'pyrexie infectieuse, avec atteinte de l'étal général. Cette doctrine, qui esl celle de Ch. Bouchard.de Landouzy('), est plus vraisemblable que la doctrine inverse, soutenue par Kannenberg, d'après laquelle l'infection est d'abord générale.

Est-ce à dire cependant que l'étal général n'ait aucune influence éliologiqucï 11 n'en est rîen, el comme pour loules les maladies infeclieuses, locales ou générales, nous voyons intervenir la débililation, le surmenage, le refroidissement el l'humidité, d'où la fréquence des angines au printemps ou à l'automne. Chez la femme, la menstruation s'accompagne quelquefois de poussées congestives ou inflammatoires de la gorge, et pendant cette période les angines herpétiques sonl fréquentes.

Variétés. — Les diverses causes que j'ai énumérées produisent des angines suppurées ou des angines non suppurées.

Les angines non suppurées n'ont rien de chirurgical, maïs leurs complications sonl en partie de notre ressort. Je ne m'occuperai que de ces complications.

Je passerai sous silence les angines des fièvres éruplives, de la (lèvre typhoïde, des fièvres palustres.

(') Lakdouzv, l'ro'jrti mtd., Va

», issri, p. isoo et Uïm.

Page 1