‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892 (volume 2)Chapitre 98 sur 237 · TUMEURS MIXTES · texte numérisé non relu

TUMEURS MIXTES

Lorsque j'ai décrit les lipomes de la langue, j'ai dit qu'on avait parié de lipomes congénitaux ; que d'autre part on avait décrit anatomiquement des lipomes mixtes, où le tissu adipeux s'associait à des productions de nature fort variée. Or, quand on étudie les observations, on se rend compte que ces lipomes mixtes sont pour la plupart congénitaux, ou tout au moins observés sur des enfants; qu'inversement presque tous les lipomes congénitaux ont cette structure complexe. Une autre constatation commune est le siège de prédilection au niveau de la base de la langue.

Cette complexité de structure atteint un degré très variable. Dans la pièce de Mason ('), c'était seulement un myxo-lipome : la femme, âgée de vingt-sept uns, portait trois tumeurs congénitales qui s'étaient mises à grossir peu de temps avant l'opération. Laugier et Bastien (*) ont observé une femme de vingt-cinq ans, chez qui la tumeur, paraissant également congénitale, était un lipome avec ossifications. Dans le cas d'O. Weber, c'était un mélange de tissus adipeux, fibreux et cartilagineux. Est-ce là des téra tomes? La question reste douteuse. Elle ne l'est plus pour ces véritables lipomes dermoïdes dont Lambl, Arnold nous ont donné la description. Ces tératomes ont-ils quelques relations avec les observations analogues à celle où Hickmann (*) a vu une tumeur kystique et polypiforme, qu'il qualifie d'adénome, causer la mort par suffocation dès la naissance? C'est encore là un point obscur.

Dans certaines régions, à l'ovaire par exemple, on sait que les tératomes peuvent subir une évolution maligne. Le fait existe-t-il à la langue, et faut-il, par exemple, expliquer ainsi le sarcome congénital dont parle Jacobi? Il est jusqu'à nouvel ordre impossible de conclure.

5° CHONDROME

On a décrit dans la langue des enchondromes et même des ostéomes, mais ces tumeurs ne sont presque jamais pures, pour ne pas dire jamais, et il faut les rattacher aux tumeurs mixtes.

Peut-ôtrc, d'après un examen histologiquc de Zahn, certains fibromes peuvent-ils subir une ossification précédée de formations cartilagineuses.

F. — ÉPITHÉLIOME

Historique. — A l'époque ancienne, au temps d'Hippocrate, de Celse, de Galien, le cancer de la langue était réputé incurable, et dès lors on ne s'en occupait guère dans les descriptions didactiques. Les choses en restèrent là jusqu'à la fin du moyen âge. Ruysch fut un des premiers à tenter le traite-

(«) Mason, Tram, of the palh. Soc. of London, 1864, t. XVI, p. 210 et 1867, t XVIII, p. H*

(*) Bastien, Bull, de la Soc. anat., Paris, 1854, p. 549.

(*) Hickmann, Tram, of the path. Soc. ofLondon, 1869, t. XX, p. 160.

ÉPITHÉLIOME. 307

meDl chirurgical, et jusqu'à la fin du mu* siècle on pourrait signaler quelques essais analogues. Mais ces essais restèrent isolés, et cela pour deux motifs. D'une part, l'outillage «Hait bien défectueux pour ces opérations, si souvent difficiles et dangereuses par l'héniorrhagie quand elles doivent avoir quelque étendue. D'autre pari, et surtout, on était dominé par un préjugé quasi religieux : l'amputation de la langue devait infailliblement Cire suivie de la perte de la parole. Sans doute, A. l'are, Roland de Bellcbat publièrent quelques observations où la phonation avait persisté chez des sujets privés de leur langue pargangene, par traumatisme accidentel ou par supplice pénal : on se borna à crier au miracle, et si Horstius conteste le miracle, c'est pour soutenir que la langue s'était régénérée.

Les choses en étaient là quand parut, en 1771. le mémoire de Louis ('). C'est surtout à combattre le préjugé que s'attacha l'auteur : il y réussit, et à partir de ce moment le principe de l'intervention chirurgicale fut admis.

L'élude du cancer de la langue fut alors pour ainsi dire à l'ordre du jour, et, naturellement, on s'occupa d'abord de lechnique opératoire, Le choix des instruments, les méthodes d'hémostase, les voies d'accès, telles furent les questions agitées les premières; el ce fut la, pendanl la première moitié du xix" siècle, l'œuvre de Major, Mirault, Flaubert, Rizzoli, Regnoli, Roux, Sedillol, Jàger, Maisonneuve, Chassaignac, etc. Il faut ajouter que ces études opératoires ont été reprises et perfectionnées depuis l'avènement de In méthode antiseptique.

Vers 1810 surgit un nouveau débat, tout nnatomo-palhologique, à propos des discussions sur le cancer el le cancrolde. Jusque-là, on décrivait le cancer de la langue, sans se préoccuper de ses variétés autrement qu'au point de vue de leur aspect macroscopique. Puis, au nom de l'histologie, on établit des différences entre le cancer el le cancroïde, entre l'encéphaloïde, le squirrhe, le cancer colloïde, 1 épilhéliome; et l'on consacra ces distinctions an nom de la clinique. ïoules ces variétés furent décrites dans la langue par Lebert, les auteurs du Compendium, Bouisson, r'orsler, etc. Il est vrai que la plupart du temps on proclamait que le cancroïde ou épithéliome était la forme presque constante, et c'est pour ainsi dire par acquit de conscience qu'on mentionnait le carcinome, le squirrhe cl l'encéphaloïde. Mais certains aulcurs ne tardèrent pas à s'élever contre cette opinion, el depuis les recherches de Pagel, Hutchinson, Clarke, Schuh, Thicrsch, Billrolh, il est bien démontré que le cancer de la langue est toujours un épithéliome pavimenteux. L'on trouvera ces débats exposés par Th. Angcr dans sa Ihèse d'agrégation (1*72), où il < 1 i - ■ ■ 1 1 c . pour montrer leur inanilé, les faits de carcinome publiés par Lebert, Morel-Lavallée, Larrcy, Brouardel.

Cette longue discussion sur le carcinome el l'épilhéliome ne nous passionne plus aujourd'hui. Nous savons, en effet, que le carcinome est d'origine épilhéïiale, esl une forme, un degré de l'épilhclïome. Qu'à la langue on observe presque toujours le classique épilhéliome pavimenteux, rien de plus exact. Mais nous ne serons pas étonnés si, de temps à autre, un de ces épithéliomes évolue dans le sens du squirrhe : et récemment Cerné (de Rouen) a commu-

ne, Mtin. de lÂcad. roy. de ehir., éd. in-i*, L IV, p. 06 cl I. V, ji.

nique à la Société de chirurgie un cas de squirrhe lingual, ce mol étant pris dans son acception simplement clinique et le microscope ayant démontré qu'il s'agissait d'un épithéliome pavimenteux. La controverse sur laquelle ot insistait tant il y a quelque vingt ans n'a donc plus qu'un intérêt historique, et il n'en sera pas question dans la description anatomique qui va suivre.

Outre les traités classiques français et étrangers et les articles des dictionnaires, « consultera : Maisonneuve, Des tumeurs de la langue. Thèse de concours de Paris, îfttt, p. 116. — Anger (Th.), Du cancer de la langue. Thèse d'agrég. en chir. de Paris, 1S7L - Wôlfler (A.), Zur Geschichte und opérât. Hehandlung des Zungenkrebses. Arch, fw Mm. Chir., Berlin, 1881, t. XXVI, p. 314. — Butlin, Diseases of the tongue. London, 1885. frai franc, par D. Aigre. Paris, 1889, p. 254.

Anatomie pathologique. — Deux origines sont a priori possibles pour l'épithéliome lingual :

Ou bien il naît aux dépens de l'épithélium de la muqueuse ;

Ou bien il naît aux dépens de l'épithélium qui revêt les glandes annexées à cette muqueuse. Mais cette variété glandulaire ou folliculaire semble ne pas exister, d'après les recherches de Ch. Robin, de Thiersch.

La première forme est donc la seule admise; on y trouve deux variétés. Dans l'une, l'épithéliome est superficiel; dans l'autre, il naît dans les couche* profondes. C'est ce que l'on appelle l'épithéliome papillaire et l'épithéliome interstitiel, et cela correspond à ce que, sur la peau, Lebert, Virchow, Heurtaux ont appelé les cancroïdes papillaires et dermiques.

1° L'épithéliome papillaire a souvent pour origine, — et c'est une analogie avec certains cancroïdes cutanés, — une lésion préxistantes, de nature inflammatoire. De ces lésions, la plus fréquente, de beaucoup, est la leucoplasie buccale. Mais elle n'est pas la seule, et il faut mentionner ce que l'os a appelé les condylomes, les papillomes, les verrues, etc. Ces états, dont beaucoup sont mal définis, ont un caractère commun : ils sont dus à une hypertrophie papillaire. Les papilles sont à la fois plus volumineuses que normalement et déformées, les unes effilées, les autres en massue, quelquefois entre elles sont des sillons plus ou moins profonds, d'où un aspect fendillé, fissuré môme. Mais tant que la lésion reste simple, ces papilles sont recouvertes d'un épithélium qui garde son type normal : il est proliféré, il est épaissi, il forme des plaques blanches, mais il n'est pas atypique. C'est lorsqu'il le devient que l'épithéliome est constitué, et les cellules épithéliales déformées, atypiques, réunies en globes épidermiques qui subissent la transformation colloïde, envahissent le chorion, l'infiltrent à une profondeur des plus en plus grande. A ce moment, on est en présence de l'épithéliome pavimenteux lobule nettement caractérisé, et je n'ai rien à ajouter à la description qu'en a donnée Quénu ('). Le seul point sur lequel il convienne d'insister est que, anatomiquement aussi bien que cliniquement, le moment exact de 1* transition entre le papillomc et l'épithéliome n'est pas toujours aisé à bien dépister.

Non ulcéré, l'épithéliome interstitiel forme des plaques limitées, indurées» plus ou moins saillantes; Gosselin, Velpeau ont relaté des faits exception-

(») Voy. t. I, p. 560. .

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