SYPHILIS TERTIAIRE
Les lésions labiales de la syphilis tertiaire sont, comme partout, d'ordre *cléro-gommeux, mais avec des types relevant de la variabilité dans les pro-
(•) Nivert, Ânn. de dermat. et syph., Paris, 1886, 2* série, t. III, p. 351.
(*) Rollet et Chambard, art. Syphilides du Dict. encycl. déficiences méd., Paris, 1884, p. 220.
portions de la sclérose et de la gomme; et surtout il y a des distinctions importantes selon que le processus est circonscrit ou diffus.
Syphilis acquise. — Les lésions sont surtout fréquentes chez l'homme et proviennent, en général, d'une syphilis ancienne et mal soignée. Un tranma peut jouer le rôle de cause déterminante, et par exemple Tuffier (•) incrimine, dans un cas, la pression des dents inférieures sur une lèvre supérieure recroquevillée en dedans par l'absence des dents correspondantes.
La coexistence de lésions linguales est fréquente, si bien que Verneuil et son élève Héraud (') pensent que dans bien des cas il s'agit d'une syphilis régionale, frappant à la fois une grande étendue de la région bucco-linguale.
Dans la description clinique il faut passer plusieurs formes en revue.
1° La gomme circonscrite, qu'on observe surtout à la lèvre supérieure, est rare. Elle constitue, au début, une tumeur dure, sphérique, mobile sous la peau, enchAsséc dans les muscles. Indolente, elle se ramollit et s'ouvre presque toujours à la face cutanée, près du bord libre. De là une ulcération qui présente les caractères classiques des ulcérations gommeuses.
Cette ulcération peut se compliquer de perte de substance, la lèvre se perforant, sesphacélant même et de là, quand la lésion occupe la lèvre inférieure, un écoulement continu de salive. En présence d'une de ces brèches, quelquefois énorme, on ne craindra pas trop la difformité ultérieure; la cicatrisation est en général remarquable. Certes, comme Bouisson et Tuffier l'ont bien montré, la lèvre reste presque toujours considérablement amincie, mais le bord libre ne présente souvent qu'une légère encoche.
Le diagnostic est assez facile, môme en dehors des commémoratifs et des lésions concomitantes. Avant l'ulcération, la gomme se distinguera bien d'an kyste sébacé, adhérent à la peau; d'un kyste muqueux, sous-muqueux et transparent; d'un fibrome ou d'un fibro-chondrome dur, lobule, ancien. Après ulcération, j'ai déjà mentionné les gommes qui simulent le chancre. Le cancrolde sera étudié plus loin.
2° Le syphilome diffus a été bien décrit par les élèves de Fournier, Goutard et Bidon, par Tuffier. Il occupe surtout la lèvre inférieure et débute soi! brusquement, soit lentement. Dans la forme brusque, la lèvre se fissure et en deux ou trois jours le gonflement s'établit; dans la suite, on trouve la cicatrice de ces fissures. Dans la forme lente, l'hypertrophie se constitue peu à peu soit par un groupe de tubercules secs et confluents, soit par une plaque sousmuqueuse, en général médiane et située près du bord libre, d'après Tuffier.
Quel que soit le mode de début, la lèvre arrive à être doublée, triplée de volume. La peau est d'un rouge violacé, cuivrée, parfois un peu croûteusc;la muqueuse présente souvent des exulcérations cicatricielles. La consistance est dure, élastique. Tantôt on sent dans cette masse comme des grains de plomb enchâssés: tantôt, au contraire, la consistance est uniforme, mais, dans ce dernier cas. il n'est pas rare que les indurations localisées deviennent appréciables lorsque le traitement spécifique commence à faire diminuer l'infiltration.
Cette syphilide hyperlrophiquc diffuse a une marche chronique. Chez cer-
(') Tuffier, Iiev. de r/n>., Paris, 1885, p. 777.
(') Héraud, Thèse de doct. de Paris, 1880, n^ 34:>.
tains malades, elle est fort rebelle au traitement antisyphilitique. Elle reste hypertrophique et même gagne de proche en proche toute la face, constituant ce que Goutard a appelé léontiasis syphilitique, pour rappeler la ressemblance que la face prend avec le masque de la lèpre. Ailleurs, la sclérose avec atrophie succède à l'hypertrophie, la peau devient mamelonnée, lobulée, la muqueuse est pâle, l'élasticité disparaît peu à peu et la lèvre diminue de volume, au bord libre d'abord, pour arriver à se scléroser et à s'amincir dans toute son étendue.
5* Les syphilides sclêro-gommeuses résultent de l'association, en proportion variable, des deux formes précédentes. Des ulcérations profondes, bourbillonneuses, sont creusées sur une lèvre volumineuse, dure, rigide. La marche est chronique, progressive. Comme dans la forme scléreuse, le traitement n'a pas toujours une efficacité complète, el, après cicatrisation, les récidives sont 1res fréquentes.
C'est dans la forme scléro-gommeuse surtout que le diagnostic avec l'épithélioma peut être difficile (').
Syphilis héréditaire (*). — A. Fournier, C. Pellizzari, Zeissl ont vu la syphilis héréditaire, précoce ou tardive, détruire plus ou moins les lèvres, la supérieure surtout, et dans ce dernier cas les observations de Madelung, de Lewin montrent que la participation du nez n'est pas rare.
Les lésions de la syphilis héréditaire sont les mêmes que celles de la syphilis acquise (sclérose et hypertrophie, gommes destructives) et de plus elles peuvent ressembler beaucoup au lupus ("*).
Traitement. — Le traitement de toutes les lésions syphilitiques que je viens de décrire n'offre aucune particularité. C'est celui de la syphilis en général, à ses diverses périodes.
Aux lèvres, la seule tumeur communément observée est le cancer. D'autres néoplasmes, toutefois, devront nous arrêter quelques instants et nous étudierons successivement :
1° Les tumeurs vasculaires ;
2* Les tumeurs conjonctives ;
3* Les tumeurs glandulaires ;
4° Le cancer.
(») Voy. t. V, p. 227.
(*) Von Zeissl, Wiener Klinik, 1885, d'après Rev. des se. méd., Paris, t. XXVIII, p. 242. — Madelung, Arch. f. Min. CAtr., 1885, t. XXXI, p. 396. — A. Fournier, Ann. de derm. et syptu, 1886, 2* série, t. VII, p. 209.
p) Voy. L I, p. 571.