TUMEURS DANS LES HERNIES
Les lésions néoplasiques qui peuvent se présenter dans les hernies comme sur tous les autres points de Téconomie, lantdt aflectent les organes contenus dans la hernie, tantôt le sac lui-môme ou les parties avoisinantes,
1" Mêoplasmes affectant les organes hernies. — On ne possède que de rares
exemples de lumeurs malignes développées aux dépens de rintestin conlenu
dans une hernie, l^a première observation tle cet ordre, au dire d'Arnaud,
appartiendrait à Roscius; Teissier(') a vu dans le service de Dupuytrcn un
trécissement cancéreux de l'intestin dans une hernie ombilicale : ChaufTard (*)
présenté à la Société anatomique un cancer de ÏS iliaque adhérent au suc
emiairc qui renfermait cet organe. Dans un cas de Le Fort, cité par Lejars(^),
s'agissait d'un fibro-sarcome de Tintestin grêle, adhérent au sac herniaire et
lyant donné lieu à des phénomènes de pseudo-étranglement.
D autres faits sont plus obscurs; tels sont ceux de Sonnenburg(*), où un
lype implanté sur la muqueuse iniestinalci ceux de Wdlfler(*) et de Bcnnet (•)»
ù une transformation kystique de rappendice vermiculaire ou d'un diverlicule
testinal, occasionnèrent des accidents d'irréductibilité ou d'étranglcmeni
pparent.
Plus fréqucmmenL encore que le tube digestif, Vépipîoon donne lieu au développement de tumeurs dans les hernies* Les kystes nV sont pas rares; si les s observations d'Arnaud, de Hichter, de DilTenbacli, relatant des faits de lette nature, paraissent d'une interprétation douteuse, il n'en est pas de même le celle que Kirmisson a communiquée à la Société anatomique en 1874. Ces kystes, parfois multiples, résultent d'un travail de péritonite adliésive et exsudative qui unit les replis de l'épiploon et limite ainsi des cavités où peut s'accumuler le liquide ; d*autres fois ce sont des hjsles hydatiqites comme ceux dont Hunier et Bla nd Sutton ont constaté des exemples chez le singe.
Des Hpomes peuvent se développer dans Tépiploon hernie; Delageniére a présenté à la Société anatomique, en 1888, une tumeur de celte nature extirpée par Ch. Monod; nous avons également signalé le développement hyperlro-
(*) Te ISS 1ER, Uiiicette fraj\rai»e^ 1831.
n CtlAUFFAnD, B\dï. de {a Sor. anat., \m±.
(*) LejahS; Néoplitsmes herniaires et péri herniaireë. Oin. tifft hopit.^ 1880. |).
(*) SoNNKNiJURG, Deutsche Zeihchr, f. C7*ir., l. XII, p. 301*.
(«) WClfler, Arch. fiir klin. Chir,, 1877, L XXI, ji. 47»2.
(*) Een.nkt, Dublin med* Journ.^ octobre t870.
mî
phique que subissent les appendices graisseux de YS iliaque, et les accidents auxquels ils peuvent donner lieu en fixant l'intestin dans la hernie.
Enfin le cancer atteint assez souvent Tépiploon contenu dans une hernie; Lejars a réuni plusieurs cas de cette lésion observés par Codet, Cannuet, Le Dentu ; j*ai pu faire le diagnostic de cette lésion sur une femme âgée, chez laquelle une hernie inguinale ancienne s'était récemment mise à augmenter de volume et à devenir douloureuse ; la palpation y décelait des masses irrégulières, bosselées, très dures, derrière un épanchement liquide occupant le sac; bientôt se déroulèrent tous les phénomènes d'une péritonite cancéreuse et des tumeurs de môme nature apparurent dans l'abdomen. D'autres exemples de cette dégénérescence ont été communiqués par Thomas Manley et par Daniel Lewis (*) à la Société médicale du comté de New-York.
Le mésentère lui-môme, contenu dans une hernie, peut ôtre le siège de tumeurs dues à l'altération des ganglions lymphatiques qu'il renferme, ainsi que l'a constaté Arnaud (') ; enfin des organes plus exceptionnellement compris dans ces déplacements, s'y trouvent parfois atteints de néoplasies diverses. On a observé la dégénérescence cancéreuse du testicule en ectopie (') ; sur 58 cas de hernies de l'ovaire, Englisch(*) en a trouvé 5 où cet organe était kystique; enfin l'utérus gravide et môme l'utérus cancéreux ont été rencontrés dans diverses hernies.
2° Néoplasmes du sac herniaire et des enveloppes externes. — A part les diverses espèces de kystes qui peuvent se développer dans le sac et dont nous avons indiqué les différents modes de formation, la séreuse herniaire n'est que tout à fait exceptionnellement le point de départ d'une néoplasie véritable. Nous né connaissons qu'un fait de Samuel Lewis où un cancer se soit primitivement déclaré dans un vieux sac herniaire déshabité. Presque toujours, quand le sac participe à une altération pathologique semblable, c'est consécutivement à une lésion primitive analogue de l'intestin qu'il renferme.
La tuberculose lœrniaire, parmi ces complications des hernies, mérite une description à part : Jonnesco('), dans un travail récent, en a réuni les observations éparses, au nombre de onze : elles montrent que le processus tuberculeux qui atteint une hernie constitue le plus souvent une manifestation toute locale de la tuberculose, le péritoine abdominal étant resté indemne; dans certains cas plus rares, la tuberculose herniaire est due à l'extension d'une péritonite tuberculeuse généralisée.
Dans la majorité des observations, le sac était seul le siège de l'infiltration tuberculeuse; dans un cas dont j'ai fait l'autopsie, celle-ci était limitée à son collet. Dans deux faits, les lésions tuberculeuses n'affectaient que l'épiploon, dans un troisième, l'ovaire hernie. Enfin Cruveilhier et dernièrement Brissaud ont publié deux observations de tuberculose affectant à la fois le sac et son contenu, intestin et épiploon; dans ces deux cas il existait une tuberculisalion généralisée.
(») Daniel Lewis, New-York med. Record^ 12 octobre 1889, et Thomas h. Manley, Ibià-^ 1" février 1800.
(*) Georges Arnaud, Traité des hernies, t. 11, p. 132. (^) MoNOD et Terrillon, Traité des maladies du testicule, p. 71. (*) Englisch, Ueber Ovarialhernien, Stricker*s med. Jahrb,, 1871, t. 111. p. 335. (') JoNNESCO, Tuberculose herniaire. Revue de chir., mars, juin 1801, p. 185 el 455.
lïEBNIKS INCOERCIlîI.ES OU IRRÉDUCTIBLES. 6tl*
La luberculoae herniaire ne se révèle par aucun caractère qui lui soiL propre; elle peut passer inapcrr^ue, ou ijrlerniiner seulement des phénomènes tFirK'ductihilité comme ceux qu'on oirserve dans un fi:rand nombre d'épiplocèles ; parfois néanmoins elle donne lieu à des accidents de pseudo-étrang^lement, comme dans un cas où Polarllon fui forcé d'intervenir. Il n*esi donc pas question d'établir le diagnostic de ce genre de ïésions, m^^iire lorsque des pbénomènes d'irréduclibiltlé surviennent chez un sujet manifestement atteint ou suspect de luberrulosc. Mais quand, an cours d'une opéralron de cure raclicate, on constate l'existence d'une tuberrulisalion herniaire, il n'en est que plus indiqué de débarrasser le malade des lésions qu'il porte par une excision très complète du sac herniaire el de Tépiploon qu'il renferme. 11 ne faut pas ouldier que la tuberculose herniaire est parfois une manifesta lion isolée de la tuberculose. Deux observations, une de Larg'^au, une de moij ont démontré l efficacité de ce mode d'intervention.
A côté de ces néoplasics, il faut signaler l'évolution possible d*une tp^osses^ô écrira- utérine dans un sac herniaire. Louis Léger de (jossey, chirurgien de Rouen (*), a publié en 1716 une remarquable observation de cette lésion, qui a été donnée à tort par Puech comme un exemple de grossesse extra- utérin^^ dans un ovaire hernie. Dans ce cas c'était du sac herniaire même que Léger de Gossey retira wt pelii fn-lns long (fun demi-pùnl et f/ros en jrt'opordon de sa longueur.
Mentionnons seulement pour mémoire les tumeurs qui se développent dans
Iles parties molles extérieures au sar- herniaire^ les néôphismes pén-herniaires; lipomes, varices, hygromas. L'épithélioma envahit parfois la peau au niveau du point où s exerçait depuis longtemps la pression d'un bandage, L'éléphanliasis du scrotum s'associe parfois a des hernies inguinales; G. Marchand, dans mon service, a pu, par des opérations successives, débarrasser un sujet de ses hernies et d'un énorme éléphantiasis des bourses, l^es!<ijnipiotttes el te arrûle}ils auxquels donnent lieu les néoplasmes contenus dans les hernies sont de divers ordres : , a. Tantôt ces tumeurs déterminent seulement une irréductibilité partielle
^ due à l'augmentation de volume du contenu de la hernie, ou à des adhérences
F développées autour d elles ^ b. Plus souvent la hernie devient le siège de pliénomènes douloureux, d'accidents qui révèlent une véritable péritonite herniaire cancéreuse ou tubercu- Ileuse ; c. Une occlusion intestinale due à renvahisseraent, ou a la compression, ou lï la Oxation de l'intestin dans un état de torsion exagérée ou de coudure brusque se constitue parfois et suit son évolution ordinaire ; d, Entin les progrès de la tumeur finissent par amener l'ulcération des enveloppes de la hernie, ou bien Ton voit sur%enir une péritonite généralisée due à la propagation vers l'abdomen des lésions qui occupent le sac herniaire; en dernier lieu la généralisation de ralYection néoplasique et la cachexie qui en dépend peuvent terminer plus ou moins rapidcmenl la scène, j Quelle que soit la nature de ces lésions, le diagnostic ne peut guère être
O PcECH, Annales de Qtjn^f.. lft'8, t. IL p. 323.
établi que par Fouverture de la hernie. D'ailleurs, à part les faits des tumears bénignes qu'il est possible d'extirper d'une hernie comme de toute autre r^oo accessible, et en faisant la part de certains cas heureux où, par la cure radicale, l'extirpation du sac et de l'épiploon, parfois par l'entérectomie, l'on a pu débarrasser le malade d'une affection encore toute locale, il faut se rappeler que le développement du cancer ou du tubercule dans une hernie est non seulement la manifestation d'une diathèse, mais le plus souvent un phénomène de généralisation de cette diathèse. Pour ce qui est do cancer, particulièrement, il semble probable qu'il n'atteint l'épiploon hemîé que quand il existe déjà dans l'abdomen d'autres productions de même espèce.
L'intervention en pareil cas ne saurait être efficace et doit être évitée; nous avons vu qu'il n'en est pas de même pour la tuberculose herniaire, qui reste plus souvent un accident isolé.