D. — TUMEURS SANGUINES DU PLANCHER BUCCAL
- Les tumeurs sanguines spéciales à la région sont des sortes de tumeu\ érectiles, qui occupent le siège des grenouillettes ordinaires et que Dolbeau décrites sous le nom de grenouillettes sanguines (l).
' Doldeau, Mém. sur une variété de tumeur dite gren. sanguine. Paris, 1857. — Perass Caso di ranula sanguigna in una bambina di sette mesi. Giornale délia R. Acad. di med. < Tarino, 1873, n* 11, et Rivisla di med., di chir. e di terap., 1873, KWasc.
D'après Dolbeau, ces grenouillettes sanguines succèdent à des tumeurs érec tiles veineuses : 1° par la rupture ou l'ulcération de la paroi veineuse et l'épan chement du sang dans les tissus ; 2° par l'oblitération des veines sur certain points et la destruction des parois contiguës dans les portions restées libres d'où formation d'une cavité ; 5° par la dilatation latérale du même vaisseau. ' Toujours congénitales, ces tumeurs sont violacées, réductibles, et augmentée pendant les efforts. Leur marche est fort lente; elles peuvent s'enflammer e se transformer en un kyste séro-sanguin isolé.
Dolbeau, par crainte de l'infection purulente survenue après une ponctioi dans un cas de Nélaton, voulait qu'on s'abstînt de tout traitement. On a ei recours aux injections de perchlorure de fer, aux cautérisations, à l'électrolyse mieux vaudrait, si l'on se décide à intervenir, recourir franchement à l'extii pation, la forcipressure mettant aujourd'hui à l'abri de l'hémorrhagie.
Signalées au niveau du plancher buccal par Marjolin, Dupuytren, J.-B. d Landeta, ces tumeurs ont été improprement décrites sous le nom de grenouilletle graisseuses.
De Landeta (J.-B.), Réflexions sur quelques tumeurs sublinguales. Thèse de Paris, 18CÎ n* 4. — Churchill, Fatty tumour simulating ranula. Trans. ofthe path. Soc, London, 187! jt. XXIII, p. 235. — Monod (Ch.), Lipome du plancher de la bouche. Bull, et mém. de la So de chir., Paris, 1881, nouv. série, t. VII, p. 365.
Les lipomes du plancher buccal se rapprochent beaucoup des kystes dei moïdes, mais sont beaucoup plus rares, ont une marche lente et continue
(f) Signalons simplement un cas exceptionnel d'anévrysme artério-vcineiix ayant néecj site la ligature des deux linguales. (A. Després, Tumeur veineuse du plancher de la bouch< Anévrysme artério-veineux. Ligature des deux linguales. Bull, et métn. de la Soc. de chir Paris, 1879, nouv. sér., t. V, p. 794.)
tendent à se développer du côté du cou plutôt que vers la bouche. De Landéfo signale à leur niveau une teinte jaunâtre de la muqueuse, qui manquait dans un cas de Ch. Monod. La sensation perçue par le palper est une sensation de fausse fluctuation, de tumeur liquide très distendue.
Le seul traitement est l'extirpation au bistouri qu'on fera lorsque la turneur deviendra gênante par son volume.
Le plancher buccal peut être envahi par des tumeurs malignes nées dans les organes voisins (langue, maxillaire inférieur) ; il peut être le point de départ des lésions. Seuls les néoplasmes, jiés dans la région, nous arrêteront.
De Landeta (J.-B.), Réflexions sur quelques tumeurs subling. Thèse de Paris, 1805, n° 4. — Brady, On a case of sublingual tumour, etc. Médical Times and Gaz., London, 1867, t. I, p. 386. — Verneuil, Épithél. des glandes subling. Bull, de In Soc. de chir., Paris, 1871, 2# sér., t. XII, p. 225. — Spence, Sublingual cancroid ulcer; opération; recovery. The Lancet, London, 1875, t. I, p. 858. — Margnat (A.-F.), Contribution à l'étude de l'épithélioma de la glande sublinguale considéré surtout au point de vue du traitement. Thèse de Paris, 1877, n°132. — Bryant, Two cases of epith. of the tongue and onc of epith. of the floor of the mou th. The Lancet, London, 1878, t. I, p. 827. — Larrieu <L.), Contribution à l'étude de répithélioma du plancher de la bouche. Thèse de Paris; 1879, ti° 500. — Zeissl, Eine noch nicht beschriebene Geschwulst der Sublingualdrtisc. Stricker's ined. Jahrb., Vienne, 1882, t. II, p. 197. — Faure, De l'épithélioma du plancher de la bouche. Thèse de Paris, 1883-188-i, n° 243. — Feuilletaud, Du traitement chirurgical des tumeurs du plancher de la bouche. Thèse de Paris, 1885-1886, n* 152. — Rien et, Cancroïde ulcéré du plancher buccal. France méd.y Paris, 1886, t. II, p. 1313.
Étiologie. — L'épithélioma du plancher buccal se montre surtout de cinquante à soixante ans et presque exclusivement chez l'homme : 15 fois sur 46 (P. Faure). Les diverses irritations locales invoquées à propos du cancroïde de la langue trouvent ici leur place comme causes prédisposantes.
Anatomie pathologique. — La maladie débute par la muqueuse de la région, peut-être quelquefois, ce serait même la règle pour le professeur Verneuil, par les glandes sublinguales.
En tous cas, très rapidement l'affection envahit les glandes sublinguales ; elle s'étend même plus loin, dans les ganglions, dans la glande sous-maxillaire, et se propage même, d'autre part, au maxillaire inférieur.
Histologiquement, on trouve soit un épithélioma pavimenteux lobule, soit un épithélioma tubulé, soit même un épithélioma à la fois tubulé et lobule, comme le fait a été observé par Suchard dans une autopsie.
Symptômes. — Le début a lieu généralement par une petite tumeur verruqueuse, de la grosseur d'un pois, dure, indolente, ne révélant sa présence que par un peu de gêne dans les mouvements de la langue ; dans quelques cas la maladie commence par une petite fissure linéaire à base indurée.
Rarement le chirurgien est appelé à cette période; le plus souvent, lorsque le malade se présente à lui, il existe déjà un ulcère linéaire, en forme de tranchée, reposant sur une base dure qui constitue la tumeur; l'induration s'étend
soutent au loin et comprend le périoste du maxillaire inférieur dans une étendue variable, les ganglions et même la glande sous-maxillaire.
La marche est beaucoup plus rapide que celle de l'épithélioma lingual et U récidive presque constante (A. Verneuil).
Aussi faut-il, lorsqu'on intervient, faire des opérations larges et même réséquer une étendue plus ou moins grande du maxillaire inférieur.