‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892 (volume 2)Chapitre 47 sur 237 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les vices de conformation de la voûte palatine ont été étudiés avec le bcc-delièvrc et les maladies de la voûte palatine. Les autres vices de conformation detmâclwires ne méritent pas de nous arrêter longuement. Ces vices de conformation sont acquis ou congénitaux.

!• Vices de conformation acquis. — On observe parfois des pertes de substance plus ou moins considérables des mâchoires, à la suite d'une nécrose, d'une opération chirurgicale, mais surtout d'un grand traumatisme. A la mâchoire supérieure, on peut assez souvent remédier aux désordres par un appareil prothétique. A la mâchoire inférieure, la difformité est généralement plus apparente.

Quand le corps du maxillaire inférieur a subi une perte de substance, les deux fragments de l'os se rapprochent et s'unissent dans cette situation par un cal ou par du tissu fibreux. La portion antérieure de la mâchoire forme alors un angle plus ou moins aigu, la partie inférieure de la face est rétrécie, les arcades dentaires ne se correspondent plus, la langue est refoulée en arrière; la mastication, la déglutition et la phonation s'exercent avec difficulté.

Les ablations plus ou moins complètes du corps de la mâchoire inférieure par des coups de feu ou par de gros projectiles donnent parfois lieu à des difformités considérables. Legouest (Traité de chirurgie d'armée, 2e édit., p. 693) cite 5 cas, dans lesquels des blessés avaient perdu toute la partie antérieure delà mâchoire, sans que la langue se rétractât ou se pelotonnât en arrière sur le larynx. La salive s'écoulait constamment, la déglutition était difficile, la phonation était très imparfaite. Les joues se continuaient avec les parties latérales du cou ; ce qui restait de la lèvre inférieure se réunissait avec la partie supérieure du larynx et la base delà langue. Après la perte du maxillaire inférieur, la mâchoire supérieure éprouve souvent des modifications importantes : les dents se renversent en dedans, au point de devenir à peu près horizontales; ou bien, tout en restant verticales, elle se rapprochent par le rétrécissement latéral de la voûte du palais, qui s'élève en ogive vers les fosses nasales.

La restauration des pertes de substance de la mâchoire inférieure, lorsqu'elle est possible, peut réclamer une série d'opérations successives. Cette restauralion devient plus difficile, quand elle est entreprise tardivement, alors que les tissus, indurés et rétractés, se sont cicatrisés irrégulièrement et ont contracté des adhérences avec les os.

Indépendamment des pertes de substance, les mâchoires peuvent présenter, Ua suite de fractures, de nécroses, etc., toutes sortes de difformités, sur

lesquelles je n'insisterai pas. Je ne parlerai pas non plus de la constriction des

nàchoires, que j'ai étudiée dans le chapitre précédent. Parmi les autres vices de conformation acquis, il faut citer Y exagération

unilatérale de la courbure du maxillaire inférieur, Y atrophie d'une moitié du maxillaire inférieur. La mâchoire inférieure peut être poussée en avant d déformée par une tumeur de la langue. Une déformation analogue résulte des tractions exercées par des cicatrices ou par certaines tumeurs de la lèvre inférieure. Les tumeurs de la lèvre supérieure, au contraire, refoulent plutôt k maxillaire supérieur.

Dans le rachitisme, par suite de l'action des muscles génio-hyoïdiens, mybihyoïdiens et masséters, la partie antérieure du maxillaire inférieur s'aplatit, tandis que les parties postérieures basculent, de telle façon que le bord alvéo laire est déjeté en dedans et le bord inférieur évasé en dehors. Le maxillaire supérieur présente un rétrécissement correspondant à l'insertion des arcades zygomatiques ; par suite, son bord alvéolaire se trouve déjeté en dehors.

2° Vices de conformation congénitaux. — Il est une monstruosité rare, qui consiste dans l'existence d'une mâchoire supplémentaire adhérente à la mâchoire principale; c'est la polygnathie. Parmi les polygnathes, on distingue les épignathes, chez qui la mâchoire supplémentaire adhère à la voûte palatine, et les hypognathes, chez qui la mâchoire supplémentaire adhère à la mâchoire inférieure. Chez les hypognathes, le maxillaire surnuméraire s'implante d'ordinaire, par sa symphyse, au voisinage de la symphyse normale ; il renferme des follicules dentaires et des kystes. Ces tumeurs, suivant le sens dans lequel elles se développent, peuvent occasionner des accidents, qui engagent le chirurgien à pratiquer l'ablation de la mâchoire supplémentaire.

L'atrophie du maxillaire inférieur n'est pas rare chez les enfants idiots: leur menton est alors fuyant et ils ont une face de batracien. Par suite de celle difformité, l'arcade dentaire inférieure entre dans la parabole palatine. D résulte de là une gène fonctionnelle, qui se trouve diminuée toutefois par une mobilité exagérée de l'articulation tcmporo-maxillaire ou môme par une disposition spéciale de cette articulation, qui la fait ressembler à celle des rongeurs» la cavité glénoïde ayant une direction antéro-postérieure et permettant k 1a mâchoire de glisser fortement en avant. L'atrophie du maxillaire inférieur est accompagnée d'une atrophie de la langue et parfois d'une des malformations dont il me reste à parler.

Le développement exagéré de l'apophyse coronotde est une cause de conslriction congénitale des mâchoires, par un mécanisme analogue à celui qui permel ! la luxation de la mâchoire par accrochement osseux. Il est indiqué, dans ce cas, de réséquer l'apophyse coronoïde. L'ankylose congénitale de la mâchoire inférieure a été observée à titre exceptionnel.

Enfin on a décrit des luxations congénitales-, mais, ainsi que l'ont fait remarquer Malgaigne et Ogston, il ne s'agit pas, à proprement parler, de luxations. 11 existe, en effet, non seulement une laxité anormale de la capsule cl une déformation des surfaces articulaires, mais encore des lésions bien plus complexes : absence totale ou partielle de la cavité glénoïde, de la racine transverse, du condyle, de la branche montante. Ces anomalies coexistent assez souvent avec l'atrophie du maxillaire inférieur ou avec d'autres vices de conformation; elles s'observent surtout sur des fœtus monstrueux.

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