‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892 (volume 2)Chapitre 58 sur 237 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LÉSIONS TRAUMATIQUES

Les lésions traumatiques des lèvres n'offrent pas un grand intérêt. Dans les contusions, l'ecchymose siège surtout à la face muqueuse, dont les tissus, plus tendres, sont comprimés contre le rebord alvéolaire. Cette constatation a une assez grande importance en médecine légale, pour les infanticides par occlusion directe des voies aériennes supérieures.

Les plaies par instruments tranchants présentent deux particularités : !• Quand elles sont complètes et perpendiculaires à l'orbiculaire, elles ont une grande tendance à l'écartement. Abandonnées à elles-mêmes, elles se réparent, il est vrai, assez bien, parle mécanisme des plaies angulaires; néanmoins il persiste toujours une encoche plus ou moins disgracieuse. 11 y a donc une indication formelle à la suture.

2° Lorsque la coronaire labiale est intéressée, ce qui est fréquent dans les plaies comprenant toute l'épaisseur de la lèvre, car l'artère est fort voisine du bord libre, l'hémorrhagie est abondante, d'autant plus que la plaie est plus voisine de la commissure. Le vaisseau est facile à saisir dans une pince, car il «e rétracte moins que les fibres musculaires voisines et dès lors fait saillie. Mais la ligature est presque toujours inutile et la suture esl hémostatique si l'on a soin de la pratiquer suivant les règles que nous avons indiquées pour l'opération du bec-de-lièvre.

Les plaies avec perte de substance ne sont pas rares aux lèvres, et la forme

des parties explique cette fréquence. Parmi leurs causes il faut mentionner les

projectiles d'armes de guerre. Nous signalerons aussi les morsures produites

% soit par un homme dans une rixe, soit par un animal tel que le chien, le furet (!),

le cheval (*).

t Parmi les lésions traumatiques il faut ranger les binxlures, produites surtout

:- par les acides du commerce (acide nitrique, chlorhydriquc, sulfurique), soit à

^ (') Bouisson, art. Lkvkes du Diction, encycl. des se m éd., Paris, 1860, p. 458.

* (*) Lindemann, Areh. f. Min. CAir., 1878-1870, t. XXIII, p. 877.

la face cutanée, et alors en conséquence, le plus souvent, d'une agression criminelle; soit à la face muqueuse, et alors en général par suite d'une tentative de suicide. Ces brûlures sont un épi phénomène de celles de la face ou de la cavité buccale ; si nous en parlons, c'est à cause de leur rôle dans la genèse d'une atrésie buccale ultérieure.

Les froidures sont représentées ici par la vulgaire gerçure des lèvres, siégeant d'ordinaire sur la ligne médiane de la lèvre inférieure, à son bord libre, plus rarement aux commissures. On observe une ulcération linéaire, recouverte d'une croûte qui se détache dans les mouvements de la bouche, ou que le malade arrache avec ses dents, avec ses ongles. De là de petits suintements sanguins. Cette lésion s'observe surtout chez les sujets jeunes et lymphatiques. Elle peut être une cause d'adénite strumeusc. Elle ne mérite à l'ordinaire aucun traitement. Parfois pourtant ses bords s'indurent un peu, elle devient assez rebelle et quelques cautérisations sont nécessaires.

Les lésions inflammatoires des lèvres ne méritent guère qu'une énumératioo car elles n'ont rien de bien spécial.

Exception, sans doute, devrait être faite pour le furoncle et l'anthrax arce leurs importantes complications. Mais ces faits ont été rattachés à l'étude générale de ces lésions ('). Le seul point pratique sur lequel il nous faille insister est que le gonflement porte surtout sur la face muqueuse, doublée d'un tissu conjonctif lâche tandis que la densité est grande dans le plan souscutané. Par suite de la résistance opposée à ce gonflement par le plan des arcades alvéolaires, la lèvre malade est refoulée en avant, souvent mftne ulcérée et déviée en ectropion. De là un pli dans lequel disparaît aisément la lésion initiale, d'autant mieux que ce furoncle est souvent petit; c'est peut-être de cette méconnaissance que viennent les discussions sur l'anthrax de la muqueuse, les descriptions données par Dolbeau et son élève Tujague^Jdu phlegmon diffus sous-muqueux. Nous ne reviendrons pas sur ces débats théoriques, mais de ceci résulte, au point de vue pratique, la nécessité d'examiner avec grand soin la face cutanée si l'on veut trouver le foyer initial, dont le débridement est indispensable.

Rien de particulier pour les phlegmons et abcès. La gangrène n'est qu'un épiphénomène du noma (5).

Parmi les inflammations aiguës superficielles, certaines dermatoses intéressent le chirurgien. Certes, il serait déplacé de faire ici plus que nommer l'herpès, l'impétigo. De môme pour les lésions subaiguës ou chroniques de l'eczéma. Mais notre attention doit être attirée sur ce point, car c'est ici, au

(*) Voy. 1. 1, p. 520.

O Tujague, Thèse de doct. de Paris, 1874, n° 197.

(3) Voy. t. V,p. '241.

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