CORPS ÉTRANGERS
« Les corps étrangers de^sinus frontaux peuvent venir de l'extérieur ou se développer sur place. On cite, en effet, quelques observations de calculs des
(*) Leçons de clinique chirurgicaley t. II, p. 216.
(*) Mémoire sur les plaies du cerv-^au. In Mém. de VAcad. de chir,, t. I.
(') RizET, Recueil de mém. de méd. militaire, novembre i8<>7, p. 409.
sinus frontaux, mais trop rares et trop incomplètes pour qu*on puisse faire rhisloire de cette variété de corps étrangers.
Parmi ceux qui viennent de rexiérieur, les uns sont des corps inertes, les autres sont des insectes, des vers, qui ont pénétré à travers les fosses nasales jusque dans les sinus frontaux. J'ai suffisamment décrit (p. 815) les accidents causés par ces sortes de corps étrangers, pour qu'il soit inutile d y revenir.
Les corps étrangers inertes pénètrent le plus souvent dans les sinus frontaux à travers une plaie ou une fracture de leur paroi antérieure ; quelquefois ils entrent par la paroi qui correspond à l'orbite, comme dans le cas cité par Mackenzie (') d'un général français atteint à Waterloo par une balle qui, après avoir déchiré l'œil, traversa la partie supérieure et interne de l'orbite et vint se loger dans le sinus frontal.
Les corps étrangers introduits accidentellement dans les sinus frontaux sont de nature variable : le plus souvent ce sont des pointes d'épée, de fleuret, de couteau, etc., ou bien des projectiles lancés par la poudre. Il n'est pas très rare que ces corps restent solidement fixés dans l'une ou l'autre paroi du sinus, sans déterminer d'accidents graves. Une jeune fille, citée par Haller(*), aurait gardé pendant neuf mois l'extrémité d'un fuseau fixé dans un des sinus frontaux, et Larrey (*) a rapporté un cas dans lequel une pointe de flèche resta dans le sinus pendant quatorze ans.
Dans d'autres cas le corps étranger, après avoir perforé la paroi antérieure du sinus, tombe dans la cavité de celui-ci, où il reste libre d'adhérence : on trouvera dans les divers traités de plaies par armes à feu plusieurs exemples semblables. Enfin, il peut arriver que le corps étranger, primitivement enclavé dans l'une ou l'autre paroi, se détache consécutivement et devienne libre daas la cavité du sinus. J'ai rapporté, dans les Bulletins de la Société onatomique pour l'année i862, un fait observé dans le service du professeur Gosselin, cl «lans lequel une balle primitivement enclavée dans la paroi postérieure du sinus frontal, s'élait ensuite détachée sous l'influence de la suppuration, était venue se loger à la partie la plus déclive du sinus, d'où on put l'extraire.
L'introduction d'un corps étranger dans le sinus frontal est presque toujours suivie d'inflammation suppuralive qui amène souvent à sa suite l'expulsion de ce corps, soit à travers la paroi antérieure, soit par une autre voie. Quelquefois môme l'élimination peut se faire spontanément sans manifestation inflammatoire, le corps étranger déterminant une absorption du tissu osseux. Par exemple, dans le cas cité plus haut d'après Mackenzie, la balle éUiit restée douze ans dans le sinus sans produire aucun accident, lorsque le blessé se réveilla une nuit avec la sensation d'un corps qui tombait dans la gorge, et rejeta aussitôt la balle par la bouche.
Diagnostic. — Lorsque la plaie est récente, il suffit de l'explorer avec une sonde ou un stylet pour reconnaître la présence d'un corps étranger. Cependant, comme on ne peut ôtre assuré d'avance que la paroi postérieure du
(') Traité pratique des maladies de l'œil. Trad. franc, par Warlomont cl Testelin, 4" édil.. l. I. p. 27.
(*; Opuscules pathol. Observation III.
(*) Mémoires et campagne.*, l. IV. p. 89.
sinus n*est pas en même temps lésée, il faut procéder à cette exploration avec le plus grand soin. Si la lésion est ancienne, le diagnostic devient beaucoup plus difficile. Quoique les plaies simples puissent être suivies de fistule, cependant la persistance de celle-ci, jointe aux commémoratifs, devra faire soupçonner et rechercher la présence d'un corps étranger.
Pronostic. — Les corps étrangers fixés dans la paroi antérieure, ou libres dans la cavité du sinus, constituent toujours un accident sérieux, bien que nous ayons cité des cas où ils ont été tolérés pendant fort longtemps. Il est inutile de faire remarquer que le pronostic devient extrêmement grave lorsque le corps étranger est enclavé dans l'épaisseur de la paroi postérieure. On peut voir survenir alors les accidents ordinaires des plaies du crâne.
Traitement. — Toutes les fois que Ton pourra reconnaître la présence d'un corps étranger, on devra procéder à son extraction en agrandissant, s'il y a lieu, l'ouverture extérieure à l'aide d'une couronne de trépan. Une fois celle extraction opérée, la lésion se réduit à une plaie simple et doit être traitée comme telle. Dans les cas, au contraire, où le diagnostic est incertain, il faut, à moins d'accidents graves, s'abstenir de toutes interventions chirurgicales, et attendre pour agir de nouvelles indications, le corps étranger pouvant se déplacer consécutivement et devenir accessible » (Duplay, Pathologie externe^ p. 879 et 880).