PLAIES D'ARMES A FEU
du temps, elles sont banales, et il n'y a à signaler que leur grande tendance à la guérison. Lorsque la cause vulnérante est intense, et ici il faut citer les coups de pied de cheval, les délabrements squelettiques sont la règle. Au fond de ces plaies contuses, dit O. Weber, les nerfs, surtout le frontal et le mentonnier, sont souvent ménagés et comme disséqués. Les coups de pied de cheval peuvent créer de véritables arrachements avec formation d'un lambeau rabattu en bas et comprenant une grande partie du masque. De Lamotte en a observé autant à la suite d'une chute sur une masse de bois.
De ces arrachements on peut rapprocher ceux qui accompagnent les morsure* d'animaux, de chien surtout : il y a deux plaies, qui correspondent aux arcades dentaires de l'animal, et sont arrachées chacune en sens inverse. A un degré plus avancé, il y a arrachement complet et perte de substance. Lindemann a vu un homme chez qui une morsure de cheval avait arraché la lèvre inférieure avec déchirures profondes des joues.
4° Les plaies d'armes à feu des parties molles seules sont exceptionnelles. Je citerai, à litre de curiosité, l'histoire d'un officier allemand qui eut les deux joues perforées de part en part, les rebords alvéolaires restant intacts, par une balle qui le saisit au moment où, la bouche largement ouverte, il poussait un victorieux hurrah !
C'est d'une arme à feu que sont partis les grains de plomb qui, lorsque le coup est tiré à distance, s'arrêtent dans les parties molles ou n'atteignent le squelette que d'une manière insignifiante. Mais ce n'est pas là, à vrai dire, des plaies d'armes à feu.
Presque toujours il y a lésion simultanée des parties molles et du squelette, et, contrairement à ce qu'on observe aux membres, les lésions des parties molles ne perdent pas leur importance en regard de celles du squelette.
Il y a deux catégories de coups de feu : les uns sont tirés à distance, les autres à bout portant.
Les coups de feu tirés à distance sont la règle en guerre. Ils ont pour projectiles des balles, des biscaïens, des éclats d'obus. Je n'insisterai pas sur les désordres étendus et variés des gros projectiles ; sur les fractures esquilleuses produites par les balles, au maxillaire inférieur surtout, car le maxillaire supérieur, spongieux, se laisse parfois perforer sans grand éclatement; sur les fractures des arcades alvéolaires. La balle, une fois arrivée dans la bouche, ressort de l'autre côté en brisant de nouveau les dents et le rebord alvéolaire: et quelquefois, entraînant des fragments osseux et dentaires, elle détermine plusieurs orifices de sortie. Lorsque ces divers projectiles ont une direction antéro-postérieure, ils vont souvent jusque dans l'axe cérébro-spinal causer des lésions mortelles. Mais lorsque leur direction est transversale ou oblique, il» se bornent dans la majorité des cas à des délabrements de la face; délabrements quelquefois énormes, dont on trouvera des exemples dans les livres des chirurgiens militaires, et je mentionnerai en particulier le blessé, soigné P&r Legouest, qui avait perdu de la sorte toute la face sauf les deux yeux.
Les coups de feu tirés à bout portant, que l'arme soit chargée à plomb ou à folle, résultent presque toujours de tentatives de suicide. Les bords de la plaie ^Bt brûlés, criblés de grains de poudre incrustés qui, après guérison, persistent ^s forme de tatouage. A cela se joignent des lésions produites par la balle
et des éclatements dus à la déflagration de la poudre. Ces lésions sont un peu différentes selon que le suicidé s'est mis le canon de l'arme dans la bouche on sous le menton.
Les coups de feu tirés dans la bouche sont assez fréquents ('). Le projectile suit un trajet très varié. Si l'arme était tenue bien verticale sous le palais, l'atteinte de la base du crâne serait certaine. Mais le fait est assez rare, comme le fait remarquer Boyer. Lorsque le sujet use d'un revolver ou d'un pistolet par réflexe il a coutume de renverser la tête en arrière. Lorsqu'il emploie m fusil, qu'il fait partir avec le pied après avoir enlevé le pontet, d'habitude 0 incline la tête en avant. Toutes les directions sont d'ailleurs possibles. Dans certains cas, la mort est immédiate, la balle allant couper le bulbe, la moelle cervicale; d'autres fois, le projectile laboure la partie antérieure de la face, faisant sauter la lèvre supérieure, la voûte palatine et le nez. La balle s'arrête encore à la nuque, dans les corps vertébraux, dans les tissus de la face, etc. Mais la balle ici n'est pas seule en jeu : les gaz produits en quantité énorme par la combustion de la poudre font éclater la cavité buccale, et les lésion ainsi produites sont au moins aussi importantes que les précédentes. Si bien que les accidents ne diffèrent guère lorsque l'arme est chargé à blanc : il nesl pas rare, dit Lcgouest, que dans les suicides au pistolet la balle tombe fortuitement, et souvent on ne s'en douterait pas à voir la plaie. Inversement lorsque la charge de poudre est faible les délabrements sont volontiers médiocres : et par exemple dans un fait de Hernu (*) tout se borna à une perforation palatine, quoique l'arme contînt plusieurs chevrotines. La cavité buccale est brûlée, noircie, incrustée de grains de poudre, la langue et If voile du palais sont déchirés, des fissures se prolongent au loin dans le pharynx; et d'après les remarques de Dupuytren, la brûlure de ce dernier organe se traduit par une sensation de corps étranger. Les joues, les lèvres, la région sus-hyoïdienne sont déchiquctécs[et repoussées en dehors. Le maxillaire inférieur est fracturé, généralement sans perte de substance; le massif maxillaire supérieur est au contraire dilacéré avec perte de substance esquilleusc.
Ces lésions sont certainement très graves, mais bien des sujets manquent leur but : la balle ne va léser aucun organe essentiel à la vie et les délabrements de la face guérissent.
Le suicide manque plus souvent encore dans les coups de feu tirés sous le menton, car l'arme est en général verticale tandis que le blessé renverse h tète en arrière. De la sorte, la lèvre inférieure et le corps du maxillaire inférieur sont emportés; par contre, les lésions du massif maxillaire supérieure! surtout l'éclatement des parties molles sont moindres que par les coups defeo tirés dans la bouche.
Lorsque l'axe cérébro-spinal est respecté par la balle, lorsque les fissure* n'irradient pas à la boite crûnienne, ces sujets sont encore exposés à l'œdème de la glotte, aux complications septiques, etc. Mais ils guérissent parfois d'une manière étonnante, au prix d'une horrible difformité, il est vrai.
(•) Kukiilkr, Deutsche Zcilschr. f. CVu'r., Leipzig, 1885-1886, t. XXIII, p. 381. (*) I1kr.nlt, Journal de dtir. de Desault, Paris, 1702, t. 111, p. 236.