SYPHILIS TERTIAIRE
La syphilis tertiaire a pour caractéristique générale de provoquer des lésions de deux ordres. Elle engendre des proliférations cellulaires qui tantôt persistent et s'organisent à l'état de tissu fibreux, tantôt subissent un processus de dégénérescence, de nécrobiose : sclérose dans le premier cas, gommes dans le second. Ces deux ordres de lésions existent fort nettes à la langue, quelquefois associées mais plus souvent indépendantes.
Hicord, Traité pratique des maladies vénériennes. Paris, 1858, p. 062. — Bouisson, Mémoire sur les tumeurs syphilitiques des muscles. Gaz. méd., Paris, 1846, réimpr. dans Tribut à la fhirurgie, 1858, t. I, p. 527. — L agneau (G.), Tumeurs syphilitiques de la langue. Gaz. hcfxl. * méd. et de chir., Paris, 1850, p. 499, 516, 550, 602. — Ricord, Des affections syphilitiques delà langue. Union méd., Paris, 1874, 5e série, t. XVII, p. 753. — Fournier (A.), Leçons sur les syphilides tertiaires de la langue. LÊcole de médecine, Paris, 1877. — Mauriac, Svphilis tertiaire et syphilis héréditaire. Paris, 1890, p. 688 et 1057.
Leur étiologie n'a rien de bien spécial. A noter seulement leur plus grande fréquence dans le sexe masculin. La syphilis causale fréquemment a été soignée insuffisamment ou pas du tout; d'après les relevés d'A. Fournier elle serait la plupart du temps vieille de cinq à quinze ans.
Symptômes. — Nous avons à étudier : a. les glossites scléreuses; b. les gommes.
a- Glossites scléreuses. — Les glossites scléreuses à leur tour se divisent «n deux variétés.
0 Voy. t. V, p. 205.
Les unes sont, superficielles, caractérisées par des indurations étalées, conu» parcheminées, sous forme soif de plaques isolées, lisses, comme venu pillées, d'un rouge foncé, arrondies ou ovalaires, soit de plaques i occupant une des moitiés delà langue on, plus habituellement encore, antérieure et médiane, cl présentant un aspect « parqueté •, pour su l'expression d'A. Fournier. Ces plaques indurées peuvent avoir une COUfar blanche, et là encore c'a été un sujet de itt* ■
♦ sions sur la nature syphilitique de la leucoplasie buccale' Ces lésions sont indolentes tant qu'elles ne sonl pas émulées, crevassées.
Les glossiies profiot'lt'* sonl le type de ce q i appelle la ■ langue de Clarke ■. La Milén e dermo-parenchymalousc, dil Fournier; c là une lésion tertiaire, el non, maigre Saison lésion secondaire tardive. Quand on voit la langue I une période un peu avancée, on la trouve sa face dorsale es! transformée en une aerie de de melons inégaux et irréguliers, sépares partiel Ions, les uns, larges, étalés, [es attires preaqUC l'i. Pie. n. — Gloulle scléreuM llles Pîir l'adosseinenl des lobules qu'ils séparent r'h'ki™ 'FlSBUreBdcSolS°" Saison. I". Clarke ont insisté à juste litre- mr II valeur diagnostique de ces sillons. La palpai ion révèle une induration superficielle cl profonde. La muqueuse esl ici fin rouge vineux, là blanche el exsangue. Souvent elle s'ulcère, soîl qu'un ou plusieurs mamelons subissent la dégénérescence goiumcusr. BOÎl qu'il] 0 érosion inflammatoire, mécanique ou Ira uma tique de la muqueuse anormalement rigide. Les sillons dégénèrent ainsi en fissures, et l'organe devient douloureux au contact des aliments chauds, épicéa, irritante.
b. Les gommes de la langue oui élé observées par divers ailleurs, parnBU lesquels Nunn, F. Clarke, DryséJale, J. Lloyd, lîarlow, au cour- de la héréditaire (*). Mais la plupart du temps il s'agil de syphilis acquise (!).
Ces gommes sonl superficielles ou profondes.
Les gommes superficielles ou mui/iiemes sonl ce qu'on appelait naguère l< tubercules si/iiliilitii/iien de la langue. Mais il est démontré aujourd'hui que h ulcérations les plus superficielles sonl précédées d'une inlïllralioù gommeii! sous-épi théliale, et c'est celte infiltration qui constitue le tubercule sypfii'*" tique, sous forme de petites nodosités disséminées, enchâssées dans le deraO* mu queux, formant un léger relief et surtout une induration appréciable •" toucher. Puis le dépôt gommeux se ramollit, le tubercule se perfore el se vide, cl se transforme en une petite ulcération arrondie, à bord licitement
(') Saison, Thèse de doct. de Paris. 1871, n'W. — Hugonheai', H., 1870, n ■!",.
(*) Consultez les thèses de doctoral de Paris du Mkmiuille, 1871, ic ï\:<; i.imim-. <•'■'■■ ii'3»7; (J. Simon, 1877. «- 125; Ciiajiayjion, 1877. n-2S7;G. Gailiiaw., 1880. »■ 135.
O Nunn. d'après Bull. gén. de thé,:, Paris. 1807, t. I.XX11, p. 378. — Barlow, Tram. «|ffl« path. Sur. af Londaa, 1880, t. XXXI, p. 101. — J, Llovo, l.w«l, London, A, Fournie», Syph. héréd. tardive, Paris, IHMIi, p. 130.
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découpé, à fond bourbillonneux. C'est, en somme, toul à fait comparable aux petites gommes du derme cutané.
Le* gomma profondes ou musculaires onl l'évolution classique des gommes. On sent d'abord une véritable tumeur dure qui peu à peu se ramollit et s'ouvre n l 'extérieur, laissant alors une ulcération cîtvitaire et hourhillonneuse qui a les caractères classiques des ulcérations gommeuses. Quelquefois, cependant, la langue est indurée autour de la perle de substance et il en résulte des aspects qui peuvent simuler celui de l'épilliéliouie : j'en parlerai avec le diagnostic du cancer de la langue.
Les gommes linguales sont assez volumineuses, grosses comme un haricot, BOB amande, une noix même. Biles soûl solitaires au multiples; dans os dm
d'uM gomme ijpJitMUque.
mer cas Ch. I, ailler pense qu'on a exagéré la fréquence de leur bilatcralilé, Ch. Luller signale aussi une forme spéciale;, où la gomme ramollie s'ouvre P81* plusieurs perluis cl prend un aspect qui rappelle celui d'un anthrax.
L'n caraclére assez, particulier des gommes linguales esl la longueur fre- T'enlc de leur période de crudité, la lenteur avec laquelle elles s'ulcèrent. Lorsque alors elles sont conuiicnles, on observe une langue quelquefois gigan- '''^l'i.- qui paraît à la palpation comme ■ rembourrée de noisettes .. selon une expression de Ricord.
«a ulcérations gommeuses de la langue sont presque toujours bien circonscriles ci tendent peu à s'étendre. Quelquefois cependant elles de Meiinoiil pbagédéniques, soit par fonte d'une infiltration gommeuse dilïiisc, s"'' par adjonction d'un processus gangreneux. Ce pliagcdénisine tertiaire. ' onl on trouvera un exemple remarquable dans les leçons du professeur 0|1rni(ir] causo des pertes de substance étendues, des perforalions de la ""guo Je part en pari, des ulcérations qui gagnent avec rapidité jusqu'à '■Hï-lolte.
***>• a presque jamais d'adénopalliie concomitante, et c'est là un signe
diagnostique important. Il ne faudrait cependant pas trop s'y fier, car A. Fournier signale des engorgements ganglionnaires froids, indolents, cessant après la guérison des ulcérations linguales.
Tels sont, résumés rapidement, les caractères objectifs principaux des diverses syphilides tertiaires de la langue. Les symptômes fonctionnels, dans toutes ces variétés, sont d'ordinaire peu marqués. La langue, maladroite, se laisse, il est vrai, souvent mordre. Quand elle est ulcérée, les douleurs surviennent, et encore ne se manifestent-elles guère que si elles sont provoquées par le contact d'aliments épicés, de boissons alcooliques, de fumée do tabac, etc. Elles deviennent de la sorte quelquefois très vives lorsque l'organe est creusé de fissures ulcérées. Si la langue est augmentée de volume, la phonation est gênée: un gonflement de la base de la langue peut troubler la déglutition.
Diagnostic. — Les diverses formes de lésions que nous venons de passer en revue ne prêtent pas, cela va sans dire, aux mêmes erreurs de diagnostic. Pour toutes cependant, le jugement du clinicien se basera sur quelques données communes, et en particulier sur l'étude des anamnestiques, des lésions concomitantes ou des traces de lésions anciennes. En cas de doute, par conséquent, on fera un interrogatoire soigné et de plus on examinera non seulement toute la cavité buccale, mais toute la surface du corps, le squelette entier dans ses régions aisément accessibles. Certes, on n'aura pas de la sorte une certitude : un syphilitique a droit au cancer, un tuberculeux de même, cl inversement. De ce qu'un individu est sûrement syphilitique on ne conclura donc pas, sans autre forme de procès, que sa lésion linguale est sûremenl syphilitique, si elle a des caractères objectifs ambigus, et dans ces conditions on fera appel, pour juger en dernier ressort avec la tuberculose, avec le cancer, à l'examen bactériologique des sécrétions, de parcelles, à l'examen hislologique de fragments excisés. En outre, on prescrira le traitement spécifique dit « pierre de touche », mais on se gardera de s'y obstiner.
La même règle de conduite sera suivie quand on trouvera une ulcération de nature douteuse sur un sujet qui ignore ou qui dissimule ses antécédents syphilitiques.
Os données générales sont plus utiles en pratique, que les arguties byzantines du diagnostic différentiel, car c'est précisément lorsque les signes classiquement énumérés sont nuls ou modifiés que l'on est exposé h l'erreur. Je inc bornerai donc à énumérer les principales de ces erreurs.
Les glossltoH scléreases sont parfois assez analogues aux leucoplasies invétérées, elles aussi, capables de s'accompagner de cirrhose avec rétraction ri d'ulcérations quelquefois assez creusées. Mais ces sujets sont presque toujours «les fumeurs endurcis, la lésion est très ancienne, a évolué avec une lenteur extrême; aux commissures labiales, dit A. Fournier, on voit les plaques nacrées des fumeurs. La question devient très complexe chez un syphilitique faisant abus du tabac, car, pour employer une expression de Ricord, on ne s'y reconnaît plus sur ce tissu « cuit et fumé » ; et de plus il s'agit d'une sclérose, en sorte que, même si l'origine est syphilitique, le traitement spécifique est h peu près impuissant.