MALADIES DE L'APPAREIL AUDITIF
Historique et bibliographie. — L'étude sérieuse et véritablement scientifique des maladies de l'oreille est de date toute récente ; il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un rapide coup d'œil sur les différentes phases par lesquelles a passé Votologie ou, comme on dit encore aujourd'hui, VotiatHque, avant de prendre auprès de l'ophthalmologie le rang qu'elle aurait dft occuper depuis longtemps.
Les connaissances, d'ailleurs extrêmement incomplètes, des anciens étaient bornées aux maladies du conduit auditif externe, et l'on oublia bien vite le sage conseil donné jadis par Celse, de soumettre l'organe malade à un examen attentif, afin de déterminer la nature des lésions et de les combattre par une thérapeutique rationnelle. De là ces principes empiriques de traitement qui, depuis Galien, se sont transmis jusque dans ces dernières années. Aujourd'hui même, malgré les perfectionnements apportés aux méthodes d'exploration, on voit encore des praticiens entreprendre le traitement des maladies de l'oreille et prescrire souvent les remèdes les plus énergiques, sans avoir tenté par un examen préalable d'établir un diagnostic.
Il faut arriver jusqu'à Fabrice de Hilden (1646) pour voir Totologie rentrer dans la voie de l'observation directe. En inventant le spéculum auns, Fabrice rendit un service signalé à la science; mais son rôle fut en somme assez restreint, et il s'arrêta à l'étude des maladies du conduit auditif externe.
Quelques années plus tard, les recherches anatomiques si remarquables de Duverney sur l'organe de l'ouïe semblèrent devoir inaugurer une ère nouvelle. En effet, non seulement Duverney décrivit avec une exactitude inconnue jusqu'alors l'appareil auditif à l'état normal, mais encore il signala le premier un certain nombre de lésions pathologiques du conduit auditif, de la membrane du tympan, de l'oreille moyenne et môme du labyrinthe. Quoique son exemple ait été suivi par quelques médecins anatomistes, tels que Vieussens, Valsalva, Cassebohm, Wepfer, Willis, P Hoffmann, etc., les recherches
EXPLORATION DE L'OREIIXE. — OTOSCOPIE. 589
On a imaginé divers instruments destinés à fournir des renseignements plus rigoureux ; tels sont : le phonomètre de Lucœ, les acoumèires d*Itard, de Kessel, de Politzer, et plus récemment les audiomètres ou sonomètres de Hartmann, de Hughes, de Boudet de Paris, de Baratoux, etc. Je me borne à mentionner ces instruments dont on trouvera la description dans les ouvrages spéciaux. Dans la pratique usuelle, on pourra parfaitement se contenter de la tnontre et du diapason pour explorer le degré de l'acuité auditive.
La première montre venue peut servir à cet usage ; mais il est bon que celle qu*on emploie ait un tic tac net et métallique ; les montres à cylindre ou h pivot conviennent mieux sous ce rapport que les montre à ancre. Il est nécessaire aussi, pour faire des observations exactes, de déterminer par une série d'expériences préalables à quelle distance la montre dont on se sert cesse d'être perçue.
Ceci établi, pour apprécier le degré de sensibilité auditive chez im malade, la montre étant d'abord tenue éloignée à la distance maximum de la portée auditive, on la rapproche graduellement jusqu'à ce que le malade perçoive distinctement le tic tac. A l'aide d'un ruban métrique, on peut alors évaluer en chiffres la distance de la portée auditive.
Ce procédé est bien préférable à celui qui est généralement adopté et qui consiste à appliquer d'abord la montre contre l'oreille, et h l'éloigner ensuite jusqu'à ce qu'elle cesse d'être entendue. Le malade, en effet, conservant le souvenir de l'impression reçue, accuse presque toujours une sensation auditive prolongée et fournit ainsi des renseignements inexacts. 11 est encore une précaution bonne à prendre et qui consiste à faire fermer les yeux au malade pendant la durée de l'observation.
Le diapason peut remplacer la montre dans Texamen de la fonction auditive, et l'on doit même dire que l'usage de cet instrument est, dans certains cas, indispensable pour que l'exploration soit tout à fait complète. Il faut alors avoir à sa disposition des diapasons accordés à des tons différents ; car il ne suffit pas de déterminer à quelle distance le son est perçu, mais il faut encore s'assurer si des sons, correspondant à différentes hauteur ou à un nombre de vibrations connu, sont également entendus par le malade. Ainsi, on verra que certaines surdités existent seulement pour les sons élevés ou pour les sons bas ; et il est facile de comprendre qu'on ne peut apprécier le degré de ces surdités partielles qu'à l'aide de diapasons de différentes hauteurs.
Du reste, le diapason s'emploie généralement de la m^mo manière (jue la montre, c'est-à-dire que l'instrument étant mis en vibration, soit en ècarlant brusquement ses branches, soit en le frappant sur un objet résistant, on évalue à quelle distance maximum de l'oreille le son est perçu.
L'exploration de la sensibilité auditive peut encore se faire, au moyen de la montre et du diapason, par un procédé différent, qui consiste à rechercher jusqu'à quel degré les sons de ces instruments sont transmis à l'oreille interne par l'intermédiaire des os du crAne. Ce mode d'exploration, sur lequel Bonnafont a le premier insisté, a été très étudié dans ces derniers temps et considérablement perfectionné, quoiqu'il n'ait peut-être pas encore donné tout ce qu'on était en droit d'en attendre.
Pour comprendre le parti qu'on peut tirer de l'étude du mode de trans-
MALADIES DU PAVILLON DE L'OREILLE
pour lui la source de quelques observations intéressantes. On se sert d'un otoscope à trois branches (fig. 244) ; les extrémités A et B sont placées dans les oreilles du malade et l'extrémité C dans l'oreille du chirurgien. Si alors on applique sur le vertcx du malade un diapason qu'on a préalablement fait vibrer, une partie des vibrations transmises par les os du crûne aux oreilles du malade s'échappent à travers les conduits auditifs, puis à travers les branches de Totoscope, et parviennent par l'intermédiaire de la troisième branche à l'oreille du chirurgien. Il suffit de comprimer alternativement chacune des branches de Totoscope pour apprécier isolément les sons qui s'écoulent de chaque oreille et juger de la difFérencc qu'ils présentent dans leur intensité et leur clarté.
Enfin, Lucœ (') a imaginé plus récemment une autre méthode d'examen basée sur ce fait que les ondes sonores tombant sur une membrane tendue ne la traversent pas entièrement, mais sont en partie réfléchies et que cette réflexion varie selon le degré de tension de la membrane. Cette méthode, qui consiste à rechercher dans quelle mesure les vibrations d'un diapason dirigées dans le conduit auditif sont réfléchies par la membrane du tympan vers l'oreille de l'observateur, exige l'emploi d'un appareil spécial auquel l'auteur donne le nom d'otoscope interfèrent. Nous ne croyons pas nécessaire d'entrer dans le détail de ce procédé d'exploration dont l'utilité pratique ne nous semble pas encore suffisamment démontrée.
Fie. ili. — Otoscopc ù trois branches.
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