A. — FRACTURES DE L*OS HYOÏDE
Nous réunirons aux fractures de l'os hyoïde les luxations de la grande corne que Valsalva, Gibb et Ripley ont décrites^), la distinction entre les deux étant
(') Voy. Traitement des rétrécissements p. 567 et Des fistules du larynx et delà trachée, p. 574.
(*) Ces luxations seraient causées par l'ingestion de bols trop volumineux ; d'après Valsalva, il s'agirait là d'une lésion bénigne ; la déglutition, impossible après l'accident, redeviendrait immédiatement facile, une fois la réduction faite.
516 MALADIES DU LARYNX ET l)E LA TRACHÉE.
impossible en clinique cl l'âge seul permettant d'avoir des présomptions sur
l'absence d'ossification et de soudure osseuse des diverses pièces de cet os.
Étiologie. — Ces fractures sont rares, l'hyoïde étant protégé par sa mobilité et par la saillie du maxillaire inférieur, qui peut être brisé en même temps On les observe surtout chez les gens âgés dont la grande corne est soudée. Elles résultent le plus souvent de la strangulation, quelquefois d'une chute sur un corps dur, tel qu'une pierre ou une barre de fer ou encore d'un choc direct ('). Orfila et Cazanvieilh, les, ont observées après la pendaison, mais c'est là un fait exceptionnel, la corde glissant jusqu'au maxillaire qui l'arrête. Dans un cas d'Ollivier jusqu'ici unique, la fracture a été produite par la contraction musculaire. Il s'agissait d'une femme de cinquante-six nns, qui, faisant un faux-pas, tomba la lêlc en hyperextension, sentit un craquement et se fit une fracture de la grande corne gauche.
Anatomie pathologique. — La fracture siège ordinairement sur la grande corne, à sa jonction avec le corps, ou dans un point voisin; rarement elle est bilatérale, rarement aussi clic occupe le corps de l'os ; la fracture des petites cornes n'a jamais été notée.
Symptômes — La fracture de l'os hyoïde est assez fréquemment accompagnée d'un craquement, d'un crachement de sang quelquefois abondant, de douleurs vives exaspérées par la pression, par la parole et par la déglutition. Les mouvements de la langue eL de la déglutition sont gênés; la voix est rauque, faible; dans quelques observations on voit des accès de suffocation survenir après la déglutition de quelques gouttes de liquide.
L'examen local permet de constater la mobilité anormale des fragments. avec ou sans crépitation et souvent leur déplacement en dedans appréciable par le loucher pharyngien.
Rapidement apparaît un gonflement du cou accompagné d'ecchymoses; plus tard surviennent des phénomènes inflammatoires, accompagnés de toux, d'expectoration, d'enrouement et même, comme l'a signalé Ollivicr, d'abcès avec nécrose et élimination d'un fragment osseux.
Diagnostic. — Le diagnostic est ordinairement facile, sauf quand le gonflement est considérable; il est quelquefois obscurci par la concomitance de fractures du larynx, dans un cas de Grunder, où le fragment était profondément engagé entre l'épiglolle et la fente glolliquc, on avait cru à une lésion des nerfs laryngés et la fracture ne fut reconnue qu'à l'autopsie (Fischer).
Pronostic. — Le pronostic est grave; sur 25 cas réunis par Fischer, on compte 12 morts. Assez souvent, chez les individus âgés, la mort est survenue par le fait de lésions pulmonaires. Cette gravité est toutefois très diminuée, comme le font observer tlamillon cl Poinsot, dans les cas où le traumatisme ne s'est pas exercé sur les organes voisins cl a limité son action à l'os hyoïde.
(') Dons la strangulation, la pression horizontale des doigta fracture l'os en resserrant l'arc; dans la chute ou le choc direct, la fracture se fait, au contraire, jifir redressement de l'arc dont les deux extrémités soûl isolément ,i|p|ilii|uécs contre In colonne vertébrale.
La fracture isolée de celui-ci semble se consolider assez vite, mais laisse quelquefois à sa suite une dysphagie rebelle et des troubles de la voix.
Traitement. — Il faut réduire les déplacements; l'index placé dans la bouche repousse en dehors et en avant le fragment postérieur, tandis que l'autre main agit au dehors sur le reste de l'os. Le simple repos suffit souvent pour assurer la contention des parties. Malgaigne conseillait d'incliner la tête en avant ; Lalesque et Auberge ont, au contraire, prescrit de renverser la tête en arrière de manière à exercer une extension permanente sur les fragments par l'intermédiaire des muscles et des ligaments qui s'y insèrent.
Pour combattre les phénomènes inflammatoires, on a utilisé les antiphlogistiques locaux, mais il faut bien savoir que ceux-ci sont quelquefois insuffisants, et que l'on doit se tenir prêt à faire la trachéotomie, celle-ci pouvant être nécessitée par l'intensité du gonflement. Dans quelques cas, la dysphagie a été telle qu'elle a nécessité l'emploi de la sonde œsophagienne (Kœnig).