COMPLICATIONS DES PLAIES DE LA FACE
Au reste, c'est là un fait général dans les plaies contuses de la face : leur pronostic est relativement bénin, si bien que pendant la guerre d'Amérique 998 plaies d'armes à feu ont fourni 891 guérisons et 107 morts.
Complications. — Les complications des plaies de la face sont de deux ordres : 1° immédiates; 2° secondaires.
1° Complications immédiates. — Ces complications sont dues soit à la lésion de certains organes spéciaux, soit à la présence des corps étrangers.
Les corps étrangers sont ici ce qu'ils sont partout : les accidents qu'ils provoquent sont surtout des accidents d'inflammation secondaire.
Parmi les complications relevant de certaines lésions spéciales, il en est qui ont été ou seront décrites séparément. Ainsi l'emphysème, lorsque sont fracturés les fosses nasales ou les sinus (!). Ainsi les plaies du canal de Sténon(').
La commotion cérébrale existe quelquefois, mais les auteurs du Compendium exagèrent sa fréquence. L'absence des phénomènes cérébraux est souvent remarquable après un trauma très violent de la face, et on a cherché à l'expliquer par la facilité avec laquelle se laissent écraser les os si spongieux du massif maxillaire supérieur, par l'épuisement rapide de la force vulnérante dans les sutures multiples.
Les sections nerveuses se traduisent par leurs phénomènes habituels d'ancsihésie et de paralysie motrice.
L'hémorrhagie est toujours abondante, et cela se conçoit vu la grande vascularité de la région. En général elle s'arrête vite, car les artères sont ici petites et très musculaires; d'autre part, Le Dentu pense que les veines sont pour beaucoup dans la perte de sang. La blessure de troncs un peu volumineux, tels que la faciale, la temporale, est plus sérieuse. Mais ce qui est surtout grave, c'est la lésion des artères profondes, de la maxillaire interne, de la vertébrale même, car le sang s'écoule dans la bouche sans que, dans bien des cas, on sache trop d'où il vienne, et à ces profondeurs l'intervention chirurgicale est malaisée.
Dans les plaies par armes à feu, l'hémorrhagie est très variable. Tantôt elle est insignifiante, tantôt elle est assez abondante pour provoquer la syncope. Dardignac l'a vue se prolonger pendant plusieurs jours sous forme de suintement, quelquefois môme on observe des hémorrhagies à répétition, pour lesquelles Dupuytrcn, Marjolin, M. Raynaud ont lié la carotide primitive.
2° Complications secondaires. — La majorité de ces complications sont d'ordre septique et ne présentent que peu de particularités propres à la région.
Le gonflement inflammatoire peut, en gagnant la langue et le pharynx, causer des accès de suffocation. Il empêche, en outre, la déglutition, et ea| une indication à l'alimentation par une sonde nasale.
Le tétanos cêphalique, propre aux plaies de la face, a été déjà décrit (').
Les esquilles osseuses sont souvent atteintes d'ostéite, d'où des cals volumineux, exubérants; et ces cals enserrent quelquefois des filets nerveux, d'où
(■) Voy. t. IV, p. 914 et 930.
(*; Voy. I. V, p. 589.
(J) Voy. t. I, p. 207.
des névrites, avec névralgies plus ou moins rebelles. Des névralgies analogues ont été constatées après des plaies contuses, des piqûres, des sections des nerfs de la face, par exemple, dans des cas de Petit, Bertrandi, Benivieni, après des ablations de tumeurs de la joue; mais les faits de ce genre sont exceptionnels lorsque la plaie n'a pas suppuré. Les nerfs moteurs traduisent leur irritation par des crampes et contractures.
A côté de ces accidents, je signalerai les contractures réflexes sur lesquelles S. Duplay, F. Terrier, Dumollard (de Vizille), Nicolaysen ont attiré l'attention : ces contractures, nées après une plaie de la face ou du cuir chevelu, occupent la moitié correspondante de la face et gagnent les muscles masticateurs ; dans le fait de F. Terrier, la participation de la branche externe du spinal s'est traduite par du torticolis ('). Le pronostic de ces accidents est bénin, et ils sont peut-être de nature hystérique.
La cicatrisation une fois achevée, on reste souvent en présence de la constriction des mâchoires, avec ses diverses variétés, des ectropions des paupières ou des lèvres, de l'atrésie buccale, etc.
Traitement. — Avec Le Dentu, on peut dire que le traitement comporte trois indications : 1° arrêter le sang ; 2° extraire les corps étrangers; 5° réunir la plaie.
1° On se rend facilement maître de l'hémorrhagie fournie par les artères superficielles : il est aisé de lier les deux bouts dans la plaie. Cela est même inutile, d'après O. Webcr, pour qui la suture suffit pour assurer l'hémostase, voire celle de la faciale et de la temporale. D'autant mieux que, ces artères reposant sur un plan osseux, le pansement exerce aisément sur elles une compression efficace. La conduite est plus délicate lorsque le sang vient des vaisseaux profonds : cependant aujourd'hui, on réussit en général bien, grâce à la forcipressure et au tamponnement antiseptique. On laisse les pinces à demeure lorsque la profondeur est telle que la pose d'une ligature est impossible. On évitera avec grand soin l'emploi des styptiques, du perchlorure de fer en particulier.
Quelquefois on ne peut parvenir de la sorte à l'hémostase primitive ; ou bien il se déclare des hémorrhagies secondaires à répétition. On commencera alors par lier à distance le tronc principal d'où on supposera que vient le sang : la faciale, par exemple, ou la linguale. Si cela ne suffit pas, on s'adressera aux troncs carotidiens. Autrefois, on recourait à la ligature de la carotide primitive, pratiquée par Ch. Collier, Morton, Dupuytrcn, M. Raynaud. Mais maintenant il est admis que la ligature de la carotide externe est l'opération de choix : elle est plus efficace et moins grave.
2° L'extraction des corps étrangers doit, en principe, être pratiquée lorsqu'elle est facile, lorsqu'elle ne nécessite pas de grands débridements. Mais les chirorgiens militaires exagèrent un peu l'application de ce principe. Les observations où les corps étrangers sont bien tolérés, pour un temps tout au moins, ne se
(') S. Duplay, Bull, et tném. de la Société de chirurgie, Paris, 1877, n. s., t. III, p. 5M. — F. Terrier, /6id., p. 592. — Nicolaysen, Nursk. mag. f. Lagevid., t. IX, p. 580, d'après ijchrnidt* Jahrbiicher, 1880, t. CLXXXV, n* I, p. 27. — Sereins, Thèse de docL de Paris, lflJO, n* 445.