‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892 (volume 2)Chapitre 94 sur 237 · SYPHILIS TERTIAIRE · texte numérisé non relu

SYPHILIS TERTIAIRE

Les gommes prêtent à des confusions différentes selon qu'elles sont ulcérées ou non.

Une gomme non ulcérée ressemble à toutes les tumeurs profondes et bien circonscrites, que je décrirai plus loin : fibromes, lipomes, kystes hydaliques, etc. La multiplicité des gommes est sans doute un caractère ; mais elle est moins vulgaire qu'on ne l'a dit et par contre il y a des fibromes, des lipomes multiples. Dans le lipome la fluctuation existe dès le début, tandis que celle de la gomme est tardive. Pour les tumeurs liquides, on sera renseigné par la ponction exploratrice. Les erreurs, au total, ne sont pas rares.

La gomme ulcérée ne ressemble presque jamais à un chancre, car le chancre est peu creusé, induré, accompagné d'adénopathie. Mais ces caractères peuvent être en défaut et dans un cas de ce genre j'ai vu mon maître Lailler rester dans l'erreur jusqu'à l'éruption de la roséole et des plaques muqueuses.

Je me suis déjà suffisamment expliqué sur l'ulcère simple dentaire. Pour l'ulcère tuberculeux, dans sa forme typique il ne sera certainement pas méconnu et pour les formes un peu atypiques soit de syphilis, soit de tuberculose on suivra la marche générale que j'ai indiquée dès le début de ce paragraphe. On conçoit quelle pourra être la difficulté lorsque, comme dans une observation de Doutrelcpont, la tuberculose se greffe sur une lésion primitivement syphilitique.

Le diagnostic avec l'épi théliome sera étudié plus loin.

Pronostic. — Le pronostic est bénin au point de vue vital.

Au point de vue local, il varie selon la nature des lésions et leur sensibilité au traitement spécifique.

Les gommes bien traitées ont coutume de guérir sans laisser de traces ou, si elles sont ulcérées, avec une cicatrice très minime. Au contraire, les glossites seléreuscs ont grande tendance à persister, à aboutir à la cirrhose, avec lobulation de la muqueuse fissurée. Pour ces ulcérations et exulcérations, des lésions inflammatoires se surajoutent aux lésions spécifiques, et de cette combinaison résultent des altérations extrêmement rebelles.

A. Vcrneuil et son élève Ozcnne ont insisté sur la transformation possible des ulcérations gommeuses en cancroïdes. Ces transformations, dont la fréquence a peut-être été exagérée, ont une importance réelle pour le diagnostic du cancer, à propos duquel j'en parlerai.

Traitement. — 11 va sans dire que la médication spécifique classique, par Tiodure et le mercure, fera la base du traitement. Il faut seulement savoir que si la langue est sclérosée on n'obtiendra pas la restitutio ad integrum.

A cette thérapeutique médicale, on aura grand soin d'ajouter un traitement local. On surveillera l'hygiène buccale et le système dentaire. Ch. Lailler conseille d'appliquer sur les fissures de la poudre d'iodoforme; A. Fournier les cautérise légèrement au nitrate d'argent; tous deux aident à la cicatrisation des cavités gommeuses par des attouchements à la teinture d'iode.

Quelquefois, il persiste une ulcération reposant sur une base scléreuse et rebelle au traitement spécifique. Dans ces conditions on sera quelquefois amené à imiter Butlin (!) et à faire l'exérèse suivie de réunion immédiate.

(f) Butlin, St.-Barth. hosp. liep.t 1883, t. XXIX, p. 83.

ACTINOMTCOSE

L'actinomycosc, maladie parasitaire décrite depuis quelques années seulement, s'attaque quelquefois à la langue. Presque toujours, il est vrai, c'est un simple épiphénomène au cours de l'actinomycose des mâchoires, et dès lors je n'ai pas à m'en occuper, cette complication ne modifiant guère la conduite chirurgicale à tenir (!). Je passerai de même sous silence les cas où on observe dans la langue des foyers pour ainsi dire métastasiques au cours d'une infection générale. A. Kônig a signalé un fait de ce genre, et il est évident que le chirurgien n'a rien à y voir.

Les seuls faits qui intéressent le chirurgien sont ceux où, comme chez des malades observés par v. Hacker, par Hochenegg, à Vienne (*), la langue esl prise seule, une barbe de blé ou d'avoine infectée, par exemple, l'ayant piquée. On sent alors dans la langue une petite tumeur arrondie, d'abord dure, puis ramollie, fort analogue à un abcès froid. 11 importe, dans ces conditions, de porter un diagnostic précoce et précis, car le foyer morbide est situé de telle façon que son éradication totale est possible. On aura quelques soupçons si l'on établit nettement que le patient a été en contact avec des bestiaux malades. Mais surtout l'examen histologique des produits fournis parla ponction exploratrice permettra d'arriver à la certitude. Le diagnostic une fois posé, on pratiquera l'ablation large au bistouri.

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